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LE BLOG DE CYEK

LE DEVOIR D’AGIR

18 Mai 2010, 08:39am

Publié par Cyrille Ekwalla

Depuis un moment déjà, au fil des confidences glanées ici et là, de quelques signes fortement visibles à l’œil averti, le doute, puis la suspicion et finalement une sorte de certitude dépourvue de preuves tangibles se sont installés dans l’esprit de nombreux camerounais, comme un épais brouillard qui ne se dissipe pas, ou plus exactement, une odeur nauséabonde, qui nous dit qu’il y a « quelque chose de pourri, d’avarié » dans le régime au pouvoir à Yaoundé en ce moment. Et on a beau jeu de se « boucher le nez », l’odeur est persistante. Nous en sommes certains parce que certaines langues « autorisées » se délient de plus en plus (ce qui n’est pas négligeable dans un environnement comme celui du Cameroun), des accusations fallacieuses sont portées contre certains juste pour satisfaire des intérêts égoistes et politiques, les réseaux se font et se défont au gré des cliquetis des menottes qui se referment sur les autres. Ajoutés à cela la dérive flagrante de l’action de nombreux ministres vers le « chacun-pour-soi-isme », sans cohérence gouvernementale aucune ; le comportement indécent et ostentatoire de certains barons – administrateurs de grandes entreprises -, sûrs qu’ils sont de l’impunité régnante… De là à penser que toutes les rumeurs et autres chuchotements entendus ici et là ne sont pas sans fondements, il n’y a qu’un pas à franchir. Et dans ce climat délétère et puant que certaines des plus hauts hiérarques entretiennent avec délectation, ce « pas », les populations camerounaises le franchiront joyeusement, allègrement. Et nul ne pourra le leur reprocher. Ce ne sera que le résultat de l’inéluctable « Zaïrisation » du Cameroun, une décadence aussi authentique et indiscutable que le « nez sur le visage ». En effet, la politique est d’abord en ce 21ème siècle, affaire de perception. Au Cameroun, la petite clique qui détient le pouvoir est imprégnée d’arrogance et de condescendance ; du côté de ceux qui se réclament de l’opposition, nombreux parmi eux manquent considérablement de consistance, de substance et de profondeur quant aux solutions proposées aux camerounais. On ne décèle chez eux aucun signe qui laisse penser qu’une fois au pouvoir, ils feront mieux que ceux qui y sont actuellement. Qu’en est-il des autres ? Ces quelques personnalités capables de susciter une adhésion, de mériter la confiance d’une onne partie du peuple ? Elles se terrent et attendent que « cela se passe ». Il n’est alors pas étonnant que les camerounais en âge de voter, dans leur immense majorité, aient une si piètre opinion de celles et ceux qui font de la politique, ou qui veulent tout simplement s’engager en politique. Normal ! A-t-on envie de dire, il y a longtemps que « Se servir » a remplacé « Servir ». Et c’est dommage pour la relève. Pourtant, s’il est indéniable que l’expérience en politique, comme ailleurs, est une valeur inestimable, le manque de sang neuf provoque inévitablement la dégénérescence du milieu concerné. Malheureusement, comme on vient de l’indiquer, le régime autoritariste et sectaire de Paul Biya, avec ses excès et ses dérives, ses injustices et ses outrances, a favorisé l’émergence d’une génération de cyniques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Cameroun. Cette génération a cédé au découragement et à l’inaction. « Tués à petit feu à l’intérieur, la recherche du confort matériel par tous les moyens est devenu l’échappatoire devant leur misère », analyse un sociologue. Mais aujourd’hui, ces camerounais cyniques sont débordés par un autre groupe. Des camerounais en colère. Paradoxe ! Ce mouvement « en colère » est transgénérationnel et transpartisan. Sourd et bruyant. Les uns s’expriment de plus en plus dans toutes les tribunes nationales comme internationales, on les traite « d’aigris ou d’anti-patriotes » ; d’autres ont manifesté leur courroux en Février 2008. On accusa les « apprentis-sorciers tapis dans l’ombre ». Leurs revendicatons étaient-elles légitimes ? A-t-on répondu à leurs attentes ? C’était la faute de la crise financière mondiale nous dit-on ! » Mais alors que cette crise se dissipe ailleurs, qu’en est-il au Cameroun ? Cette génération n’a connu que le chantre du Renouveau au pouvoir. Aujoud’hui, elle est à la recherhe de repères nouveaux, de rêves à accomplir. Cette génération, comme les bourgeons, ne demande qu’à éclore, qu’à s’épanouir. Individuellement et collectivement. Pour cela, il lui faut de nouveauxs leaders. Des leaders compétents et éthiques qui ne se contenteront pas d’agir de manière ordinaire, mais qui agiront de manière extraordinaire. Comme l’ont fait avant eux Duala Manga Bell, Arouna Njoya, Martin Charles Samba, Um Nyobe, Ernest Ouandié, Ossende Afana, Félix Moumié, … pour ne citer que ceux-là. À ces leaders en devenir, réclamés urgemment, si on emprunte au langage de jeu de cartes, on leur dira : « Le jeu est ouvert ! Vous avez toutes les cartes en main » pour répondre à cette génération. Cette génération en colère. Et on sait que la colère, si elle est canalisée avec intelligence, peut déboucher sur l’action et sur l’expression - par tous les moyens – de ses doléances. Par tous les moyens !

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