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LE BLOG DE CYEK

Thomas Eyoum'a Ntoh : La "plume d’or" du journalisme camerounais s’est brisée

7 Septembre 2010, 17:34pm

Publié par Yves-Désiré E. Ekwè (Correspondance -Douala)

 

Eyoum1.JPGLa presse camerounaise vient de perdre une de ses icônes, Thomas Eyoum’a Ntoh, moins de deux mois après la disparition tragique de son pair et confrère Puis Njawé.

 
 

Le chevalier de la plume comme aimaient à l’appeler les jeunes pour lesquels il était un modèle, s’en est allé lundi 06 Septembre 2010 aux environs de 12 heures 30 minutes dans un centre hospitalier de Douala, des suites d’un énième accident cardiovasculaire. Cloué sur une chaise roulante durant plus de quatre longues années, Thomas Eyoum’a Ntoh, pour ne pas le citer, tire ainsi sa révérence à l’age de 52 ans, dont 25 passées au service de la presse camerounaise dans laquelle il a servi avec éthique et rigueur. 

Il fait ses premières armes au sein de Douala Express dès 1977, avant de s’envoler vers la France où il s’inscrira et sortira Diplômé de l’école de journalisme de Lille. De retour au Cameroun, il demande à travailler à Cameroon Tribune et à la CRTV. Il n’obtiendra aucune réponse de la part de ses médias gouvernementaux. Il va donc se tourner vers le privé, notamment La Gazette où il va exercer durant un an avant de créer Dikalo dont il sera le Directeur de Publication adjoint. C’est au sein de ce journal que Thomas Eyoum’a Ntoh, grâce à un style qualifié de percutant, se fera rapidement un nom et une place. Lorsque ce journal tombera sous l’emprise de  Fadil Bayero qui veut à travers cette acquisition« faire entendre la voix du nord-cameroun », il en devient le rédacteur en chef. À cause du refus de son nouvel employeur de faire paraître un article portant sur la comparaison entre les avancées de la démocratie du Benin, d’où il sortait pour une investigation, et celle du Cameroun, il claque la porte et décide de créer son propre journal Res Publica, qui, malheureusement, compte tenu des limites financières, ne paraîtra que quatre fois.

Aux côtés de Pius Njawé et autres Jean-Baptiste Sipa, l’on retiendra que c’est sous sa férule (alors rédacteur-en-chef adjoint) que Le Messager a publié des articles incendiaires comme « L’affaire Yondo Black… », « La marche de Bamenda », « La lettre ouverte de Célestin Monga à Paul Biya »… Il quittera Njawé pour aller chez « l’ami-concurrent » Séverin Tchounkeu à La Nouvelle Expression où il mettra son expérience et son immense talent au service de la rédaction et des jeunes journalistes qui y faisaient alors leurs premiers pas.

 

« Tom, le Chevalier » aura activement et brillamment participé à la lutte pour la liberté de la presse et à l’avènement du multipartisme par la contribution et à la rédaction d’articles engagés et sans concession. Il rejoint ainsi la terre de ses ancêtres non sans s’être battu pour le respect du journaliste, le vrai journaliste. Il laisse une épouse inconsolable, qui durant toute sa maladie l’a soutenu avec la bravoure d’une femme aimante et dévouée.

 

Adieu Thomas. Essimo ! Ebele o bosso !

  

Henriette Ekwe, Directrice de publication de l’hebdomadaire Bebela évoque

la mémoire de Thomas Patrick Eyoum’à Ntoh.

 

Vous venez d’apprendre cette disparition de Thomas Eyoum’à Ntoh. Que retenez-vous de lui ?

Je retiens de Thomas une intelligence très vive, une plume délicieuse. Car, quand on a lu les « Croc mots, de quoi je m’mêle » » qu’il animait à Le Messager, « En vérité » à La Nouvelle Expression, on ne peut pas rester indifférent. Il avait un regard acéré sur la société et le pays. Avec une liberté de ton qui lui était particulière. Et lorsqu’il peignait la société, il était profond. Même celui qu’il heurtait admirait ce talent et ce brillant chroniqueur. Je l’ai côtoyé dans la salle de rédaction de La Nouvelle Expression où il avait à cœur de former les journalistes au métier. Mais aussi il avait ses coups de gueule et ses colères. C’était un personnage plein de vie qui aimait la bonne table et des blagues à n’en pas finir. Un homme à la fin très aimable et très agréable quand il t’adoptait. Surtout un  autre plan, je retiens cet ami toujours bien mis qui faisait très attention à son habillement. A ses débuts, il avait commencé dans un journal qui s’appelait à l’époque Douala Express de Monsieur Jacques Kaya, et plus tard chez Abodel Karimou de La Gazette. Il est ensuite allé en France avant de revenir au Cameroun  s’engager dans l’administration qu’il a ensuite quittée pour la presse privée. Je salue en lui le soldat de la plume, de la belle plume. Parce qu’il était amateur de beaux textes.

Quel regard jetez-vous sur sa carrière ?

Sur le plan de l évolution de sa carrière, il n’aurait pas été un bon gestionnaire, comme à Dikalo, le journal qu’il a contribué à créer en 1991, avec son ami Emmanuel Noubissi Ngankam. Si son ami tenait les finances, lui par contre, avait une mainmise sur le contenu rédactionnel qui était bien rigoureux. Chacun tenait son rôle. Finalement, le journal a connu des difficultés et a été racheté par le groupe Fadil où il n’a pas voulu travailler. Il a choisi de revenir à Le Messager pour finalement atterrir à La Nouvelle Expression.

 

 Avec tout ce qu’il a été, que pensez-vous de ses dernières années qui rappellent la triste condition des journalistes camerounais ?

 Il faut relever à juste titre que ces dernières années, il était cloué sur le lit. On a eu la nette impression qu’il était un peu abandonné à lui-même.  Une situation qui me fait penser à la création d’une véritable mutuelle des journalistes dans ce pays comme ailleurs. Il est vrai qu’il a bénéficié de quelques élans de solidarité de certaines bonnes volontés. Mais, ce n’était pas suffisant pour le prendre vraiment en charge comme dans un pays où la profession est bien organisée. Ce qui fait que les moyens sont vite épuisés, tandis que la maladie a continué à le ronger. C’est un appel plus global pour la sécurité et la protection des journalistes dans ce pays.

 

Propos recueillis par David Nouwou  (La Nouvelle Expression - 07/09/10)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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djasso 08/09/2010 23:10


Paix à ton âme Thomas.Je t'ai découvert alors que je n'étais qu'en classe de première au lycée leclerc.Mais ton style,ta façon subtile de dire les choses m'ont marqués à jamais!De la grande
écriture.Que la terre de nos ancêtres ta soit légère.Adieu Mister...