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LE BLOG DE CYEK

La Chine, deuxième économie mondiale devant le Japon

17 Août 2010, 10:54am

Publié par Pierre Haski (Rue 89)

Au deuxième trimestre 2010, le PIB chinois dépasse celui du Japon. Un nouveau modèle économique ?

 

La Chine est devenue lundi la deuxième puissance économique mondiale au deuxième trimestre, dépassant de peu le Japon confronté à un nouveau ralentissement de sa croissance. A ce rythme, la Chine ravira la première place aux Etats-Unis en 2030, même si le produit intérieur brut est un indicateur insuffisant pour juger de la richesse d'un Etat.

Alors que la Chine continue sa croissance à deux chiffres, indifférente à la reprise poussive des économies occidentales, ce sont les mauvais chiffres du Japon au deuxième trimestre (+0,1% seulement) qui ont permis à Pékin de le dépasser dans le classement des économies mondiales, tout comme elle avait précédemment distancé la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Une nouvelle donne qui devrait être confirmée en année pleine si le ralentissement japonais se poursuit.

Ce nouveau classement des économies mondiales montre l'ampleur et la vitesse du basculement du monde en une décennie, depuis que la Chine a accéléré sa croissance au cours des dix années écoulées, gagnant en poids et en assurance alors que les économies occidentales se débattaient avec une croissance en dents de scie, y compris une période de récession provoquée par la crise financière de 2008.

Pour prendre la mesure du caractère spectaculaire de l'annonce de ce lundi, rappelons qu'il y a cinq ans, le PIB chinois était équivalent à la moitié, seulement, de celui du Japon.

Un revenu par habitant encore très faible

Par habitant, évidemment, il en va autrement, puisque la Chine, avec ses 1,3 milliard d'habitants, se retrouve avec le PIB par habitant du niveau des pays pauvres de la planète, avec de profondes disparités de richesse : les trois décennies de réformes économiques ont en effet creusé le fossé social, faisant de la Chine l'un des pays les plus inégalitaires au monde.

Le revenu par habitant chinois, à 3 600 dollars (2 800 euros), représente moins de 10% de celui des Américains avec 46 000 dollars (36 000 euros).

Le Quotidien du Peuple, organe du parti communiste chinois, faisait observer l'an dernier que moins de 1% des familles chinoises disposaient d'un revenu équivalent ou supérieur au revenu moyen des familles américaines, tandis que des dizaines de millions d'autres sont encore sous le seuil de pauvreté, qu'on le mesure « à la chinoise » ou selon les normes de la Banque mondiale.

Ce bémol n'enlève rien au fait que la Chine a réussi en trois décennies à briser la fatalité d'un mal-développement aggravé par les errances du maoïsme, et à se hisser au premier rang des économies mondiales.

Un modèle chinois ?

Coïncidant avec ces nouvelles statistiques, l'hebdomadaire britannique The Economist a organisé sur son site un débat d'experts autour de cette question : le « modèle chinois » est-il supérieur à celui de l'Occident ?

Et, paradoxalement pour ce titre héraut du libéralisme économique, le panel a conclu en faveur du « modèle chinois ». A noter que les internautes en ont jugé différemment, puisque 58% des participants à un vote en ligne ont exprimé un désaccord avec le verdict des experts.

Mais y a-t-il un « modèle chinois » ? Il y a certes un type de capitalisme autoritaire, fondé sur un contrôle social fort, un rôle central de l'Etat doublé d'un laisser-faire sauvage, qui s'est révélé suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers, et a permis de faire décoller l'économie.

Mais, contrairement au modèle capitaliste occidental, il n'est pas nécessairement exportable en dehors du contexte politique bien particulier du post-maoïsme chinois.

Mais le débat de The Economist est révélateur de la fascination que la croissance économique chinoise opère auprès des experts occidentaux -les mêmes qui s'opposent paradoxalement à tout retour du rôle de l'Etat alors que c'est un facteur-clé dans la réussite chinoise. The Economist en tête, qui titrait la semaine dernière sur la tentation du « Leviathan », ce monstre biblique par lequel il dénonce l'interventionnisme étatique dans l'économie.

Pour l'heure, il faudra s'habituer à cette nouvelle place de la Chine, avec ses conséquences sur le fonctionnement de la planète.

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