Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LE BLOG DE CYEK

Le Groupe Fotso va -t-il perdre sa banque CBC ?

25 Octobre 2010, 10:16am

Publié par Cyrille Ekwalla via Mutations

YMFotso.jpgIl y a quelques mois un document particulièrement virulent publié par la Commission Indépendante contre la corruption et la discrimination lançait une attaque en règle contre la COBAC, le ministre des finances et l’administrateur provisoire de la Commercial Bank of Cameroon (CBC) au sujet du dossier de redressement de cette banque.

 Intitulé « Pour la CBC, et au nom de la vérité, nous accusons », cette lettre ouverte avait été adressée à plusieurs rédactions de la presse camerounaise et à des chancelleries occidentale. Ses rédacteurs remettent en cause la décision de la COBAC de mettre sous administration provisoire la banque du groupe Fotso. La commission Indépendante contre la corruption et la discrimination institution dirigée par le pamphlétaire Shanda Tomne soutient que « depuis la décision de mise sous administration provisoire, des tractations indécentes ont lieu en Afrique et à l’étranger en vue de trouver les meilleurs voies et moyens pour arracher, le terme est bien placé, la banque à ses légitimes actionnaires ».

 

Pour cette fameuse Commission Indépendante contre la corruption et la discrimination, « le principal actionnaire, Monsieur Yves Michel Fotso, est victime des pressions, des menaces, des chantages, y compris des menaces de mort, toute visant à lui faire accepter l’idée d’abandonner ses prétentions, ses pouvoirs, ses légitimes droits sur la banque ». Pour Shanda Tomne, le ministre des Finances, « Mr Essimi Menye est la tête pensante et active d’un complot malfaisant au côté de la COBAC, avec l’administrateur provisoire comme exécuteur subalterne ».

 

Ces commentaires incendiaires du lobbyiste Shanda Tomne révèlent les tensions qui se manifestent dans le processus de redressement de la CBC dont la mise sous administration judiciaire au début de l’année est intervenue après que la Commission bancaire, le gendarme de la profession a tiré la conclusion que la CBC ne respectait plus les ratios prudentiels. Surtout elles traduisent la fébrilité du camp Fotso qui appréhende la perspective de perdre un des derniers fleurons du groupe.

La COBAC avait justifié sa décision de mettre la CBC sous administration provisoire notamment par son refus de déférer à une injonction de suspendre certaines transactions financières, l’accroissement de son portefeuille de crédit, l’insuffisance des fonds propres et la non production des documents comptables fiables. La CBC qui appartient au groupe de l’industriel Fotso Victor est, après Amity Bank, Union Bank of Cameroon et Cofinest, le quatrième établissement bancaire camerounais à avoir été mis sous administration provisoire ces dernières années.

 

Dans un article publié dans son Hors série spécial finance sur « Le palmarès des 200 première banques africaines », le magazine Jeune Afrique constate que « CBC na peut-être pas accordé assez d’importance à son modèle de gouvernance » à la différence de First Afriland. Pour l’hebdomadaire panafricain, «derrière la mise sous administration provisoire de la CBC se cache une forte dégradation de l’état financier de la banque, en raison notamment d’une politique de crédit hasardeuse. Etablis à 18 millions d’euros en mai 2008, les fonds propres de CBC seraient en effet quasi nuls après avoir pris en compte des crédits en souffrance ».

 

Un expert financier proche du dossier explique « qu’un administrateur Provisoire est d'abord le mandataire du Régulateur, donc c’est enfoncer des portes ouvertes d’affirmer qu’il est à la botte de la COBAC. Son premier rôle est de sauver les dépôts du public, d’assurer la pérennité de la Banque et le système bancaire d'une crise potentielle (effet systémique) et enfin de préserver les emplois. Son deuxième rôle est de présenter un plan de restructuration crédible permettant de rétablir la solidité financière de la structure par le rétablissement de l'ensemble des ratios : liquidité, couverture de risque, division de risque notamment ».

La position ambiguë de Shanda Tomne 

Au ministère des finances, une source qui souhaite rester anonyme affirme « qu’il n'y a aucun lien entre l'affaire CAMAIR et la CBC, c’est un amalgame grossier  que fait Shanda Tomne. » Selon l’expert financier cité plus haut, « Mr Shanda reconnait qu'il y a eu fautes de gestion et en même temps, il est surpris que le régulateur écarte de la gestion future ceux là qui se sont trompés par le passé. En fait, il perd de vue que la Banque est un domaine règlementé dans lequel les organes de gestion et de direction sont chassés dès que les pertes peuvent mettre en péril l'établissement et le système ». On se souvient en effet que le PDG de la Société Générale en France a été congédié suite à l'affaire Kerviel. De même aux Etats Unis, le Président de Citigroup a perdu son poste victime de la crise des subprimes, tout comme celui de Merill Lynch, ou encore le Président Sardanis avec le scandale de la Meridien Bank ou l'ancien PDG du Crédit Lyonnais avec l'affaire TAPIE.

 

En ce qui concerne les droits des créanciers, toujours selon l’expert financier «les actionnaires viennent en dernier après les créanciers privilégiés qui selon la loi sont : le trésor public et les employés, suivi des déposants, les avoirs des correspondants, etc. » Du côté du ministère des Finances on souligne que la Commission Indépendante contre la corruption et la discrimination « en tant qu'avocat des consommateurs, devrait plutôt se préoccuper des intérêts des déposants camerounais (le grand public souvent profane) et de la survie des centaines des emplois ».

Commenter cet article