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LE BLOG DE CYEK

Mathias Eric Owona Nguini : Le gouvernement a besoin d’une diaspora de collaboration et qui accepte le fonctionnement actuel du système

17 Août 2010, 08:16am

Publié par Jean Franç Belibi (Mutations)

owona nguini 250Le politologue explique les enjeux suscités aujourd’hui par la diaspora camerounaise.

Qu’est ce qui à votre avis peut justifier l’intérêt porté aujourd’hui à la diaspora camerounaise tant par les pouvoirs publics que par l’opposition ?
L’intérêt qui est manifesté par la classe politique camerounaise aussi bien gouvernementale qu’oppositionnelle vis-à-vis de la diaspora est la prise de conscience de cette classe politique de l’importance de ces fils et de ces filles du Cameroun basés à l’extérieur. Aujourd’hui, il apparaît à l’ensemble de cette classe politique que le développement du pays ne peut pas se faire sans incorporer les multiples talents, savoirs et savoir faire qui sont ceux des Camerounais de la diaspora. Il faut noter que cet intérêt pour la diaspora est également le lieu de déploiement de la concurrence entre le pouvoir et l’opposition.

On note tout de même une différence d’approche de la part des uns et des autres. On a eu la réunion de la Camdiac aux Etats-Unis d’Amérique et le week end dernier, le forum de la diaspora dont les objectifs étaient totalement opposés.
La démarche du pouvoir et de l’opposition quant à la manière de prendre en charge la diaspora et de l’intégrer dans le circuit politique et économique du Cameroun ne peut pas être la même. Pour le gouvernement, il s’agit essentiellement de mobiliser et d’instrumentaliser les forces d’une diaspora qui serait une diaspora de collaboration avec le régime et une diaspora qui accepte le fonctionnement actuel du système politique camerounais. A partir de ce moment, le régime entend utiliser la diaspora comme un élément de renforcement par lequel celle-ci apporterait son savoir faire au plan technique, scientifique et économique sans mettre en cause le contrôle politique que ce régime exerce sur le Cameroun. Par contre pour les groupes d’opposition, il s’agit de mobiliser la diaspora en jouant précisément sur une certaine capacité d’interpellations de nombreux réseaux de cette diaspora qui conteste la crédibilité, l’efficacité ou la légitimité du système politique et institutionnel camerounais actuel. Dans la perspective de ces forces d’opposition, l’implication et l’engagement de la diaspora au Cameroun sera d’abord politique parce qu’on estime que le système institutionnel n’est pas un système pertinent. Alors on considère qu’il faut d’abord commencer le travail par la refonte du système politique camerounais.

C’est lors de son voyage officiel en France en octobre 2009 que le président de la République a renoué le contact avec ses compatriotes vivant dans ce pays. Qu’est ce qui peut expliquer que le pouvoir de Yaoundé a attendu 25 ans pour cela ?
Le pouvoir camerounais est devenu de plus en plus sensible à l’enjeu de la diaspora au fur et à mesure qu’un certain nombre de conseillers officiels ou occultes de la sphère gouvernante ont signalé l’importance de prendre en compte ces Camerounais de l’extérieur et l’importance de les impliquer pleinement dans le développement du pays. Mais cela a été fait aussi dans un but politique. Il s’agit pour le régime, de contrôler des forces qui, si elles n’étaient pas progressivement placées sous contrôle, pourraient devenir des forces de rechange et d’alternance.

De façon concrète, quel peut être l’apport de cette diaspora dans le développement du Cameroun ?
La diaspora camerounaise agit déjà de manière plus ou moins structurée dans l’économie nationale à travers un certain nombre de transferts financiers qui sont essentiels dans la prise en charge d’un ensemble de besoins sociaux au Cameroun. Il est important maintenant d’organiser et de structurer la manière dont une partie de cette diaspora, notamment celle qui opère dans le monde des affaires et dans les domaines de la science et de la technique. Il est important de bien organiser la manière dont elle va s’impliquer dans le développement du pays. Cela passe par l’amélioration de l’environnement institutionnel, particulièrement en ce qui concerne le climat des affaires.

Des engagements ont été pris par le président de la République vis-à-vis de la diaspora. Ceux-ci peuvent-ils être respectés avant l’échéance de 2011 ?
A priori, l’environnement politico institutionnel ne le permet pas. Mais il faut noter que l’intérêt du régime camerounais pour la diaspora n’est pas un intérêt vain. C’est peut être précisément parce que le régime entend marquer des points en sa faveur que celui-ci se tourne vers la diaspora de manière à capitaliser sur l’annonce des réformes qui intégreraient effectivement ces Camerounais dans le jeu politique. Tout ce qui se passe en termes d’attention politique et économique vis-à-vis de la diaspora n’est pas gratuit. Cela fait partie du pré positionnement électoral du régime.

Il y en a qui craignent quand même de voir cette diaspora devenir à la longue une force de pression qui pourrait ne plus être maîtrisée.
Pendant longtemps effectivement, le pouvoir camerounais s’est montré indifférent ou même méprisant vis-à-vis des Camerounais de l’extérieur. Mais il est de plus en plus conscient de ce que les différents réseaux que forment ces Camerounais peuvent être d’importantes forces de pression même à l’étranger. La manière dont un certain nombre de groupes proches de la diaspora politique contestataire se sont mobilisés à l’occasion de l’affaire des vacances présidentielles ou à l’occasion du rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd) à montré que ces groupes pouvaient peser sur l’image du Cameroun à l’extérieur et sur la réputation même de son gouvernement. Voila pourquoi le gouvernement semble avoir changé de fusil d’épaule en entreprenant de dialoguer avec un certain nombre de milieux de cette diaspora, de structurer politiquement une diaspora qui lui soit plus favorable.

 

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