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LE BLOG DE CYEK

Paix en Afrique : La plume du journaliste comme arme d’apaisement

26 Octobre 2010, 05:46am

Publié par Cyrille Ekwalla via X. Messè (Mutations)

Réunis à Bamako du 14 au 17 octobre, les rédacteurs en chef d’Afrique ont planché sur le rapport entre les médias et la culture de la tolérance.

(...)«Les médias et le défi de la paix en Afrique», voilà la principale communication de la 3e assemblée du forum des rédacteurs en chef du continent africain qui se tenait du14 au 17 octobre à Bamako au Mali, à savoir . Lorsque le chef d’Etat du Mali, Amadou Toumani Touré vient ouvrir les travaux de cette rencontre, dans son long propos de circonstance, il semble tourner les journalistes en dérision en disant que la thématique du jour méritait d’être plutôt «Médias et défi de la guerre». Même en enveloppant sa suggestion dans l’humour qu’on lui connaît, les hommes des médias n’adhèreront pas ; ils continueront durant les trois jours de leurs travaux à se poser moult questions : Comment les médias peuvent-ils garantir la paix en Afrique ? Peuvent-ils par moment, même inconsciemment ou par manipulation, provoquer des conflits armés ? La réponse à apporter à ces questions ne semblait pas du tout évidente, tellement les journalistes ne se sentent en rien responsables de quelques troubles sociaux.
On a beau citer Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande de Hitler, ou la radio des Milles Collines comme le fit d’ailleurs le chef de l’Etat du Mali. Les journalistes dans leurs débats ou en coulisses étaient d’accord : Hitler et Goebbels n’étaient pas de journalistes ; les Hutu, promoteurs de la Radio Mille Collines, ou les Tutsi, promoteurs de la Radio Muhabura pour ce qui est du Rwanda, n’étaient pas non plus des journalistes.
Les journalistes qui travaillent dans les organes d’information, ne sont que des relais qui mettent en ondes les pensées politiques qu’ils ne sont pas toujours forcés de partager. Le débat ne divisait pas, puisque l’assistance, essentiellement constituée de journalistes, s’accordait sur les principes qui guident la profession.

L’Union africaine avait déclaré 2010 l’ «Année de la paix et de la sécurité en Afrique».Certains pensent que ce thème a influencé les organisateurs de la rencontre de Bamako ; il concorde avec cette préoccupation continentale et donne la possibilité de parler du rôle des médias dans l’établissement et le maintien de la paix. Et comment l’absence de la paix impacte sur le fonctionnement des médias.
Si la guerre est l’absence de paix et que la vérité en est la première victime, comment la guerre contre la vérité, affecte-t-elle les journalistes? Hameye Cissé, le président du comité d’organisation ne comprend pas que les journalistes africains se fassent constamment manipuler par les politiques ; c’est, selon lui, à ce titre qu’ils tombent dans le piège pour jouer un jeu qui n’est pas le leur.
Joseph N. Boakai est vice président du Libéria. Parlant au nom de son pays, il reconnaît que «beaucoup de pays africains n’ont pas encore fait les efforts suffisants afin que la presse joue pleinement son rôle au lieu d’être le griot des régimes en place ; au Libéria, selon lui, la liberté de la presse est totale et les délits de presse ont été abolis par une loi», révèle t-il.

Mme Zanele Mbeki, l’épouse de l’ancien président d’Afrique du Sud, parlant au nom de son mari empêché, pense que le travail des journalistes pourrait constituer une menace contre la paix si ceux-ci publient des articles sur des sujets délicats, sans avoir préalablement pris la peine de les vérifier et de les recouper. Pour Mme Mbeki, «le journaliste doit d’abord s’informer avant d’informer».
«Si l’Ua est impliquée dans des opérations de maintien et de consolidation de la paix dans plusieurs zones, en tant que professionnels des médias, comment décrivons-nous les efforts de l’Ua dans nos articles, et pour quels effets?», s’interroge Mathatha, le président du forum. Mme Adam Ba Konaré, représentant son mari Alpha Oumar Konaté, tout en déclarant n’avoir rien à dire ni sur la thématique du jour, ni sur les travaux d’une manière générale, elle estime cependant que la «démagogie, l’intoxication, la déformation des faits, ne sont pas des actes des médias qui garantissent la paix sociale sur le continent».
Le mot de la fin semble être venu du président du Mali pense que : «Celui qui a une arme, ne vous respecte que si vous  également avez une arme. La presse est aussi une arme redoutable qu’il faut tenir en main et échanger à égalité avec les politiques et non en subalternes», estime Amadou Toumani Touré.

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