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LE BLOG DE CYEK

La Tunisie et le Cameroun

19 Janvier 2011, 08:51am

Publié par Cyrille Ekwalla via Enoh Meyomesse (Correspondance - Le Jour)

Enoh-Meyomesse.jpgLe Président Ben Ali, il importe de le rappeler, a été cité en exemple, pendant toute la durée de son très long règne, 23 ans, par le monde entier, comme un dirigeant qui avait réussi à faire de son pays l’un de ceux qui comptent en Afrique, voire même dans l’ensemble du tiers-monde.

Les pays occidentaux n’ont guère hésité à gratifier la Tunisie, sous sa férule, de l’appellation à la mode actuellement, mais sans véritable contenu, et que rêvent d’obtenir tous les pays dominés, « pays émergeant ». En Afrique, la Tunisie de Ben Ali se situe, sur le plan économique, immédiatement après l’Afrique du Sud, alors qu’elle est dotée d’un sous-sol ingrat : pas de pétrole, pas de grands minerais, etc.

Ce n’est pas tout, le Président Ben Ali n’a pas manqué de prouver au monde combien il était adulé par son peuple. Ne se faisait-il pas réélire, à chaque fois, par un score de 89 à 90 % ? Il avait fait modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir, et la télévision tunisienne avait abreuvé, des semaines durant, la terre entière d’images montrant combien les Tunisiens avaient accueilli avec une satisfaction sans borne cette merveilleuse décision.

Rien, mais vraiment rien, ne pouvait présager une fin aussi inattendue de son règne. Son pays ne connaissait-il pas une « démocratie apaisée », à la camerounaise, dès lors qu’il avait anéanti totalement l’opposition, anéanti les syndicats, anéanti la presse, et qu’il s’était doté d’une police politique redoutable, sans oublier une armée personnelle au sein de l’armée nationale, pour protéger son régime ?  Mais, tout ceci ne peut venir à bout de quelque chose de fondamental, d’incontournable, en politique : l’usure du pouvoir. La lassitude des gens.

Même le dirigeant le plus brillant, passé dix années de règne, finit par lasser son peuple.


Charles de Gaulle, en France, malgré les immenses services qu’il avait rendus à son pays et à son peuple, avait fini, au bout de dix ans de règne, 1958-1969, par lasser profondément les Français. Ceux-ci l’ont largué au cours du référendum qu’il avait organisé en 1969. François Mitterrand, également, le plus grand réformateur que la France ait connu sous la 5ème République, avait fini par lasser les Français, et il avait été bien inspiré de ne plus se hasarder à se présenter à l’élection présidentielle de 1995. Il aurait été humilié. La preuve en est que, il avait fini son règne sous une cohabitation avec Edouard Balladur, 1993-1995, après en avoir déjà subi une première auparavant avec Jacques Chirac, 1986-1988.

Face à cette situation, le dispositif répressif d’un régime dont le dirigeant a déjà passé trop de temps au pouvoir, en tout cas plus de dix ans, le contrôle des syndicats,  le contrôle des médias, la subordination de ceux-ci, l’ordre donné aux sous-préfets d’interdire les manifestations publiques de l’opposition, la création d’une armée parallèle, genre BIR, au Cameroun, la transformation du parti gouvernemental en parti-Etat, RCD, en Tunisie, RDPC, au Cameroun, l’étouffement de l’opinion publique par des motions de soutien « indéfectible » au leader bien-aimé, Son Excellence X, etc, ne peuvent continuer à le maintenir que provisoirement. Pour emprunter un langage sportif, tout ceci ne peut aboutir qu’à une chose : des minutes de prolongation, alors que le match de football a déjà pris fin. Ben Ali ne l’a pas compris, cela lui a valu un départ calamiteux du pouvoir. Mais, est-il le seul à ne pas le comprendre ? Le comprend-on au Cameroun ?

(c) L'auteur Enoy Meyomesse est écrivain et homme politique camerounais

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