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LE BLOG DE CYEK

Psychose à Etoudi

5 Août 2010, 14:17pm

Publié par Suzanne Kala Lobè (LNE)

Un spectre hante la politique au Cameroun. C’est celui de la paranoïa. Véritable psychose des complots ou de coups d’Etat venant d’ailleurs et d’apprentis sorciers. C’est une antienne qui semble être le leitmotiv, du pouvoir pour refuser de s’expliquer sur les questions que se posent les citoyens du Cameroun .
La stabilité légendaire mais réelle du Cameroun, semble peser lourd dans les propos des officiels. Personne ne veut remettre en question, cette image de façade, fabriquée sur l’idée publicitaire de la paix des cimetières. Cette paix qui ne s’adresse qu’au corps sans vie, dont on sait que tout ou presque ne peut plus rien arriver. Sauf que dans la vie sociale réelle, dans la complexité des contradictions du monde, dans le champ politique  où la lutte pour la conquête du pouvoir est une concurrence âpre, aride  et meurtrière (au sens propre comme au figuré) la paix, n’est  qu’une feuille de vigne, qui a du mal à couvrir les guerres larvées entre les différentes factions qui se disputent le leadership. En ce sens, contrairement aux déclarations du Ministre de la Communication, Issa Tchiroma, lors de sa traditionnelle communication gouvernementale, le pays ne se porte pas si bien que cela. Et les mutations qui sont à l’œuvre au sein de la société camerounaise méritent que le ministre s’y attache un tant soit peu. Les contradictions qui se manifestent, les frustrations qui s’accumulent comme des métastases d’un cancer peuvent suffire à rogner, ronger le système jusqu’à un point de blocage ou de non-retour. L’autisme de Tchiroma, ne vaut que parce que l’on sait que les politiques se sont spécialisés depuis longtemps dans la langue de bois. Ils sont, sourds et aveugles.

Les Regards de cette semaine se sont accrochés au dossier, d’Enoh Meyomesse. Cet illuminé, intellectuel inoffensif, qui aurait été sollicité par un colonel, dans une conversation surréaliste, pour coordonner et assumer un coup d’état prévu pour le 14 juillet , puis ,différé au 17, contre le régime de PB. L’affaire en elle-même est assez burlesque, mais c’est ce qu’elle relève comme dysfonctionnement, qui est symptomatique d’une crise en politique. Comment identifier cette crise et que comprendre de toutes ces manifestations ?

Les murs du Palais présidentiel sont pleins de lézardes. Ces fissures sont la marque du temps qui passe et des luttes qui fracasse une présumée cohérence du  règne de Biya. Les coups  bas et les crocs-en jambes peuplent le palais de bruits de bottes, d’intrigues futiles, de dénonciations malsaines et de calculs cyniques. Mais qui  s’en étonnerait : il s’agit tout simplement du jeu politique, comme le décrivait Roberto Mitchell, dans son livre “ les Règles du jeu politique”. Décrivant l’espace politique comme un terrain de jeu  où tout n’est  pas au même niveau, il distinguait les réseaux formels, du pouvoir, comme  les cercles occultes et informels, qui interférait dans la construction de la décision, et influant sur le futur des peuples. Les querelles de succession, fissurent les murs d’un palais autrefois conçu comme un bunker pour protéger de la menace de coups, celui qui remplaça Ahidjo, dans des conditions qu’aujourd’hui on peut juger tragique. Le coup d’Etat d’avril 84, acheva d’installer dans l’esprit du chef de l’Etat actuel,  une insécurité pathologique, qui va le conduire à évincer tour à tour ses alliés d’hier. Cette psychose du coup d’Etat, sans qu’elle ne transforme nécessairement le Palais en un système de haute sécurité va  engendrer toute une cohorte d’intrigants prêts à jouer sur la peur du Chef, un manque de perspective de ses conseillers,  et l’immobilisme  consécutive  de la guerre des clans.  En d’autres termes, la stabilité du Cameroun, se paye à un prix très fort. Elle est plus l’expression de la neutralisation de plusieurs forces que de la volonté de ne pas faire la guerre. Car la guerre est menée à fleurets mouchetés et parfois de manière radicale, à tous ceux et celles qui veulent en finir avec PB. Comme le dit le colonel qui s’adresse à Enoh Meyomesse! C’est cette nasse qu’il faut analyser pour savoir comment en sortir.

Paul Biya a un rapport particulier avec l’armée camerounaise après le  coup d’Etat d’avril 1984. Il ne lui a pas suffi de réduire ce coup d’Etat à une simple guerre ethnique. Mais sans doute mieux quiconque, il sait la fonction de cette armée, formée, non pas pour défendre la nation, au départ, mais  pour réprimer les luttes sociales. D’ailleurs certaines de ces fonctions se sont manifestées de manière spectaculaire lors des émeutes de février.2008! Mais l’armée est un pouvoir et une force. Sur laquelle on peut s’appuyer  mais qui peut aussi échapper au contrôle des “rulings gouvernants”.

On l’a vu, lors de la chute de Moussa Traoré, le coup d’Etat  en Guinée  et l’accession au pouvoir du  burlesque. En somme l’armée doit être contrôlée : mais comment ? Paul Biya va à la fois « chouchouter » l’armée en même temps qu’il la mettra sous surveillance au point de geler sa fonction première de  sauvegarde, défense et préservation des institutions républicaines.

 En faisant cela, Biya  va  exercer un monopole coercitif sur l’armée tout en cultivant une psychose terrible du coup d’Etat fomentée par des sous-officiers de cette même armée ... Ceux sont des jeunes sous-officiers qui furent instrumentalisés dans la lutte de clans sans merci, engagée  de 1982 à 1984 entre Ahidjoïstes et Biyaïstes. Aujourd’hui, il y a-t-il possibilité pour un remake d’un tel scénario ? A l’évidence non! Même si la question de la succession à Biya se pose de manière aigue : mais les protagonistes ne sont plus les mêmes : tant à l’extérieur du Cameroun que sur le plan national. Le Palais aujourd’hui est un théâtre où se tissent, se brodent et se tricotent des intrigues toutes plus farfelues les unes que les autres et d’autant plus nocives pour le moral. Leur modus opérande a pour fonction de renforcer la paranoïa du Président et sa psychose du coup d’Etat. Elles ont comme enjeu, certes,  de faire vivre le pouvoir au sein de la Cour et de donner au Prince les moyens de frapper fort, mais peuvent très bien aussi être alimentées par le Chef lui-même, pour neutraliser sa cour ! C’est un mode de gouvernance comme un autre, qui a d’autant plus cour, lorsque le mouvement social  est faible et les contre-pouvoirs peu structuré comme force alternatives.  Alors les intrigues se délitent dans des dénonciations sans queue ni tête ; dans l’invention  de tous les possibles, comme la cassette condamnant Enoh Meyomesse, bénéficiaire présumé d’un complot qui aurait été pourtant ourdi par un colonel de l’armée qui l’aurait contacté par téléphone .... Un Enoh Meyomesse, devenu victime et objet de dénonciation, parce que  quinquagénaire issu du Sud, du pays, mais qui a eu le malheur de dire depuis 1983, son désaccord avec les déviances du Biyaisme depuis 1985 ! Lui qui n’a  ni organisation structurée, ni programme politique clair, mais seulement un réseau de relations, loin de constituer une armée clandestine.  Mais au Palais, tant que le chef se figure des coups, chacun doit y aller, pour faire  acte d’allégeance.

En politique tous les coups sont permis. Et la lutte est féroce. Sans aucune éthique. Les coups sont  imaginaires, tirés par les cheveux mais peuvent occuper pour une semaine ou deux les ministres concernés et empêcher que l’on  discute ou travaille sur les chantiers de développement ou les questions du quotidien,  comme : la rentrée scolaire prochaine, les inondations dans le septentrion, les infrastructures vétustes, le démarrage du barrage de Lom Pangar  ou du port en eau profondes de Kribi ! Non ! On joue sur le pathos très particulier du président : la psychose du coup d’état, le traumatisme de 1984, qui ne fut qu’un coup d’Etat au Palais : bruits de bottes à Etoudi ! On transforma Etoudi en un bunker étrange,  froid et immobile.

C’était en Avril 1984 : Paul Biya, ce fonctionnaire grandi à l’ombre d’Ahidjo, n’avait du pouvoir comme connaissance que l’asservissement et l’obéissance à celui qui était son donneur d’ordres et de l’admiration pour la théorie politique de Machiavel ! Et bien qu’aguerri aux aspects structurels et organiques des effets du jeu politiques, de sa nomenclature, de ses règles,  bien que connaissant le niveau sanglant de la concurrence et de la compétition dans le champ politique, il n’avait pas encore mis les pieds dans l’analyse systémique, des forces en présence. Le coup, d’Etat d’avril 1984, fut pour Paul Biya un choc, même si un certain nombre d’analystes, l’a considéré comme l’asymptote du bicéphalisme et l’accélération de la nécessité de régler la question de “ qui gouverne ? Les conditions d’accessions au pouvoir de Paul Biya, vont le rendre méfiant. A la limite paranoïaque. Et quoique puisse expliquer ses thuriféraires quant à son ultime sens du discernement,  le magistère de Biya, est traversé, plombé, entaché par ce qui apparait aujourd’hui, comme une névrose utilisée en temps de crise. Mais au fond comment se présente à la veille de la présidentielle de 2011, l’antre de Machiavel ?

Ces complots imaginaires et bruits de bottes. Procès sans lendemains des anciens barons s. Des écuries d’Augias que l’on nettoie mais sur les paillasses desquelles, il reste encore du crottin aux odeurs  d’intrigues de règlement de comptes et de manipulations. Et si Biya restait au fond le seul Lion, à chercher à se faire peur ?

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Loth 10/08/2010 09:51


Vous parlez de psychose? A moins d'être complice, il est aberrant d'utiliser ce terme, d'autant plus que les éléments de preuve sont probants.


Cyrille Ekwalla 10/08/2010 22:58



Vos propos ne sont-il pas un peu "forts" à l'égard de l'auteur ? La paranoïa est une psychose; et il nous semble que la "sécurité-ïte aiguë" dans laquelle s'est enfermé (ou est enfermé) l pouvoir
aujourd'hui relève de la psychose. Lorsqe vous parlez de "éléments de preuve...probants"...convnquez-nous, M. Loth, svp !


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