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LE BLOG DE CYEK

Paul Biya ne doit pas se présenter à l'élection présidentielle de Novembre 2011

13 Octobre 2010, 21:44pm

Publié par Cyrille Ekwalla via CélestinBedzigui (Correspondance)

PaulBiya_Quebec.JPGMonsieur le Présidente de la République,

Cette correspondance n’est pas une initiative politicienne. Elle vise à interpeller votre moralité politique et publique en rappelant à votre souvenir un engagement majeur pris par devant le peuple en 1991 et dont vous vous affranchissez unilatéralement de l’obligation de respecter. C’est de vous avoir su à New York, aux Etats-Unis, terre par excellence de la démocratie, et de vous avoir  écouté à la tribune des Nations Unies, haute chaire érigée pour, entre autre, protéger  les Droits Politiques des citoyens des pays membres de cette organisation, que je me résous  à vous faire ce rappel dont l’ importance ne saurait échapper ni a vous-même, ni au peuple camerounais, en ce moment crucial où l’ élection présidentielle de l’ année prochaine suscite des initiatives et des appels les uns  plus folkloriques que les autres, pour justifier votre candidature, alors même que  votre pratique politique ne cesse d’ accroitre la tension politique et d’exacerber la frustration et la colère de la majorité  de nos concitoyens ravalés au rang de "spectateurs civiques" dont l’ avis et l’opinion sur la marche et la conduite des affaires de leur pays continuent d’ être ignorés.     

Vous permettrez dès lors, au regard du risque latent mais ô combien lancinant d’une rupture de la paix civile et de la cohésion sociale auquel l’entêtement à multiplier des pratiques illicites et illégales pour garantir votre réélection  expose le pays, que je vous donne l’impérieuse raison pour laquelle, en Homme d’Etat que vous êtes  supposé  être,  supposé également être habité par une conscience civique, vous avez le devoir moral et l’obligation politique de renoncer à briguer un nouveau mandat a la Présidence de la République du Cameroun.

Je me ferai le devoir de rendre public le contenu de ce message, après un délai raisonnable, afin de laisser au Représentant du Cameroun auprès des Nations Unis ici a New York le temps de vous le faire  parvenir, dans l’ intention de donner au  peuple du Cameroun de la matière pour son jugement. 

Le nouveau paradigme du développement

Dans votre discours à la session spéciale consacrée aux Objectifs du Millénaire à l’ONU, vous avez énoncé les trois domaines devant contribuer, par leur amélioration,  à l’atteinte des Objectifs du Millénaire par, entre autres pays, je suppose, le Cameroun : la création d’emplois, l’accès à l’énergie, le renforcement du partenariat international pour le développement. Ce faisant, on aura constaté que vous avez éludé le problème central qui taraude l’Histoire de notre pays depuis soixante ans et qui est l’un des freins de son décollage économique et social : Le refus de situer l’exigence de la démocratie au centre du processus du  développement, en l’énonçant comme préalable à l’amélioration du bien-être de nos populations. La démocratie assure la stabilité politique d’un pays, rassure les investisseurs et garde actifs les mécanismes d’une utilisation transparente des ressources. En ces temps postmodernes, on peut dire que la Démocratie engendre le Développement. Elle est de nos jours le vecteur déterminant l’attraction des investissements directs étrangers, lesquels ‘’booste’’ l’activité productive, ce qui a pour effet une résorption massive du chômage et partant, un recul significatif de la pauvreté. Voilà le nouveau paradigme du Développement, paradigme qui combine Gouvernance Politique, Croissance Economique et Bien Etre Social.

On peut dès lors affirmer que, de nos jours, les dirigeants qui refusent la Démocratie à leur peuple, leur refusent en réalité le Développement. Certains pourraient, malheureusement mais avec raison, vous classer dans cette engeance là. En refusant comme vous le faites la Démocratie aux Camerounais, vous les condamnez au chômage, à la pauvreté et à la misère,  car aucun investisseur sérieux et crédible ne peut venir risquer son argent dans un pays où sont grippés et faussés les mécanismes d’une dévolution transparente  du pouvoir, gage d’une stabilité sociale et politique à long terme qui garantit la sécurité des investissements. 

Le Peuple trahi

Et pourtant, Monsieur Le Président, il y a…  vingt ans, les Camerounais ont énoncé,  par la "Déclaration de la Tripartite", les principes de base de la Démocratie dans notre pays. Si ceux-ci avaient été mis en œuvre dans le souci d’établir notre pays dans une tradition démocratique républicaine saine, le Cameroun aurait pris une avance significative sur tous les plans par rapport aux autres pays africains dont les peuples aspirent à la Démocratie.

Malheureusement, c’est la préoccupation de conserver le pouvoir à  tout prix et de continuer à en  jouir qui semble avoir prévalu tout au long de ces années à la tête de l’Etat du Cameroun, fut-ce au prix de la trahison par vous de la confiance du  peuple.  

Lorsque je dis que vous avez trahi le peuple, vous le savez et comprenez pourquoi et en quoi. Mon propos ici sera factuel, épuré de tout esprit de polémique. Votre trahison a consisté à violer le Pacte Républicain scellé en Novembre 1991 par la Déclaration Constitutionnelle de la Tripartite qui définissait les principes, mécanismes et organes de la nouvelle ère de Démocratie à l’avènement de laquelle les Camerounais avaient consentis un prix élevé en privations et en morts d’hommes pendant les "Villes mortes". 

Souvenez-vous de ces temps là. Le peuple s’était réveillé pour réclamer la démocratie. Votre pouvoir avait vacillé. Vous viviez reclus dans votre palais, lorsque nous avons, Partis de l’opposition, engagé les "Villes Mortes" pendant plusieurs mois. J’aurai été l’un des rares leaders politiques de l’opposition à  accepter, à mon corps défendant, l’invitation à vous rencontrer. Lorsque j’arrivais au Palais d’Etoudi ce 19 Juillet 1991 en compagnie de deux de mes camarades du PAL (Parti de l’Alliance Libérale), je me souviens avoir soufflé à Martin Belinga Eboutou, Directeur du Protocole d'Etat qui m’accueillait : "Je viens dire la vérité les yeux dans les yeux à ton patron…". Notre entretien, prévu pour durer trente minutes a duré près de trois heures. Je vous ai dit à l’occasion qu’il y avait une nécessité absolue de prendre une initiative novatrice, les cadres et pratiques institutionnels classiques ne fonctionnaient plus dans l’environnement de crise aiguë que nous traversions. Et que contrairement à ce qu’induisait votre apothème "La conférence nationale est sans objet", il devait être organisé une assise nationale pour que les Camerounais se rencontrent et redéfinissent un nouvel ordonnancement institutionnel en conformité avec un nouveau ordre démocratique. Je vous ai présenté ce jour là "un Plan de sortie de crise", document où je proposais l’organisation d’une "Conférence Tripartite", ayant été inspiré par l’idée de la "table ronde" qu’enfant, j’entendais mon père dire qu’au temps de l’indépendance, les Nationalistes en lutte demandaient. Vous avez transmis ce document au Premier Ministre Sadou Hayatou, et ensemble, avec l’apport d’autres compatriotes, lui, ses collaborateurs (qui se reconnaitront), des membres de votre cabinet (qui se reconnaitront également), et moi-même, y avons travaillé pour arriver, trois mois et demi  plus tard,  à la Conférence Tripartite qui rassemblait près d’un demi-millier de participants dont les représentants des Partis politiques et des Organisations de la Société Civile,  les autorités traditionnelles, religieuses et militaires, les représentants de l’Intelligentsia, les membres du Parlements, les  Plénipotentiaires désignés par vous dont votre Premier Ministre et les membres de votre Gouvernement.

Apres une dizaine de jours  d’intenses négociations, nous sommes parvenus à un Compromis Républicain matérialisé par  la "Déclaration Constitutionnelle de la Tripartite", chaque mot ayant ici son sens. Nous tous, les 500 participants à la Tripartite que nous étions, inclusion faite de vos Plénipotentiaires, avons signé cette Déclaration, engagement solennel étant ainsi pris par chacun d’en respecter l’esprit et les termes en ce qui le concernait. Les dispositions de cette Déclaration seront retranscrites dans la Constitution … cinq ans plus tard, un délai qui est une illustration patente de votre opposition principielle à la Démocratie.  L’original de cette "Déclaration" auquel était attachée la liasse des  feuille de signatures vous a été remis le soir même de la clôture des travaux par le Premier Ministre Sadou Hayatou. J’attache ici une copie du texte de la "Déclaration" elle- même.

Dès le lendemain,le Peuple Camerounais,qui a cru a cet accord,comme un seul homme,a mis fin à la grève et s’est remis au travail,réussissant là où vos fusils et vos manœuvres d’intimidation avaient échoué.

Monsieur le Président de la République,

Un accord politique d’une telle envergure, parce qu’il a ramené la paix dans le pays et qu’il était l’expression de l’aspiration à la Démocratie du Peuple Camerounais, revêt un caractère sacré et ne saurait être violé par un Homme d’Etat de noble intention, et surtout pas, par celui-là, Vous, qui dans la fonction qu’il occupe, avait et a la charge politique et l’obligation morale d’en garantir,avec les moyens d’Etat, le respect de l’esprit et de la lettre.

Et pourtant Vous l’avez violée, cet accord politique. Vous semblez d’ailleurs tirer une jouissance morbide à persister à le violer, en dépit de sa dimension d’engagement sur l’honneur… politique. Vous avez trahi la confiance du Peuple Camerounais qui a cru aux conclusions de la Tripartite en reprenant le travail au lendemain de la conclusion de ses travaux, un Peuple qui vous a tout donné et qui en retour ne reçoit de vous que des signes de votre mépris arrogant, enivré par "le fastueux mirage", pour emprunter le mot à Clemenceau, de votre  omnipotence, entouré que vous êtes des courtisans bêlants, intrigants,  incompétents et ignorants de tout ce qui s’ est passé. J'en vois d’ici,certains vous susurrant mielleusement à l’ oreille: "bei bo’ dze ?"… "Ils vont faire quoi ?".

Votre trahison, jugez- en vous même. La Déclaration de la Tripartite disposait : "Les participants de la Rencontre Tripartite de Yaoundé, partis politiques, représentants des pouvoirs publics et personnalités indépendantes… dans le but d’enraciner la démocratie dans notre société,… sont arrivés à un large consensus… sur les options constitutionnelles majeures suivantes :

- II. 4. La limitation du mandat présidentiel à cinq ans renouvelables une seule fois.
- II. 8. Le renforcement de l’immutabilité de la Constitution.

En totale violation de ces dispositions et pensant sans doute que personne ne s’en souviendrait, au cours de ces dernières années, vous avez  unilatéralement :

- Modifié la durée du mandat présidentiel, le faisant passer de 5 à 7 ans,
- Fait sauter la limitation à 2 du nombre de mandats présidentiel,
- Manipulé  la Constitution, contrairement au principe de l’immutabilité de la Constitution énoncé au point II.8. de la Déclaration de la Tripartite.

Voila Monsieur Le Président de la République jusqu’où vous êtes allés, ce constat pouvant se passer de tout commentaire.

Retrouver votre honneur perdu

Nous en ferons un : Vous avez commis  une forfaiture, en d’autres terme, une grave violation des obligations attachées à votre fonction. Certains diront même que vous avez perdu votre honneur d’homme politique, et pourquoi pas, votre honneur tout court, il vous revient de l’ apprécier en conscience ...

Je voudrai souligner ici qu’il existe trois modes de régulation de la vie politique : les accords politiques, les élections et la violence. En violant la Déclaration de la Tripartite, vous disqualifiez les accords politiques. En établissant un ELECAM qui a toutes les caractéristiques objectives d’une cellule du RDPC, votre parti politique, vous discréditez les élections. Dès lors, il ne reste à un peuple assoiffé de liberté et de dignité  que la troisième voie, celle à laquelle vos actes de provocation  les acculent, dans un avenir plus ou moins proche : le recours à la violence politique. J’ai évoqué  ces segments de plus en plus importants de notre population en pensant à ces jeunes si désespérés et prêts à "se jeter à corps et âmes perdus dans le feu" si, ou lorsque cela se déclenchera. Je vous pose dès lors la question : est-ce donc à cette issue de sang et de pleurs que vous voulez conduire ou laisser le Cameroun ? Un Cameroun où pendant votre long  règne, tous les repères moraux et politiques ont été détruits, aucune tradition démocratique ne s’est sédimentée, et où il n’ y aura aucune autorité morale pour arrêter cette descente aux enfers annoncée ?

En soulignant qu’il s’agit plus d’une question de morale et de conscience que d’un problème simplement politique, je vous réitère mon exhortation du début de ce message : s’il vous reste un peu de l’Honneur qui fait la différence entre le "politicien", pouvoiriste par essence, et l’"Homme politique", serviteur par destin, l’Honneur qui permet à ce dernier  d’accéder dans le cœur de ses compatriotes et pour l’Histoire à la dignité d’"Homme d’Etat", pour honorer votre parole de  respecter les termes de la Déclaration Constitutionnelle de la Tripartite de Novembre 1991 auxquels vous avez adhéré avec le Peuple, vous avez l’irréfragable devoir moral et l’impérieuse obligation politique de ne pas briguer un nouveau mandat en 2011. En y renonçant de cette manière, à la place des honneurs, vous aurez choisi l’Honneur.

Le Peuple et la Jeunesse de notre pays vous observent désormais, maintenant qu’ils savent la Vérité sur la nature des conclusions de la "Conférence Tripartite". Votre décision établira définitivement si vous adhérez ou non au principe qui veut que "un Homme d’Etat utilise l’Etat pour servir et non pour asservir ou s’assouvir".

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

New York, 10 Octobre 2010

Célestin Bedzigui

PS : Déclaration Tripartite

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Loth 16/10/2010 12:51


Bédzigui est un affabulateur


Cyrille Ekwalla 25/10/2010 16:27



Pourquoi ? Pouvez-vous argumenter, cher Loth ?