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LE BLOG DE CYEK

Le cameroun, ce pays ingrat…

7 Octobre 2010, 09:59am

Publié par Cyrille Ekwalla via A. Mbog Pibasso (LNE)

Bepanda.jpgDans son acception la plus simpliste, l’ingrat est celui qui ne sait pas dire merci. S’il est vrai que l’on ne saurait ranger les vingt millions de Camerounais dans cette catégorie, j’ai bien peur que la proportion des ingrats soit largement supérieure pour atteindre les trois quarts de la population totale du pays.  Cette ingratitude se manifeste partout, c’est-à-dire, dans la vie politique, économique, sociale et culturelle. Au regard de l’immensité du sujet, et dont l’on ne pourrait en faire un développement approprié en quelques lignes quelle que soit sa capacité de contraction, l’on s’intéressera davantage sur le volet politique en ce sens qu’il s’agit d’un domaine générique, qui participe directement de la gestion de la cité, tout au moins, pour ce qui est de la caste des dirigeants.

 

Dans ce que l’on pourrait appeler à juste titre le tome un du journal de l’ingratitude, nous ne reviendrons pas sur le traitement déshonorant affligé aux héros nationaux - qui ont pourtant payé de leur vie pour que nous sortions de l’oppression – aussi bien par les différents régimes au pouvoir depuis l’indépendance, que par le commun des Camerounais, étant donné que nous sommes régulièrement revenus sur ce sujet, pour marquer évidemment notre désapprobation sur cet « oubli » qui frappe du plus illustre des combattants de la liberté au plus anonyme concitoyen ayant payé très cher le prix de la liberté.

 

Aucune compétition sportive majeure en trente ans. 

Ce qui va nous intéresser davantage aujourd’hui, c’est un domaine aussi prisé que la liberté par les Camerounais. Il s’agit du sport, et plus précisément du football, « le sport-roi » que d’aucuns ont tôt fait de qualifier « d’opium du peuple », tant les Camerounais dans une écrasante majorité voue un culte au football, en l’occurrence, la sélection nationale fanion, les Lions indomptables. Comme on le sait, malgré six participations à une phase finale de Coupe du Monde, ce qui est de loin un record en Afrique, le Cameroun qui est en même temps quadruple champions d’Afrique, champion olympique, finaliste de la Coupe des Confédérations…, n’arrive pas à organiser sur ses terres depuis trois décennies, une compétition sportive majeure. Et sauf un concours  circonstanciel de l’Histoire, dans les dix prochaines années, le Cameroun n’accueillera ni une Coupe du Monde de football, encore moins les jeux Olympiques, parce que honnêtement notre pays n’en a pas les moyens. Sauf à être de mauvaise foi, on devrait être tous d’accord là-dessus.

 

Mais, là où il est difficile de se montrer convaincant, c’est quand le Cameroun ne fait même pas acte de candidature pour l’organisation d’une Coupe d’Afrique des Nations (Can) pendant la décennie en cours. Pour preuve, le dossier du Cameroun qui était attendu jusqu’à la semaine dernière (30 Sept.) à la Confédération africaine de football (Caf) pour ce qui est de l’organisation de la Can jusqu’en  2020 a expiré. Au grand désarroi même de la Caf où des membres du Comité exécutif n’attendaient que la candidature du Cameroun pour que le pays de maréchal Samuel Mbappé Leppé soit plébiscité. C’est un fait, la Can de 1972 qui remonte déjà à une époque lointaine est la seule compétition sportive majeure que le Cameroun ait jusque-là organisé. Une compétition qui avait permis à notre pays de se doter de l’essentiel de ses infrastructures sportives actuelles, et dont les stades omnisports Ahmadou Ahidjo de Yaoundé et de la Réunification de Douala en sont les meilleurs exemples.  

Trois décennies plus tard, pas de nouvelles infrastructures, tandis que les deux « ancêtres »   ont pris suffisamment de l’âge et ne répondent plus à l’évolution du temps, d’autant que la maintenance fait cruellement défaut. Les quelques rafistolages relèvent de l’injonction de la Federation internationale de football association (Fifa) qui a souvent fait planer la menace de suspension pour que les autorités camerounaises et la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) se grouillent un tout petit peu. Si  le stade omnisport de Yaoundé se trouve dans un état acceptable, sans doute parce que chaque année, le chef de l’Etat y préside la finale de la Coupe du Cameroun, le stade de la Réunification de Douala n’est que l’ombre de lui-même. Cet antre de sports commence même à montrer les risques d’effondrement. Si quarante à cinquante mille personnes s’y retrouvent et mettent le show le « vieillard » pourrait vite lâcher.

 

Récupération politique.  

Et pourtant, chaque victoire importante de la sélection nationale est vite récupérée aussi bien par le pouvoir que par l’opposition. En l’occurrence, le premier qui se gargarise alors des gros moyens débloqués et des stratégies mises en place par les pouvoirs publics pour permettre aux Lions indomptables de gagner. Malgré notre incrédulité, on peut quand même se demander à quoi sert l’argent versé par la Fifa représentant la quotte part du Cameroun lorsque l’équipe nationale participe à un tournoi sportif majeur à l’instar de la Coupe du Monde ? Pour le dernier mondial en Afrique du Sud il y a quatre mois, le Cameroun, à travers la Fédération camerounaise du football (Fécafoot), s’en est tiré avec un peu plus de 4 milliards de francs CFA dans la cagnotte. N’est-ce pas là, une somme importante pour pouvoir améliorer les infrastructures sportives? Quel est ce pays dont toute réaction positive doit être conditionnée, soit par l’octroie d’une aide, soit par la menace d’une sanction? Le cas de la Fecafoot sommée par les instances sportives internationales de s’arrimer à la modernité en instaurant le professionnalisme au cours des prochaines années au risque d’essuyer une suspension de la Fifa en est une illustration. Quel pays ingrat, quelle ingratitude ?

 

Comme hier, des millions de Camerounais n’ont pas eu le privilège de voir jouer sur leur propre sol au cours d’une grande compétition Roger Milla, Jean Manga Onguéné, Théophile Abéga, Thomas Nkono, Joseph Antoine Bell, François Omam Biyick, Patrick Mboma ou Rigobert Song Bahanag, ceux d’aujourd’hui ne verront certainement pas Samuel Eto’o Fils et la plupart de ses actuels coéquipiers. Pourtant, les pays ayant un niveau de développement moins que le nôtre et dont le niveau de leur football est largement en deçà du Cameroun ont souvent organisé la CAN. La parfaite illustration vient de nos « petits » voisins immédiats – au moins sur le plan démographique -, le Gabon et la Guinée équatoriale qui accueilleront dans quelques mois, la Can qui est la plus prestigieuse des compétitions sportives africaines. Cameroun, à quand donc la fin de l’ingratitude ?

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