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LE BLOG DE CYEK

Obsèques de Jean Bikoko et la célébration de la femme rurale...par SKL

18 Octobre 2010, 18:09pm

Publié par Cyrille Ekwalla via Suzanne Kala Lobè

jean-bikoko-aladin_L.jpgDeux évènements qui ont chacun son sens dans le registre du politique, des représentations, des mouvements ou silences de la société et de ses  modes d’expiation.
Il s’agit de la célébration de la 15ième journée mondiale de la femme rurale au Cameroun (le 15 Otobre). Une  célébration passée  inaperçue, perçue sans effets par les médias, qui ont pris soin, de ne parler  que du moment où à Douala, les femmes dans un forum,  égrenaient leurs doléances en faisant l’état des lieux. Mais après plus rien : combien sont-elles ? Où  travaillent-t-elles ? Que travaillent-elles ? Ont-elles changé en 15 ans ? Sont-elles plus pauvres ? Comment-ont-elles vécu  depuis ce que l’on abusivement appelé les émeutes de la faim ? Combien en meurent-ils chaque jour  des suites des mauvais traitements, des rites coutumiers, des maris jaloux ? Combien sont violées, puis tuées, insultés ? Obligées de porter des grossesses qu’elles ne désirent même pas ?

Rien, un silence amplifié par l’indifférence, l’absence de mobilisation pour le monde agricole, alors que justement le Cameroun est principalement un pays agricole ! Que les femmes sont dans les villages dont elles constituent le gros des troupes et qu’en d’autres termes dans un pays agricole, "femme" serait synonyme de "rurale" .. En effet dans quelles activités les femmes sont-elles autant impliquées ? Si ce ne sont  ces activités en milieu rural ? Elles  sont cultivatrices,  avicultrices, font de la pisciculture, même  si elles n’ont pas encore de grosses productions. Elles contribuent à plus de 90% à la sécurité alimentaire du Cameroun, et pourtant le 15 octobre dernier, peu d’effets de rues, de manches, de bruits !

Mais le saviez-vous ?  Les femmes rurales représentent plus du quart de la population totale du monde ; 500 millions de femmes vivent en dessous du seuil de pauvreté en milieu rural ; les femmes produisent 60 à 80 % des aliments de base en Afrique subsaharienne et dans les Caraïbes, les femmes effectuent plus de 50 % des opérations de riziculture intensive en Asie ; les femmes effectuent 30 % des travaux agricoles dans les pays industrialisés ; les femmes sont à la tête de 60 % des ménages dans certaines régions d’Afrique ; les femmes assurent 90 % des besoins des ménages en eau et en combustible en Afrique ; les femmes se chargent de la totalité des opérations de transformation des aliments de base du ménage en Afrique.”

Elles sont donc un  potentiel économique énorme ! Malheureusement l’humanité est plus soucieuse à écouter les voix des suffragettes.  Et ces voix ont tendance à couvrir cette réalité. elles ont tendance à  occulter  le fait que de nombreuses femmes vivent sous le seuil de la pauvreté  dans les villages, qu’elles souffrent des coutumes contestables et qu’elles  n’ont ni garantie, ni protection sociale : rien, égal à zéro tolérance sociale !  Omnibulés  par la politique, entendue comme un face à face Sdf-Rdpc, les médias n’ont que faire des souffrances de l’autre moitié du ciel.  Une manière hélas exclusive de sentir, de peser les données de la société camerounaise. La journée mondiale de la femme rurale est célébrée au moment où le Cameroun décide enfin d’organiser  le Comice d’Ebolowa : une initiative  dont l’enjeu est précisément  la promotion du monde rural !

Pendant plus d’une décennie le Cameroun a tout simplement omis qu’il lui fallait mener une politique de développement en prenant  à bras le corps l’état  de son arrière-pays.  Faute de stimulation  de l’agriculture il lui serait difficile de réaliser ses fameuses grandes ambitions. Dans la mise en œuvre de ces grands projets la question qui se pose est de savoir  ce que deviendront les populations rurales, elles qui vivent enclavées, sans électricité parfois, obligée de jongler sur des routes arides, de cultiver parfois avec des  engrais chimiques, de vivre au village au 21ième siècle,  comme l’homme de Neandertal.

 

Alors que des moyens nouveaux sont mis à la disposition des hommes, le niveau de pauvreté et dénuement dans nos villages est catastrophique ! Les femmes sont l’autre moitié du ciel…. Dit un proverbe chinois. Elles sont le ventre de la terre nourricière. Elles portent le monde ! Elles nourrissent le monde. Ce rôle massif des femmes a été occulté ignoré par de nombreux mouvements féminins et la journée de la femme rurale, n’a plus été que l’activité exclusive des ministères.  Or  selon le Fondation Sommet Mondial des Femmes : «  les femmes rurales jouent un rôle majeur dans la sécurité alimentaire ainsi que dans le développement et la stabilité des campagnes. Et  pourtant leur statut ne leur permet pas souvent de jouir de droits fonciers ou d’accéder à des services vitaux comme le crédit, les intrants, la vulgarisation, la formation et l’éducation. Leur contribution est largement méconnue.

Or, les femmes rurales représente plus du quart de la population mondiale. 500 millions de femmes vivent en-dessous du seuil de pauvreté en milieu rural. Elles produisent 60 à 80% des aliments de base. Elles effectuent  30% des travaux agricoles dans les pays industrialisés. Elles sont à la tête de 60% des ménages, assurent 90% des besoins en eau et en combustible en Afrique… Enfin, elles sont chargées de la totalité des opérations de transformations de base du ménage !

Que de charges ! Mais lors de la célébration de la 15ime  journée mondiale, il n’y eu pas cette liesse, cette jubilation qui accompagne les célébrations des journées mondiales des femmes, ces fêtes de femmes et du pagne ! Comme si cette catégorie de femmes,  là, ne devaient s’exprimer que de manière laborieuse, presque clandestine, parce que la société la réduit au silence  avec une injonction : “  Femmes sarclez la terre ou taisez-vous “!

C’est cette même attitude que l’on retrouve aux obsèques de Jean Bikoko Aladin : come une comédie, les funérailles ont déroulé la procession des pleurs hypocrites. Des hommes ont cogné leurs fronts au sol. Des femmes ont tapé de leurs pieds nus la terre  de ses ancêtres. Les morguiers ont jeté sur son cercueil l’argile fragile du Nyong-et-Kelé. Des épaules tressautaient : de larmes ou de rires ? Difficile à savoir  quand on est loin ! On a habillé le mort pour dissimuler les tâches de sa misérable vie, comme on a peint à la chaux le domicile de Bikoko, comme si ces artifices pouvaient faire oublier la précarité de sa vie d’artiste.  On a prononcé une longue litanie des louanges et des oraisons funèbres. On a chanté. On a dansé. On a bu. On a gravé sur sa pierre tombale : «  Aux grands homes la patrie reconnaissante». Il était déjà  tard. Presque trop trad. Le Cameroun, n’a pas de musée, il a des appartements où l’on capte la mémoire et  visite furtivement le jour de la mort du défunt : il devient objet, sujet et enjeu de mémoire. Elément du patrimoine. Expiation !

Ainsi l’accompagna-t-on à sa dernière demeure sans aucun regret de ce que l’on fit de sa vie. La politique veut aujourd’hui que chaque fois qu’un grand homme meurt, le gouvernement envoie sa gerbe  de fleurs, ses quelques millions, son oraison funèbre prononcée par le représentant personnel de son Excellence... Toujours absent mais omniprésent !  ! Un tryptique gagnant dans la fuite en avant et la démagogie. Politique spectacle, politique du spectacle, la mort devient objet de marchandage : espace symbolique où les pouvoirs s’expriment, quelle malédiction ! C’est le tryptique gagnant comme si cela suffisait !  Que décide –t-on ? Rien ! Les larmes versées balaient toutes les ambitions. Les pleurs ravalent la conscience et la culpabilité dégouline pendant les réjouissances et les agapes. On va aux grands deuils comme pour expier  ses propres abandons. On fige l’histoire à la douleur et les couleurs du deuil obscurcissent les bâches. Le cortège des voitures glisse doucement en envahissant un village qui aurait  aimé  voir ce type de procession tous les jours. Les jours avant, quand Bikoko était encore ce qu’il était.

De lui  Nago Seck, historien sénégalais de la musique et critique musical, écrit, dans Afrisonn  le 4 mai 2007  « né en 1939 à Eséka, Jean Bikoko Aladin tombe amoureux de la guitare en écoutant  des virtuoses de la commune de Bonepoupa, comme Henri HIag, Massing et surtout Albert Dikoumè, considéré comme l’un des précurseurs de l’assiko moderne.  Jean Bikoko révolutionne l’Assiko  à la fin des années 50, en accélérant la rythmique ave l’introduction de la guitare électrique, la contrebasse les tambours, il y ajoute aussi  la danse... Son album Wanda Ntet,  paru en 1969 contribuera  à  la diffusion de l’assiko sur la scène internationale »

En d’autres termes Aladin était un grand musicien  camerounais et africain. Mais autour de sa mort, il y eut come un réveil communautariste comme pour nier la nationalité africaine du grand homme .L’autisme encore. Une communauté se rappelant brusquement qu’elle devait quelque chose à un héros, n’a rien fait d’autre que de tenter de s’accaparer sa mort en la tribalisant. Le pays bassa s’est ému, lui qui avait choisi d’abandonner  son père au fond de son village à Biyouha...

 

Ainsi marche la société camerounaise : sur la tête et qui ne se réveille que les jours de deuils. Se rappelle pour mémoire lors des funérailles , s’englue  dans le sacre des rites soudain ressuscités en se drapant dans un noir immaculé pour mieux isoler les vivants dans son différence .

Ce qui lie les deux évènements c’est le silence, l’oubli, l’autisme. : La femme rurale oubliée des médias, et Jean Bikoko, célébré seulement mort. (...)

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