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LE BLOG DE CYEK

Mœurs : L'artiste Longuè Longuè écope de dix ans de prison ferme pour viol

20 Septembre 2010, 06:23am

Publié par Michel Lobè Ewanè

longue-longue.gifRegard : Nous vendons les journaux

J’ai rencontré Longuè Longuè 48 heures avant son procès. Nous étions dans un salon de l’hôtel Méridien à Douala. Nous avons discuté de son affaire en justice en France. Il semblait confiant quant à l’issue du procès qui l’attendait. Du moins, c’est que pouvait laisser penser les propos qu’il m’a tenus. Mais en même temps je sentais bien qu’il avait du mal à dissimuler une certaine angoisse. Longuè Longuè était inquiet. Pendant que nous discutions et que mon dictaphone tournait pour enregistrer ses propos, l’artiste transpirait, alors qu’il ne faisait pas particulièrement chaud. Plusieurs fois, il a du s’éponger le visage avec une serviette du restaurant de l’hôtel dans lequel nous devisions. Il était inquiet et il regrettait que la presse camerounaise, le gouvernement, l’opinion publique ne lui aient pas manifesté suffisamment leur soutien.

Par ailleurs, Longué Longué a révélé les noms des personnes qui l’ont soutenu en payant la caution qui lui a permis d’être libéré après trois mois passés dans une prison de Bordeaux : Samuel Eto’o Fils, son ancien producteur Jean-Pierre Saar et l’homme d’affaires Yves Michel Fotso. Il m’a révélé ces noms en leur rendant hommage et en les remerciant. Et il a cité plusieurs fois le nom de la première dame, Chantal Biya, «une grande dame», avant d’émettre le souhait que le président Biya, le gouvernement et l’ambassade à Paris lui apportent leur soutien.
En revanche, j’ai été frappé par la charge violente qu’il a lancée dans ses propos contre les responsables de l’opposition. «Ce sont tous des affamés» a-t-il répété à plusieurs reprises, pointant un doigt accusateur aussi bien sur John Fru Ndi que sur Jean-Jacques Ekindi, ainsi que sur les dirigeants de l’Upc. «Aucun d’eux n’a levé le petit pouce pour moi», affirmait-t-il, non sans aigreur. «J’ai chanté pour le peuple. Je me suis mis à son service, mais je n’ai pas vu grand monde me soutenir.» De l’amertume, de la déception, et surtout le sentiment d’être une victime.

En écoutant le «libérateur», je ne pouvais m’empêcher de penser à l’affaire de viol de mineure qui a conduit le cinéaste Roman Polanski pendant quelques mois dans une prison suisse, aux ravages sur sa carrière, des révélations sur la présumée pédophilie de Michael Jackson, aux accusations de viol contre la star du Réal, le Portugais Ronaldo lorsqu’il était au Manchester United, ou des errements de deux footballeurs français avec une mineure prostituée. Michael Jackson est entré au panthéon après sa mort, mais il avait été accusé de pédophilie auparavant. Les autres artistes et stars occidentales sont pourtant toutes libres et poursuivent leur carrière. Johnny Halliday prendrait-il 10 ans en France pour viol de mineure ?
Les artistes ne sont pas au dessus de lois. Ils ne sont pas des saints non plus. Mais faut-il pour autant les vouer aux gémonies lorsqu’ils trébuchent ? Il n’est pas question ici de rejeter la responsabilité du chanteur, si tant est qu’il est établi qu’il est véritablement coupable de ce pourquoi il était accusé et a été condamné, à savoir le viol d’une mineure âgée de 17 ans. Mais 10 ans de condamnation ferme pour un tel acte, alors qu’il n’est pas établi qu’il serait un récidiviste, est une condamnation excessive. L’artiste était tellement convaincu qu’il serait innocenté et blanchi par la justice qu’il a accepté de retourner en France pour se faire juger.

«30 000 Euros, c’est ce que mon accusatrice demandait que je lui paye pour qu’elle retire sa plainte», m’a-t-il dit avant de d’affirmer : «la justice tranchera». Elle a tranché contre lui. Il a pris 10 ans. Les Camerounais doivent-ils se croiser les bras? Chacun, selon sa conscience et ses rapports personnels avec l’artiste, peut ou non lui apporte son soutien. Nous à Mutations, nous ne ferons pas la gloriole sur son sort, pour la bonne raison qu’il a souvent méprisé la presse, chanté que c’est son «nom qui fait vendre les journaux». Parce que nous avons une mission, celle de moraliser la société et de protéger les bonnes mœurs, nous respectons les décisions de justice. Nous souhaitons seulement courage à Longuè Longuè dans sa peine. Il ne semble pas d’ailleurs lui manquer ce courage, lui qui a chanté encore : «La chute d’un homme n’est pas la fin de sa vie». Il saura sûrement se relever. Nous apprécierons davantage son courage… et vendrons les journaux pour annoncer sa sortie de prison, comme nous les vendons ce jour pour informer (sans joie) ses 10 ans de taule.

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