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LE BLOG DE CYEK

L'appel de Kah Walla aux camerounais: Il est l'heure !

12 Octobre 2010, 06:42am

Publié par Cyrille Ekwalla via Kah Walla (Mutations)

Kah-Walla.jpgMembre du bureau politique du Sdf, elle prend ses distances chaque jour du chairman qui prône le boycott de l'élection présidentielle de 2011, alors qu'elle invite par contre les Camerounais à s'inscrire massivement sur les listes électorales. L'épée de Damoclès flotte sur sa tête.

"Chaque peuple, chaque nation, a son périple. Nous, Camerounais avons parfois le sentiment que le nôtre n'a pas de fin. En tant que peuple, nous avons lutté contre l'oppression pendant plus de 90 ans. Plusieurs fois nous avons eu des rendez-vous avec l'histoire et à chaque fois, nous en sommes ressortis insatisfaits, frustrés, nous demandant si notre liberté ne viendrait jamais...

Le 1er Rendez-vous
Lock Priso et Douala Manga Bell furent les précurseurs, menant des luttes contre la domination allemande dès le début du 20ième siècle. Le 22 juillet 1931, les femmes commerçantes de Douala décident que ça suffit, elles marchent sur le bureau du gouverneur français pour protester contre les taxes exorbitantes. De là jusqu'au début des années soixante, les nationalistes se battent des deux côtés du Mungo pour mettre fin à l'oppression des colonisateurs. Ndeh Ntumazah, Um Nyobe, Emmanuel Endeley, Marthe Moumié, Augustine Ngom Jua, Gertrude Omog, les femmes Anlu de Kom, etc. sont tous des noms dont l'histoire reste à écrire afin que nos enfants puissent eux aussi construire leur avenir en s'appuyant sur la fondation de vraies héroïnes et héros pour faire face aux challenges de la vie. Trente ans de lutte de libération. Les nationalistes sont vainqueurs car ils construisent une vraie vision de l'indépendance, ils déclenchent un mouvement de libération à travers l'Afrique et, surtout, ils nous laissent un merveilleux héritage de fierté, la soif inextinguible d'une véritable indépendance. Mais ils perdent, nous perdons car ils ne dirigeront pas notre pays. Ils seront tués. Décapités. Et avec eux, notre première tentative de nous définir par et pour nous-mêmes. C'est notre premier rendez-vous avec l'histoire et nous en repartons la gorge nouée du goût amer de la défaite. C'est le point départ de la construction d'une fondation confuse, corrompue et douteuse qui est celle du Cameroun aujourd'hui.

Le 2ième Rendez-vous
1989 et nous sommes de nouveau agités. Corruption, incompétence, oppression continue ont complètement anéanti tous les espoirs que nous nous sommes permis en 1982 croyant assister à la fin de la dictature. Les voix se lèvent à Garoua, Bertoua, Ebolowa, Bafoussam, Buéa, Douala, Yaoundé et au quartier de Ntarikon. Yondo Black, Vincent Feko, Henriette Ekwe, Albert Mukong, Ni John Fru Ndi et bien d'autres font eux aussi partie de cette histoire qui reste à écrire. L'espoir renaît une fois de plus. Le raz-de-marée venu de Bamenda prend de l'ampleur et se propage dans l'ensemble du pays. Du sang sera versé, des vies volées, des villes mortes feront partie de notre quotidien et les cartons rouges nous informerons que la nation est en guerre contre l'oppression.

C'est le 11 Octobre 1992, nous sommes certains que nous avons enfin atteint l'indépendance pour laquelle nous nous battons depuis près d'un siècle. Les bulletins sont mis dans les urnes, le comptage initial est merveilleux. La liberté enfin ! Les résultats ne demandent qu'à être proclamés. Une fois de plus nous avons gagné car la nation s'est exprimée massivement sur le choix de son destin. Nous aurions désormais multiples partis politiques, maillons essentiel de la démocratie. Mais quand le résultat final est prononcé la victoire nous est refusée. La liberté totale, l'indépendance complète ne sera pas pour cette fois-ci non plus. 
Vingt ans plus tard et il semble que nous ayons perdu non seulement notre chemin, mais aussi que nous ayons perdu notre volonté. Au moment où nous semblons nous résigner à ce qu'on nous dit être notre destin, vint Février 2008. Notre rage surgit. L'injustice de la vie dans un pays qui est riche, mais où 40% de ses citoyens vivent avec moins de 738 Fcfa par jour. La vie inimaginable dans un pays où près de 500 personnes peuvent mourir du choléra parce que moins de 30% de sa population rurale a accès à l'eau potable et seulement 14% de cette même population a accès à des toilettes décentes. Quel scandale ! Dans ce même pays, le chef de l'Etat, dont le travail consiste à s'assurer que les citoyens ont de l'eau potable et des toilettes adéquates, se permet d'aller en vacances pour dépenser plus de € 1,000,000 en moins d'un mois.

Echec sur échec, scandale sur scandale et nous nous rappelons que nous valons mieux que ça, que nous avons un potentiel extraordinaire qui attend d'être atteint. Cette combinaison de scandales et de ressources, d'échecs et de potentiels ; cette combinaison tourbillonne le sang de nos ancêtres qui est en nous. Nous nous rappelons que nous sommes les enfants de combattants et combattantes de la liberté. Nous sommes les descendants des nationalistes qui ont combattu des ennemis plus redoutables que celui qui est en face de nous. Nous sommes d'une lignée de héros et d'héroïnes qui n'ont jamais céder face à la tyrannie et l'oppression.

La seule et unique raison de tout leur être, de leur combat, l'accomplissement de leur destin, c'est nous.
Pour nous, pour cette génération qui est la nôtre, il est l'heure…

Le 3ème et décisif Rendez-vous
2011 est notre prochain rendez-vous avec l'histoire. Nous le savons. C'est le tour de notre génération ; il est l'heure pour nous. Porter ce combat, nous le devons. Réaliser cette révolution pacifique, nous le devons. Nous nous le devons, nous le devons à nos ancêtres et nous le devons à nos enfants.
Il est l'heure! La seule question que chacun de nous doit se poser est "Quel est mon rôle?", "Quelle est ma tâche?" Alors que nous nous avançons vers cette 3ième rencontre décisive, certaines choses clés doivent être faites:
-Reprenons notre pouvoir - Nous devons inverser la structure du pouvoir au Cameroun. C'est notre pays. Ce sont nos droits. Nous ne pouvons continuer à permettre que notre pouvoir collectif soit usurpé par une petite minorité.
-Reprenons en main nos élections - Nous ne devons pas permettre la confiscation des élections par un individu ou un petit groupe de personnes. Le système électoral nous appartient. C'est notre possession fondamentale en tant que citoyens. Par conséquence,
-Prenons possession de notre droit - Inscrivons nous sur la liste électorale
-Organisons nous - Rejoignez un groupe qui lutte pour la réforme électorale
-Faisons entendre notre voix - Allez à Elecam, posez des questions, exigez des réponses, participez.
-Mobilisons nous - Par l'action non-violente, mais déterminée, en tant que peuple, nous sommes à mesure de nous assurer de la transparence et de l'équité dans ce système électoral
2011 est notre rendez-vous avec l'histoire. Il est l'heure, notre heure, l'heure du peuple. Abolissons la peur, levons-nous, agissons, ensemble nous allons oser inventer l'avenir de notre cher Cameroun. "

ps : l'auteure est Présidente du mouvement "Cameroun O' Bosso" et militante "dissidente" du SDF 

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