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LE BLOG DE CYEK

Tout ça pour ça ? (par Alain Blaise Batongué)

1 Novembre 2010, 20:04pm

Publié par Cyrille Ekwalla via A.B. Batongué (Mutations)

Alain-Blaise-Batongue.jpgTout un secteur de l'activité sportive du pays a été pris en otage par un calendrier «présidentiel» jugé «très chargé». Qui se souvient encore de la date de fin du championnat national de football Mtn Elite one qui a marqué le nouveau sacre de Coton Sport de Garoua ? Se souvient-on même encore que la Fécafoot, gênée aux entournures, a retardé le lancement de la nouvelle saison sportive, a fini par le programmer pour le 16 octobre avant de le renvoyer à nouveau, parce qu'on n'arrivait pas à trouver un week-end dans le programme toujours «très chargé du chef de l'Etat.

Comme depuis de nombreuses années maintenant, les équipes qualifiées ont fini par regretter d'être arrivées à ce niveau et le rythme des entraînements est devenu un casse-tête pour les coaches et autres préparateurs physiques. Les connaisseurs du foot ont failli écraser une larme en écoutant l'entraîneur de l'un des clubs qui expliquait, logique, que conformément au règlement, seuls les joueurs anciens pouvaient jouer le match, parce que les licences des nouveaux n'étaient pas «valables», même si, entre temps, la moitié de l'équipe était partie. Et il y a eu comme un soulagement à la lecture du communiqué du ministre de la Communication la semaine dernière, demandant aux journalistes de s'accréditer pour la finale de la coupe du Cameroun qui serait présidée par le chef de l'Etat…

La 51ème édition de la coupe du Cameroun s'est disputée hier. L'accès y était gratuit mais les populations ne se sont pas bousculées et le stade est resté à moitié vide. L'une des deux équipes du même président l'a remportée sur sa « sœur ». Les trophées ont été remis à toutes les équipes championnes des autres disciplines. Dont on ne se souvenait plus si c'était la saison 2009/2010, la saison 2010 ou, déjà, la saison 2010/2011. Et comme les routes reliant les quartiers de la ville au stade Ahmadou Ahidjo étaient étrangement dégagées jusqu'en début d'après midi, certains ont deviné plus qu'ils n'ont été informés que le chef de l'Etat n'était pas rentré de Genève. Et qu'il a confié au Premier ministre, Philemon Yang, qui de toute façon devait se rendre au stade, le soin de le «représenter». La «finale» a donc eu lieu sans le chef de l'Etat. Et le Cameroun a continué d'exister. Et la terre tourne toujours…

Cinq mois se sont écoulés entre le 1er juin, date de la fin du championnat et hier, 31 octobre, jour de la finale de coupe du Cameroun. Le pays de Roger Milla, piteusement éliminé avec zéro point en trois matches de la dernière coupe du monde n'est pas, en tout état de cause, à un record près. Si triste fut-il.

Mais, doit-on le répéter, dans une République moderne et démocratique, des dates comme celle de la finale d'une coupe nationale de football, dès lors qu'elles sont inscrites dans le calendrier des activités  nationales impliquant la présence du président de la République, deviennent automatiquement une obligation pour lui.  Et sont souvent connues une année à l'avance. Donc, sauf empêchement majeur expliqué au peuple, rien ne justifie aujourd'hui l'absence de Paul Biya au stade Ahmadou Ahidjo hier pour clôturer la saison sportive au Cameroun, lui qui est souvent présenté comme le premier «sportif du Cameroun». Et s'il avait quelque souci de soigner sa relation avec les potentiels électeurs, on ajouterait que des occasions comme celle-là sont des moments rêvés par tout dirigeant de communier avec son peuple.

Bien sûr, aucune disposition constitutionnelle de la République du Cameroun, ne contraint le président de la République à présider la finale de la coupe nationale de football. Ce sont des commodités régaliennes et protocolaires qui ont érigé cette finale en une manifestation solennelle en présence du chef de l'Etat. Cela signifie qu'un chef de  l'Etat, que cette manifestation agace -mais il n'y a pas que ça qui l'agace, serait libre de faire redéfinir sa structuration, et transférerait le protocole à une autre personnalité.

Mais comme c'est un élément de pouvoir, qui magnifie sa puissance, on peut parier qu'il n'en sera rien. Nos compatriotes ont fini par tout accepter, convaincus que nous avons avec nous la «lumière vivante», pendant que les autres nations avancent. Les «Dragons» d'Asie du sud est ont décollé sous nos yeux, alors que nous avions le même niveau de développement il y a 30 ans. Le Gabon est en train de repartir grâce à Ali Bongo. La Côte d'Ivoire s'apprête à tourner la page de 10 ans d'immobilisme pour rattraper le temps perdu… Mais ce qui rend encore plus triste sur le Cameroun, ce n'est pas le comportement de son chef, qui ne surprend plus au demeurant. C'est qu'on regarde en face, et on se retrouve devant… John Fru Ndi.

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