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LE BLOG DE CYEK

L’imperialisme ecologique chinois ou l’autre face cachée du péril jaune

8 Octobre 2010, 07:51am

Publié par Cyrille Ekwalla via Didier Yimkoua (LNE)

La percée chinoise dans le domaine agricole au Cameroun illustre de la belle manière la menace asiatique qui pèse sur la biodiversité nationale. Si tant il est vrai que le projet de création des rizières est une source potentielle d’emplois et de revenus qui améliorent les conditions de vie des populations locales, il n’en demeure pas moins que les activités agricoles à grande échelle génèrent des impacts environnementaux et sociaux irréversibles sur les ressources naturelles (la faune, la flore, le sol et l’eau). 

300px-Riziere_terrasses.jpgLoin de nous de laisser transparaitre un sentiment de xénophobie ou de négationnisme à l’égard d’un peuple dont les membres ont déclaré lors de la fête nationale chinoise (61ème anniversaire de la fondation de Chine), qu’ils se sentent bien chez nous, il ne serait pas incongru de vous inviter au large  débat politique relatif à la gestion durable des terres cultivables qui présente opportunément des pulsions conflictuelles à cause de l’accès difficile aux terres cultivables lié au boom démographique.

Bismarck, mort en 1898, avait affirmé qu’un jour les « jaunes » abreuveraient leurs chameaux dans le Rhin. Pourquoi ne le feraient- ils- pas dans le Djerem, le Nyong ou le Dja ? L’intrusion des chinois dans nos écosystèmes à l’assaut de terres cultivables ne va pas sans susciter des problèmes liés à la préservation et la protection de nos ressources naturelles consubstantielles à la survie des communautés autochtones et des populations rurales.

Des experts de renommée certaine, définissent la biodiversité comme la charpente de la vie ; c’est elle qui fournit de l’énergie à travers la chaine alimentaire, elle nous procure du bois de chauffage, des matériaux de construction, du bois d’ouvrage d’art, nous consommons ses fruits, racines, graines, tubercules et feuilles, elle met à notre disposition des produits pharmaceutiques (les huiles, essences, résines….), bref la survie de l’espèce humaine en dépend. Fort de ce qui précède, il va de soi que la réalisation des grands projets agricoles chinois passe par la destruction des grands massifs forestiers (les chinois sont installés dans la zone agro écologique forestière) et expose les espèces fauniques au braconnage. La gestion de la biodiversité ravive des enjeux importants tels que : écologiques comme nous l’avions expliqué ci-dessus ; environnementaux : d’après le programme pilote REDD+, la déforestation et la dégradation forestière participe de 25% à l’émission de gaz à effet de serre ; géopolitiques, les impacts liés à la destruction des ressources naturelles sont transfrontaliers d’où l’urgence des plans de convergence adoptés par des pays appartenant à un même bassin comme celui du bassin du Congo dont les pays sont réunis au sein de la Comifac ; géostratégiques, à cause de la démographie galopante en Chine, il est probable que les chinois soient confrontés aux problèmes d’accès aux terres fertiles chez eux. Afin d’éviter des conflits que cela peut engendrer, leurs responsables encouragent la colonisation des nouvelles terres vers le continent africain. Contrairement à ce que laisse croire cet économiste camerounais qui loin de sa chaire d’académicien, brille plus par ses attaques épiques contre la Fecafoot, ce professeur d’université nous renseigne que l’on peut cultiver partout au Cameroun en s’appuyant sur un exemple qui parait le convaincre, comme cette boutade dont il a seul le secret : de Douala à Yaoundé, on peut admirer durant le trajet la couverture verdoyante et pittoresque de l’Afrique en miniature, pour ne pas le paraphraser. Discutable. D’après Le Plan national de gestion de l’environnement (Pnge) élaboré par le ministère de l’Environnement, le Cameroun possède 15% de terre cultivable de sa superficie physique. En 1996, 50% de terres arabes étaient déjà mises en valeur. Selon les démographes, la population double tous les 20 ans. Faut-il rester les bras croisés face à la percée chinoise ? 14 ans après, chacun peut estimer la surface de terre cultivable qui nous reste et tirer les conclusions qui s’imposent.

 

Durant mon séjour professionnel dans la Haute Sanaga en 2008, j’ai observé le comportement des Chinois dans leur complexe agricole. Ce que j’ai vu mérite d’être partagé. De l’ingénieur au manœuvre en passant par le contrôleur des travaux, tous les postes sont occupés par des Chinois, juste une part congrue est réservée aux nationaux. Pince- sans- rire, les pièces de rechange et autres ampoules électriques sont importées de la Chine. Face à mon étonnement mâtiné évidement de mécontentement, mon guide, fils de la localité et conseiller municipal, me répondit à brule-pourpoint que les populations locales peuvent  dorénavant s’alimenter facilement au riz chinois du pays. Les camerounais ne méritent pas la brisure du riz après avoir céder autant de terres. Celles-ci peuvent être  considérées comme des ressources naturelles non renouvelables. Parce que, après 20 ans de surexploitation et de pression qu’elles auraient subit, que restera-t-il aux générations futures ? Un sol dégradé, appauvri par l’utilisation excessive d’engrais chimiques et de pesticides, les ressources en eaux des bassins versants auxquels elles appartiennent seront polluées et eutrophisées par des déchets organiques et des traces de produits chimiques charriés vers elles par les eaux de ruissellement. 

Les relations sino-camerounaises portent des stigmates positifs. On peut citer le barrage de retenue d’eau qui arrose le bassin de Lagdo vers lequel les populations denses des Monts Mandaras de l’Extrême-Nord ont été délocalisées. L’édification du palais de congrès et récemment celui des sports. La liste est exhaustive. Cette diplomatie est comme une pièce de monnaie qui présente deux faces : une luisante l’autre hideuse.  Le déversement dans nos marchés des produits finis en plastique recyclé  des déchets plastiques en Chine et la colonisation de nos terres sans véritable compensation, est la face hideuse de la coopération chinoise au Cameroun.

Face à cette situation, je m’interroge et j’interroge les élites, les élus locaux des régions concernées et le Camerounais tout court. Sans prétention aucune et que le bon Dieu m’en préserve. Les Camerounais travailleurs dans ces complexes ont le droit de demander plus que ce salaire de catéchiste dont ils se gargarisent. Quelles que soient les modalités et les conditions d’octroi des terres fertiles au Chinois, la Chine a l’obligation de doter ces régions des infrastructures sociales durables telles que les hôpitaux, des écoles et surtout des instituts professionnels agricoles calqués sur le modèle asiatique (formation de courte durée). Le tribunal de l’histoire ne sera pas fantaisiste vis-à-vis de ceux là  qui auront bradé les terres, biens de toutes les générations à l’autel des égoïsmes et des intérêts inavoués. Malheur aux profiteurs zélés qui nous traiteront de militants d’extrême droite ou de néo nationalistes parce que nous défendons nos droits et rien que. 

Il est arrivé le moment de ranger ma plume. Je m’en voudrai pendant longtemps si jamais je ne précisais pas à vous chers lecteurs  mon opinion favorable à la présence des Chinois au Cameroun. Foi de citoyen, je sais que contrairement aux Indiens, ne leur demandez pas le transfert de technologie chez nous. Ils vous serviront du commerce en gros et du détail : c’est le miracle chinois qui fait partie de leur culture. Cette culture singulière sur s’appuie leur puissance économique foudroyante et expansionniste. Comment me convaincre que nos terres fertiles n’appartiendraient-elles-pas aussi à notre culture ? C’est-à-dire nos us et coutumes sur lesquelles se fondent l’espoir de développement des générations actuelles et futures. Si le polémiste Jacques Decornoy, auteur de "Péril jaune, peur blanche" (1970), attire l’attention géostratégique des Européens face à la montée en puissance des Asiatiques sur les plans démographie et économique, nous demandons sans peur aux agriculteurs chinois juste une contrepartie  à la taille de nos terres fertiles exploitées.

 PS : L'auteur de ce texte est Secrétaire à l’environnement, écologie et du développement durable du FSNC (Parti politique camerounais dont le leader est Issa Tchiroma Bakary - Ministre actuel de la Communication)

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Joss 13/10/2010 04:26


cet article illustre bel et bien l'echec de la politque agricole camerounaise et l'echec de la politique alimentaire et diplomatique de nos instances...mais de quel Cameroun hériterons-nous? nous
devons déjà gerer le service de la dette, contrer l'hégémonie française et américaine dans notre économie, on doit en plus de ça gerer de futures générations chinoises et competir de façon inégales
sur notre propre territoire, on a finit d'enrichir les libanais et les pakistanais, maintenant c'est au tour des chinois de s'engraisser, (sans pensée xénophobe aucune) en terre camerounaise et
africaine mais où allons-nous? et à quand l'engraissement du peuple Camerounais?