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LE BLOG DE CYEK

Samuel Eto’o, star immature ou manipulateur malhabile ? (par Venant Mboua)

21 Octobre 2010, 08:55am

Publié par Cyrille Ekwalla via Venant Mboua

u1_Eto_portada_Rolling_Stone-778095.jpgLa longue entrevue aux télévisions camerounaises insinue quelques informations et suggère beaucoup de leçons sur le personnage de Samuel Etoo et sur le football camerounais.

À la suite de la campagne mondiale catastrophique des Lions Indomptables, leur capitaine a convié les télévisions camerounaise pour … au fait quoi? Expliquer? S’expliquer? Accuser? Il est difficile d’établir les motivations de la sortie de Samuel Éto’o. Relevons cependant quelques faits apparemment anodins qui ont cependant leurs conséquences.
1- Il n’y avait aucun chroniqueur sportif camerounais sur le plateau de Samuel Éto’o. Les seniors qui ont interrogé la star mondiale se sont montré habiles, certes, mais l’absence des journalistes spécialisés ne cache-t-elle pas un malaise que toutes les parades de ces derniers jours ne peuvent dissimuler?
2- Éto’o s’exprime assez aisément en Français –pour un footballeur dont on connait les rapports avec les études. Cette aisance le pousse d’ailleurs à prendre certains risques, comme de vouloir faire usage d’un style qui confine à la démagogie. Nous y reviendrons.
3- Il y avait dans la salle, en cordon, de jeunes enfants aussi dépaysés que des pygmées dans un commerce nord-américain; il y avait aussi sur le plateau, un chroniqueur français, Philippe Doucet, dont le rôle me paraissait si flou…Il a quelques fois interrogé Éto’o mais, il a surtout voulu éclairer la lanterne de ses confrères. En tout cas, il m’a rappelé cette phrase de Diego Maradona, parlant de Michel Platini qui l’aurait dénigré : «vous connaissez les Français, ils croient toujours qu’ils sont meilleurs que les autres».
De cette entrevue, je retiens que Éto’o est visiblement sincère lorsqu’il énonce qu’il est un grand marqueur de buts, que son passé parle pour lui et que malgré sa place sur le toit du football mondial, il sait se sacrifier pour le groupe (tant en club qu’en sélection) en jouant à des postes qui ne sont pas ceux de sa prédilection.

Si on ne peut nier la première assertion (il est un très grand joueur qui fait notre fierté), on peut lui rétorquer sur la deuxième qu’avant lui, des stars des Lions comme François Omam Biyick ou Patrick Mboma ont accepté le sacrifice pour l’équipe en changeant de poste. Pour le reste de son discours, on retient qu’il n’a fait que du bien à l’équipe, qu’il essaye de rassembler et d’initier le dialogue mais, il est toujours trahi par les autres qui ne sont pas sincères. C’est sans doute le contenu de son rapport adressé au président de la Fécafoot.
Il est cependant difficile de convaincre l’opinion que dans cet exercice, le buteur camerounais n’essayait pas de soigner son image avec le sang de certains de ses camarades. Dans son discours encombré du stéréotype «je vais vous dire quelque chose» (qu’il n’a jamais dit); en abusant des mots sentimentaux «le peuple», «frères», le style de l’homme est vraiment au service de sa pensée : démagogique et manipulateur à souhait.
Mais, ce style démagogique a manqué de finesse chez notre joueur étoile. Ainsi les explications qu’il tente de donner auraient été un régal pour un avocat en contre interrogatoire. Par exemple, si c’est effectivement Paul Le Guen qui lui propose le brassard, pourquoi n’a-t-il pas demandé à Le Guen d’en parler d’abord à Song (qu’il semble respecter tant)?
Ma conclusion est qu’Éto’o ayant demandé le brassard, le coach l’a laissé se débrouiller pour informer ses «grand-frères».

Leader ou imposteur?
Eto’o a répété plusieurs fois qu’il est LE leader des Lions, qu’il a dépensé de fortes sommes d’argent pour la qualification des Lions («et tout le monde a émargé»). Mais il n’a peut-être pas compris une chose : un leader ne s’impose pas par son grade, son argent et sa force physique (il y a une différence entre un leader et un imposteur). Cela se vérifie chez les politiciens comme dans tous les milieux où des humains se regroupent. À entendre Éto’o, on se rend compte qu’il n’y a que lui qui n’a pas compris que son leadership à la Paul Biya (par la corruption, les manipulations, les intimidations, l’utilisation des moyens institutionnels – «l’équipe nationale est une institution») a été rejeté en sourdine mais fermement, par ses camarades.

C’est ainsi qu’agit d’ailleurs le peuple martyrisé depuis 50 ans. Les fonctionnaires acceptent les postes de Biya, s’humilient en public mais en privé, n’ont que du mépris pour lui; les masses vont manger et boire à la fontaine du Rdpc mais ne tissent aucun lien affectif avec l’imposteur. Biya l’a compris, tant que cela le maintient au pouvoir, il s’en fout de sa renommée. Eto’o doit l’imiter ou voire, lui demander son secret lors de leur prochaine rencontre…secrète.
En s’essayant à la démagogie, aux intrigues et au paternalisme, le grand footballeur qu’est Éto’o apparaît comme un gamin immature qui tente de se trouver une place dans la cour des adultes. Cela laisse une image controversé de joueur surdoué, le meilleur de son groupe, mais autant aimé que détesté.

Ses aînés les plus récents, François Omam Biyick, Patrick Mboma, n’ont jamais proclamé en public qu’ils étaient les leaders du groupe. Lucien Mettomo révélait dans une interview qu’il m’a fait l’honneur de m’accorder en 2009, que tout se passait bien dans cette équipe lorsqu’il y avait des leaders naturels et humbles qu’étaient Marc Vivien Foé, Patrick Mboma et Alioum Boucar. Avant cette déclaration, personne ne savait qu’un Alioum Boucar- qui parle moins qu’un mur-, a pu être leader au sein de la dream team des années 2000-2004.

Le leader et son dieu ?
Comment achever ce propos sans évoquer Roger Milla? Invité surprise de la conférence de presse d’Éto’o, il s’est montré très proche de celui qu’il vilipende depuis deux ans. Il semble que ça n’était qu’un «malentendu». Comme avec les «faussaires» de la Fecafoot qu’il voulait dénoncer à la Fifa. Et Eto’o, le leader, s’est montré heureux d’avoir retrouvé « dieu », son père. «Samuel Eto’o Fils -de-dieu», appelez le désormais.
Le dieu et le leader se ressemblent, en effet. Ils se croient propriétaires du football camerounais, surtout des Lions Indomptables. La presse et les autorités camerounaises politiques et footballistiques en ont décidé ainsi.

Milla fait-il des sorties à tort et à travers? Les chroniqueurs sportifs continuent de le déifier. Est-il coupable de propos xénophobes à l’endroit d’un sélectionneur des Lions – dans les bureaux même du Premier ministre? Les leaders d’opinion, les politiques et les religieux se taisent tandis que les journalistes s’esclaffent et encensent «l e franc-parler du vieux lion», patriote comme il n’en existe plus dans notre pays. Eto’o agresse-t-il des journalistes, leur causant des blessures graves? Aucun procureur ne bouge son petit doigt, la Fecafoot devient aphone tandis que le ministre des sports ouvre un enquête contre…les journalistes?

Mon avis est que, si on n’arrête pas les dérives de ces deux monstres de notre fabrication, le jour n’est pas encore prévu où on pourrait arrêter de pleurer sur les échecs incompréhensibles de nos Lions Indomptables.
Mais au-delà de Samuel Eto’o et don dieu, c’est l’organisation du football qu’il faut blâmer. Et la question, «qu’est-ce qui s’est passé en Afrique du sud» devrait plutôt être posée au gouvernement. C’est le manque d’une politique sportive cohérente qui conduit aux rafistolages qui génèrent à leur tour, les querelles auxquelles nous assistons. Si on s’y prend à deux semaines pour préparer une coupe du monde – qu’on veut gagner -, même à coups de milliards de dollars, on ne réussira pas. Parce qu’on n’achète pas la cohésion d’un groupe. On n’achète pas les automatismes et l’expérience.

C’est depuis 2004 que nous avons entendu certains footballeurs camerounais demander aux autorités de s’organiser pour préparer la Coupe du monde qui se joue en Afrique. Rien n’a été fait. Et la faiblesse du leader Samuel Eto’o et son dieu, Roger Milla, c’est de n’être pas capables d’exiger la rigueur aux gestionnaires, comme le fit à répétition, Joseph Antoine Bell au risque de sa carrière au sein des Lion, et aujourd’hui de sa retraite. Il est probablement le sportif au tour duquel accord semble évident entre le ministère et la Fédération. En personne avertie, Éto’o sait que blâmer publiquement les gestionnaires de notre football, c’est se suicider. Il veut vivre au sein des Lions. Et surtout, comme leader.

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