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LE BLOG DE CYEK

Thomas Patrick Eyoum'a Ntoh : Guerre des mots et histoire d'hommes !

23 Septembre 2010, 05:52am

Publié par Eyoum'a Ntoh (21 mars 2001 in Le Messager)

Ce texte de feu Thomas Patrick Eyoum'a Ntoh a été publié le 21 mars 2001 dans sa chronique "De quoi j'mêle". Nous la reprenons ici pour son actualité et à titre d'hommage.

"Depuis des années, majorité et opposition camerounaises, couteaux entre les dents et bazookas dans les mains, se battent. Entre autres ils ne font que ça, il ne savent faire que ça, et sur tout et n’importe quoi – sur une commission électorale nationale indépendante (Ceni) dont la vertu, selon l’opposition, est d’être la structure absolument garante d’élections transparentes, justes et équitables. Et de citer les pays où cette structure a été mise en place : le Ghana, le Burkina faso, le Tchad et le Togo ! En lieu et place, la majorité, après avoir longtemps rebattu les oreilles des Camerounais sur les vertus du ministère de l’Administration territoriale, s’est, enfin, résolu à créer l’Onel (Organisation nationale des élections). Comme au Sénégal. Pourtant, la guerre continue : l’opposition veut toujours aussi sec « sa » Ceni, et rien d’autres. En dépit du fait que ni le Burkina, ni le Togo, ni le Tchad ne sont pas à proprement parler des exemples de transparence et d’équité électorales ! Quant à la majorité, c’est l’Onel ou rien !


En vérité, cette bagarre-là, encore moins que toutes celles qui ont opposé majorité et opposition depuis dix ans, j’ai beaucoup du mal à en comprendre la signification. Et je la comprends d’autant moins aujourd’hui que la jusque-là très vertueuse Cena béninoise a maille à partir avec les candidats de l’opposition béninoise à la présidentielle, elle qui, depuis 1991, croulait sous les satisfecis des candidats et des observateurs !

Que s’est-il donc passé pour que la tant enviée Cena sans laquelle, prétendait-on, le processus démocratique béninois n’aurait pas été le bon exemple que l’on sait, en soit aujourd’hui, à être vouée aux gémonies ? Ses missions, son mode de composition, ses pouvoirs et encore moins le cadre juridique qui l’organise, n’ont pourtant pas été modifiés ! De fait, ce qui se passe au Bénin aujourd’hui, comme ce qui s’y est passé ou s’est passé dans d’autres pays africains hier, est sujet à réflexion. De ce point de vue, les « errements, réels ou supposés, de la Cena béninoise, en tout cas le soupçon qui pèse sur elle aujourd’hui n’ont rien à voir avec son nom, le mode de désignation de ses membres, ses missions et ses pouvoirs. Dès lors, la bataille à laquelle se livrent majorité et opposition camerounaises n’en apparaît que plus imbécile encore.

Suffit-il qu’une structure de contrôle des élections s’appelle Ceni pour qu’elle soit la meilleure garante d’élections transparentes, justes et équitables ? Si oui, il faudra bien que quelqu’un , un jour, se décide à expliquer aux Camerounais les raisons pour lesquelles les Ceni togolaise et tchadienne sont autant dénoncées, et à juste titre, à notre sens, comme ne participant pas à la transparence et à l’équité des consultations électorales dans ces deux pays !

Suffit-il qu’une structure de contrôle des élections s’appelle Onel pour qu’elle soit définitivement tenue pour congénitalement frappée d’incapacité à organiser des élections transparentes, justes et équitables ? S’il en est ainsi, les Camerounais ont le droit de savoir par quel fait extraordinaire l’Onel sénégalaise, qui, il y a un an, a assuré avec le succès que l’on sait le contrôle du scrutin présidentiel au Sénégal, a dérogé à cette loi « immuable » ! Comme il doit leur être expliqué pourquoi en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis, au Canada, etc. Les élections ont toujours été – à de très, très, très rares exceptions, d’ailleurs très, très, très localisées et toujours durement sanctionnées par la justice – transparentes, justes et équitables, alors même qu’elles sont organisées et contrôlées par le gouvernement et par personne d’autre !

Il est d’autant plus urgent de le leur expliquer que désormais, diffusion par câble oblige, chacun d’eux aura, au moins une fois, vu un ministre de l’Intérieur de l’un de ces pays, souvent candidat lui-même (législatives), venir en annoncer les résultats. Comme chacun d’eux sait parfaitement que le fait d’être membre d’un gouvernement de ces pays organisant des élections n’empêchera pas une défaite électorale ! Autre fait : l’élection présidentielle qui a porté Mandela au pouvoir, en 1994, a été organisé et contrôlée par un gouvernement dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’était pas aux ordres de l’Anc !

Autant le dire : toute structure, quelle qu’elle soit, vaut surtout par la qualité des hommes qui l’animent. C’est à ce titre que la démocratie américaine, qui repose sur un socle juridique aux yeux de beaucoup désuet parce que datant de plus de deux cents ans, a réussi à se sortir du guêpier de la contestation électorale de Floride, il y a quelques mois, et sans pratiquement coup férir. C’est à ce titre que la Cena béninoise, en 1991 et 1996, a assuré l’organisation et le contrôle de deux élections présidentielles qui se sont soldées par la débâcle du président en place (Kérékou en 1991, Soglo en 1996). C’est à ce titre que l’ONEL sénégalaise a assuré le contrôle de la présidentielle 2000 dans ce pays sans que le vaincu, pourtant président en exercice, ait trouvé à redire !

Ceni, Onel, Cena ou ministère de l’Administration territoriale, qu’on ne s’y trompe pas, et surtout qu’on ne tente de tromper personne, les scrutins électoraux au Cameroun ne seront pas transparentes, justes qet équitables au Cameroun aussi longtemps que la démocratie dans ce pays ne sera pas fondée sur des démocrates !

<B>Y en a-t-il un dans l’avion ?</B>

Si vous l’apercevez, faites-le moi savoir. En attendant, force est de constater que le déficit démocratique est si énorme au Cameroun que lorsque Paul Biya et Fru Ndi se « parlent » autrement que par la diatribe, les journaux en font des tonnes, cependant que des militants de l’opposition et de la majorité se demandent, perfidement, si les « civilités » entre le président de la République et le leader de l’opposition ne cachent pas en réalité quelques milliards que le premier aurait envoyés au second pour le « rallier » à sa cause !

Paul Biya et John Fru Ndi traînent suffisament de casseroles anti-démocratiques (le premier physique, le second du fait qu’il est aux affaires) pour qu’ils soient d’office absouts de l’ « anti-démocratisme ». Pour autant, ils ne sont pas moins « démocrates » que ces Camerounais des deux camps et de toutes les tribus dont les enfants, les épouses, les frères, les sœurs, les cousins, les oncles et les tantes, surtout si leur quotidien est peu ou prou dépendant de leur vouloir, n’ont pas le droit d’exprimer, sous leur toit, des positions politiques opposées aux leurs ! Ils ne le sont pas moins que ces journalistes dont les confrères ayant un engagement politique ou idéologique opposé au leur sont tout simplement des « hérétiques », des « vendus » ou, pire encore, des « traîtres » !

Les uns et les autres, qui protestent à longueur de journées de leur « démocratité » feraient mieux de méditer l’exemple de Louis Joxe et de son fils, Pierre Joxe. Lors de l’élection présidentielle française de 1965 qui opposait Charles de Gaulle et François Mitterand, le père Joxe battait campagne pour De Gaulle dont il était ministre quand le fils Joxe collait les affiches et participait à la rédaction des discours de François Mitterrand dont il était l’un des « Sabras » ! Les repas en famille en étaient phagocytés par les arguments et contre-arguments des deux « adversaires » politiques, mais ils n’ont jamais cessé d’être père et fils ! D’ailleurs, l’épouse du premier, par ailleurs mère du second, lasse de ces joutes oratoires qui reléguaient ses bons petits plats dans un coin de table, a fini par interdire que l’on parle politique chez elle ! C’est cela, la démocratie ! C’est-à-dire une affaire de démocrates donc d’hommes et pas du tout une affaire de mots !

Ceni, Cena, Onel ou n’importe quoi, si les Camerounais ne sont pas des démocrates, dans un an, dans trois ans ou dans dix ans, il y aura toujours un candidat malheureux qui criera : « On a volé ma victoire » !

Ceni, Cena, Onel ou n’importe quoi, la démocratie, avec des « démocrates » comme nous, ce n’est pas demain la veille que le Cameroun la vivra !… Et la démocratie, ce n’est pas pas seulement la capacité quelques élites et élus à se soumettre au verdict des urnes, c’est aussi celle de la moitié moins un du peuple à accepter que la moitié plus un gouverne. Evidemment par le biais de ses élus."

 

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