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LE BLOG DE CYEK

Pour le droit d'accès à l'information au Cameroun (*)

28 Septembre 2010, 09:18am

Publié par Cyrille Ekwalla via Ariane Nkoa (correspondance)

La liberté d'information, encore appelé droit d'accès à l'information est la liberté de tout citoyen ou resident camerounais, d'obtenir et de rechercher l'information detenue ou provenant du gouvernement ou des institutions privées exerçant des missions de service public. Cette liberté se matérialise de deux manières : la première, appelée information passive, renvoie au comportement de l'administration lorsqu'elle répond simplement à une requête d'information initiée par une personne externe au service public en question. À l'inverse, le droit de recevoir l'information prend la forme d'information active, qui est une situation dans laquelle l'administration informe le public de sa propre initiative. L'information active est donc le droit pour tout citoyen de recevoir l'information sans avoir à en faire la demande préalable ou à engager des démarches pour l'obtenir.
En droit camerounais, il existe des lois et des règlements portant sur certains secteurs du service public camerounais, qui régulent la divulgation préalable et la diffusion de l'information, et rendent obligatoire pour l'administration de prendre toutes les mesures nécessaires pour que l'information soit mise à la disposition du public et que celui-ci puisse y accéder aisément. Ce droit est également consacré par les textes internationaux ratifiés par le Cameroun.

Le droit d'accès à l'information, qui se célèbre à travers le monde en ce 28 septembre, reste méconnu au Cameroun, tant des autorités administratives que des citoyens, malgré son importance pour la mise en œuvre des politiques gouvernementales en matière de lutte contre la corruption, de gestion participative des ressources naturelles, ou encore de participation des citoyens à la vie publique. En effet, l'accès à l'information est un facteur d'émancipation qui permet aux individus de participer en pleine connaissance de cause aux décisions qui les affectent, et de demander éventuellement des comptes aux gouvernants et autres acteurs de la vie publique. La libre circulation de l'information a une influence positive sur la qualité du service public et le fonctionnement des institutions. Cela permet aux individus de mieux connaître leurs droits et donc de les exercer ou de réagir quand ils sont bafoués. Il permet aux gouvernants d'entretenir des bonnes relations avec les administrés, et par là, constitue un élément essentiel de la cohésion sociale.

Aussi, pour concrétiser la promesse d'émancipation citoyenne implicitement liée au droit de savoir, il est absolument nécessaire de susciter une exigence d'information au sein de la population camerounaise. Toutefois, il convient de rappeler que l'exercice de la liberté d'information est encadrée et obéit au respect de certaines considérations relatives à la sûreté nationale, au secret défense, à la protection du droit à la vie privée des individus, ou encore au fonctionnement normal du système judiciaire. Ces exceptions sont parfaitement légitimes car elles touchent à des sujets sensibles justifiant des contrôles plus stricts, mais elles deviennent illégitimes lorsqu'elles donnent lieu à des abus, et servent à dissimuler des erreurs, excès ou malversations. A travers cette célébration, IGC entend par ce biais et à travers son programme «Droit d'accès à l'information et la transparence administrative au Cameroun» sensibiliser, informer, éduquer, rappeler, appeler à l'exercice du droit d'accès à l'information, tant aux citoyens camerounais, qu'aux autorités qui doivent communiquer et diffuser les informations correspondant aux besoins ou aux attentes de la population.

Les demandes d'information auprès de l'administration émanent le plus souvent de quelques groupes étroitement définis que sont les chercheurs, les journalistes, les membres des organisations de la société civile, et restent entravés de nombreux obstacles. L'accès à l'information est rendue difficile du fait de l'ignorance ou de la méconnaissance de ce droit fondamental, l'absence d'accès aux technologies, l'isolement géographique et les barrière linguistiques, de même que la crainte de l'administration, la culture du secret et l'absence de respect des usagers du service public, l'utilisation disproportionnée de l'obligation de réserve et du secret professionnel par les fonctionnaires, la communication d'informations en fonction des relations personnelles entre le demandeur et l'agent public, pour ne citer que ceux-là.

Les défis liés à l'exercice du droit d'accès à l'information s'avèrent considérables. Toutefois, les bénéfices inhérents à l'application effective de ce droit obligent à une mobilisation totale des camerounais, et des initiatives sont à développer pour le populariser davantage. Pour garantir le droit de savoir, les organes publics doivent être à même de pouvoir répondre dans les meilleurs délais aux demandes d'information ou mettre spontanément à la disposition du public certaines informations essentielles. D'où la nécessité de prendre des mesures et politiques visant à développer les capacités des institutions étatiques, à mettre en place des systèmes efficaces de gestion de l'information, à assurer une formation du personnel de l'Etat qui prenne en compte les principes fondamentaux de la libre circulation de l'information, afin de passer d'une culture du secret telle qu'elle s'applique encore au Cameroun, à une culture de la transparence.

Par ailleurs, il est important d'étendre le champ de cette pratique aux citoyens ordinaires afin de les encourager à exercer leur droit de savoir, à s'imprégner d'une culture de participation afin de mieux s'impliquer dans la gestion des affaires de la cité.
La liberté d'information constitue le fondement de la démocratie et de la bonne gouvernance ; l'impact potentiel de sa mise en œuvre effective sur le quotidien des camerounais est réel, notamment à l'heure où l'on effectue le bilan de dix années de poursuite des objectifs du millénaire. Pour reprendre les propos de Pierre E. Trudeau, «le progrès de la démocratie exige la disponibilité d'une information véridique et complète, qui permette aux citoyens de juger en connaissance de cause les politiques gouvernementales; autrement, c'est le règne de l'autocratie obscurantiste.».
En ce 28 septembre, célébrons la journée de la liberté d'information, agissons pour une société de transparence !

(*) Le titre a été modfié par l'auteur du blog

Ps : Ariane Nkoa (auteur de ce texte) est à la tête d'une structure citoyenne, basée au Cameroun :

 www.citizens-governance.org

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