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LE BLOG DE CYEK

Le SDF à la croisée des chemins

11 Octobre 2010, 16:44pm

Publié par Cyrille Ekwalla via Suzanne Kala Lobè (LNE)

SKLEn 1992, lorsque le Sdf, notamment le Chairman John Fru Ndi se présenta contre Paul Biya, j’avais la conviction personnelle qu’une ère nouvelle s’ouvrait en politique. D’abord parce que c’était la première fois qu’un homme politique usait d’une autre langue en politique.
Ensuite parce qu’il refusait le costume-cravate et enfin, parce qu’il disait de manière forte et populaire : « sufer don finish et power to the people »...C’était alors toute une symbolique. Le Sdf, faisait  immersion sur le champ politique avec des outils nouveaux  et on aurait pu penser qu’il s’agissait  d’une réflexion profonde, d’une révolution  voire même  d’une refondation d’un idéal révolutionnaire. Alors nous fumes nombreux à soutenir cette démarche, cette rupture  d’une épistémologique politique encore enlisée dans les logiques conservatives de la protestation «  francophone » et sans aucune révolution culturelle...

 

20 ans après, à l’approche de la quatrième  élection présidentielle  force est d’interroger  à la fois la démarche du Sdf son efficacité politique et son discours révolutionnaire; 22  ans après force est de constater que loin d’être un parti révolutionnaire, le Sdf  est un parti d’opposition, qui n’a rien remis en cause dans l’ordre des choses, de l’autorité ni de qui que ce soit; 20 ans  après, à la veille  de la présidentielle  de 2011, le Sdf est à la croisée  des chemins, son actualité  fait penser à la mort programmée d’un parti, de la même manière que l’Upc, qui n’a pas su à temps réajuster ses actions réorienter  sa stratégie  sans rien  perdre de ses convictions. Le Sdf, est-il lui aussi atteint du syndrome de l’Upc ?  Va-t-il perdre du terrain ? Et alors laissera-t-il le Rdpc seul sur la scène ? Tout fait croire que cette formation n’a pas su réalimenter, renouveler sa stratégie et son immobilisme peut favoriser malheureusement la réélection de Paul Biya en 2001…

 

L’actualité politique récente du Sdf ponctuée par les mises en accusation d’une militante, le recours à la Cours suprême et l’épanchement des leaders du Sdf dans les médias, prouvent à suffisance que cette formation ne contrôle pas vraiment  sa communication politique et encore moins ses leaders.  Ses tergiversations stratégiques  quant à savoir si elle  préfère la voie insurrectionnelle  ou celle des urnes, montrent  qu’en 20 ans, elle n’a pas su installer une culture de partie, qui structure autour d’elle une idéologie et des convictions militantes. En  somme le Sdf semble  être composé d’individualités,  portées par des communautés ethniques ou clan, sans aucune idéologie claire, ni même un système de valeurs. On le  voit à la débandade, la logorrhée d’invectives, les accusations, les révélations,  lorsqu’un seul de ses membres prend la tangente, pour  exprimer  son opinion, même s’il s’agit là d’un acte d’indiscipline. 

Revisitons l’actualité politique camerounaise, pour comprendre le système des partis et comment ces nouveaux partis se sont ou non imposés sur la scène politique nationale. Car au-delà du discours partisan, l’heure des comptes est arrivée. De quelles formations disposons-nous, pour vaincre Biya en 2001 ? Après l’Undp, l’Upc, Paul Biya est-il en train d’en finir avec le dernier rempart ? Toute la question est là. A observer l’actualité, le Sdf est en très mauvaise  posture. Il lui faut se ressaisir, pour sauver le Kamerun.

 

Jamais  le Sdf, ne  s’est  trouvé dans une aussi mauvaise passe. Jamais non plus les questions qui lui étaient posées n’ont touché autant à sa stratégie politique. Mais  malgré l’acuité des interrogations,  les cadres du Sdf, n’ont eu comme réponse que le recours aux textes, le dogmatisme automatique de ceux qui croient que le militantisme est comme le sacerdoce des prêtres. Et non pas une didactique de remise en cause, pour arriver à trouver des solutions pour vaincre le régime que l’on combat ! Ces cadres pérorent sur les plateaux de télévision et de radio, refusant de voir les évolutions de leur formation, voire même le décalage de leurs solutions par rapport aux problèmes du Cameroun. C’est  vrai que les militants politiques sont comme les croyants: leur problème étant de ne jamais baisser la garde en restant fidèles à leurs convictions, sans rien évaluer de leur capacité à changer le monde.  Leur enjeu est de rester fidèle à eux-mêmes lorsqu’ils sont dans leur  chambre et qu’ils se regardent dans le miroir conscient qu’ils restent  fidèles à leurs convictions. Et alors tant  pis si l’ambition qu’ils ont de changer le monde n’a aucune effectivité. Ils pensent  qu’ils ont  l’éternité pour cela. Drôle de pragmatisme en politique. Tant pis s’ils  perdent du terrain. Ils sont figés. Ils  se sont crucifiés, en estimant qu’ils ont le temps pour eux, attendant que le commun des mortels, accède à leurs convictions.

 

En  somme les militants du Sdf, se comportent comme les croyants persuadés qu’ils ont l’éternité et l’histoire de l’humanité devant eux ! Or, l’ordre du politique a une limite dans l’espace-temps. Pas celui des croyants. Les deux n’ont pas les mêmes compte à rendre !Sauf que contrairement aux chrétiens notamment aux catholiques, ils ne s’organisent pas pour avoir à la fois la maîtrise de l’opinion en même temps que les commandes des pouvoirs qui dirigent le monde. Le Sdf, n’est qu’une formation, née de la conjonction de facteurs sociopolitiques et culturels. Ces contraintes imposent à la fois ses contingences et ses limites. En d’autres termes, il ne naît pas nécessairement pour durer quel que soit le contexte ! Né au Cameroun, en 1990; il n’a que 20 ans d’âge. C’est peu. Très peu, pour se permettre de ne pas être attentif aux mutations de la société ! Or il se comporte déjà en parti dominant, sans avoir des acquis que l’on peut évaluer. Contrairement aux autres ordres de contrôle politiques et idéologiques du monde, le Sdf n’a pas encore suffisant d’années d’existence. Or sa pratique politique, laisse planer sur le Cameroun, l’ombre de plusieurs  doutes : a-t-il pris la mesure qu’il est un parti qui serait destiné à gouverner un pays comme le Cameroun doté de plus de 15 millions d’habitants ? Un pays  complexe par son histoire, son positionnement géographique, sa trajectoire et la pluralité de ses origines ? Tout se passe au Sdf comme s’il suffisait du souffle de l’harmattan, pour balayer le Rdpc sans proposer au peupe une alternative politique, culturelle, économique et éthique claire !

 

En  20 ans d’existence, le Sdf a accumulé des recours  juridiques en faisant de mauvais calculs stratégiques. Comment  expliquer une telle cécité de la part d’un parti, qui avait la sympathie de plusieurs couches de la nation, dès les années 90? Comment expliquer que le Sdf ne  s’en tienne qu’à des automatismes dogmatiques  sans avoir animé aucune lutte sociale, ni même apporter un contenu révolutionnaire à la grogne et au mécontentement ? Comment comprendre que le Sdf, n’ait pas été l’animateur des luttes sociales, l’initiateur d’aucune grève ni même  d’aucune forme de contestation culturelle, rupture de l’ordre conventionnelle,  et qu’il ne se soit limité  qu’à l’aspect formel, juste formel de la contestation ?

 

Les évènements de ces dernières semaines avec l’assaut contre une militante,  Kah Walla, de la façon la plus abjecte indique que loin de s’être construit comme un parti de gouvernement le Sdf, s’est enlisé dans les particularismes ethniques, claniques sans jamais s’élever au nom d’une idéologie au statut d’un parti révolutionnaire appelé à changer le Cameroun ! Les révélations qui se voulaient fracassantes  contre une militante dissidente , font partie d’un minimalisme en politique : un parti tout entier incapable de porter le débat sur le plan politique , obligé d’avoir recours à la diffamation ! Pourquoi et comment le parti du "Suffer don Finish" en est arrivé à ce degré zéro de la politique ? Qu’est-ce qui fait sa faiblesse et qu’est qui le pousse à de telles  bassesses dans le mode des règlements de conflits ? Comment une formation, qui a failli gagner la présidentielle de 1992 a-t-elle pu  s’enliser  dans une contestation volatile, superficielle et sans construction ? Comment expliquer que le Sdf, n’est jamais pu être capable de rassembler autour de lui, l’’opposition,  la gauche camerounaise,  et se soit cantonnée dans un archaïsme contestataire qui a fini par le rendre inefficace, parfaitement autiste, atone et sans aucune efficacité ?

 

C’est que la bipolarisation consécutive à  la fois du système électoral et anthropologie politique du Cameroun, a stigmatisé le Sdf dans un rôle qui l’a rendu étriqué dans ses propres ambitions. Il n’a pas su se rendre compte que le régime Biya l’acculait à jouer les opposants sans que lui-même  n’évolue  selon sa propre logique. Au fond il a été instrumentalisé par le système est devenu prisonnier de celui-ci ! Le Sdf, n’a pas su prendre en compte les mutations des mentalités des peuples du Cameroun et s’est enfermé dans un discours de contestation, pour elle-même, sans jamais ajuster son discours par rapport à ses propres objectifs : changer le Cameroun !

 

La preuve par son attitude par rapport au changement par les urnes : je gagne moi non plus. J’y vais mais pas comme cela “!  Alors que le rapport des forces lui est largement défavorable. Le Sdf dit entre les lignes avoir été contraint d’aller aux élections  parce que le peuple le lui demandait. Mais depuis quand un parti se laisse-t-il imposer sa stratégie par démagogie ou populisme ? Depuis quand une formation d’individus acquis à une  cause se laisse-il influencer par le populisme ? Aujourd’hui l’actualité politique renvoie l’opinion à une fausse guerre entre une jeune femme courageuse et les apparatchiks du parti. Ceux-ci utilisent des moyens abjects pour salir l’intégrité morale d’une dissidente. Leurs frasques font les frais des journaux, mais n’honorent pas le parti ! Non, le Sdf est décidément sur une mauvaise pente. Pour éviter le syndrome de l’Upc, il lui faut se ressaisir. Mais le peut-il ? A-t-il les hommes qu’il faut pour cela si à toute dissidence, toute contestation, il utilise l’arme basse de la diffamation ?

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