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LE BLOG DE CYEK

Kah Walla :« Virtualités » politiques et capital symbolique d’une femme en posture de candidate à l’élection présidentielle de 2011

8 Novembre 2010, 09:34am

Publié par Cyrille Ekwalla via Léopold Ngondji (Correspondance LNE)

Kah WallaDans une récente analyse (parue dans Le Jour du vendredi 15 octobre 2010) et consacrée à la démarche politique de Kah Walla, désormais candidate à la présidentielle de 2011, l'auteur de ce texte décryptait deux choses : l'approche discursive et la posture actantielle de Mme Kah Walla, qui validaient respectivement l’idée d’un appel au peuple à s’inscrire sur les listes électorales et les pistes d’une femme politique qui mettait à ses cotés des « actants » dans son ambition non énoncée en ce moment. Il concluait en disant que cette double option était susceptible de lui poser quelques  problèmes dans sa démarche ainsi qu’à son désormais ancien parti le Sdf avec les probabilités d’une « nouvelle Kah Walla » à zéro dans les prochains jours. Et pour l'auteur, la suite des événements a surement milité en faveur de son analyse avec la candidature de Mme Kah Walla annoncée le vendredi 22 octobre dernier.

Dans le texte qui suit, l'auteur propose cette fois-ci de discuter sur deux problèmes. Le premier est de polémiquer sur la dialectique « individu - appareil ».  Le second problème est substantiel au premier et consiste à questionner les « virtualités » d’une candidate qui se trouve désormais en face des enjeux électoraux et électifs et dont les possibilités du capital symbolique et persuasif sont multiples selon les stratégies choisies.

I#La dialectique symbolique « individu - appareil »

Parler de la dialectique symbolique « individu - appareil » revient à nous demander si l’existence et le capital symbolique de Kah Walla aujourd’hui le sont grâce à l’individu lui-même ou grâce à son ancien parti le Sdf. Plus trivialement, il est question de savoir si la crédibilité et la notoriété de Kah Walla, candidate à l’élection présidentielle de 2011, sont le fruit de son passage au Sdf qui lui aurait permis de se façonner un personnage et de se positionner comme une femme politique comme on la connait aujourd’hui ; ou alors sont le résultat d’une actrice politique qui tire son aura grâce à son parcours individuel à savoir sa formation et la pertinence de ses preuves dans d’autres domaines extra-Sdf. Bien évidement, beaucoup de ses anciens camarades diront que la candidate n’est ce qu’elle est aujourd’hui que grâce à son passage au Sdf qui lui aurait permise de construire un ethos de « crédibilité » et de « légitimité » du point de vue de ses opinions et de ses positions.

A première vue, cela est très vrai, mais devient complexe lorsque l’on essaye de questionner ce sur quoi se fonde le capital symbolique d’un personnage politique en contexte électoral et d’« outsider » comme c’est le cas de Kah Walla aujourd’hui. Pour le sémioticien, le symbolique n’est pas, comme le réel, structuré par l’expérience, mais par la relation à l’autre, et par la reconnaissance des mêmes valeurs, des mêmes représentations, des mêmes significations. Dès lors, il est aisé de mettre le capital sympathique que l’électorat accordera à Kah Walla plus à sa capacité à construire un discours qui vise à créer un « nouvel esprit » politique capable de fasciner les affects et de mobiliser des arguments différents. Ce qui n’est pas facile dans un espace politique camerounais moins idéologique et plus folklorique dans lequel le parti majoritaire a tissé une nouvelle façon de faire la politique : celle de la construction du mythe de « Paul Biya le seul et unique homme de la situation » depuis plus de 27 ans. Le jeu politique se contextualisant en pareil circonstance rend difficile la réussite des théories du marketing politique occidental.

Est-ce que Kah Walla tire donc son capital symbolique d’elle-même ou du Sdf ? La question est fort embarrassante. Ce que l’on peut dire est justement l’émergence d’une nouvelle femme politique courageuse et « orgueilleuse » qui prend la parole et décide de rompre avec les pensées préconçues et de structurer un discours d’apparence nouveau. Moderne même. Sur ce sujet, l’on peut relever la particularité de sa politique qui prend en charge les thématiques de la société sans un radicalisme comme le fait jusque-là certains partis et certaines actrices comme Marie-Louise Eteki Otabela.

En mettant le capital symbolique et sympathique de Kah Walla sur la grille de lecture de la « sémiotique tensive », la réflexion devient plus aisée sur le plan de la structure. En effet, dans le « schéma tensif », une valeur donnée comme le « capital symbolique » est constituée par la combinaison de deux « valences » (ou dimensions), l’intensité et l’extensité (ou étendue). L’extensité étant l’étendue à laquelle s’applique l’intensité et correspond à la variété, à l’étendue spatiale ou temporelle des phénomènes. Intensité et extensité connaissent chacune des variations dans leur force, sur une échelle continue allant de la force nulle à la force maximale (voire infinie). Si l’intensité s’applique à la profondeur du « capital symbolique et sympathique » et l’extensité à l’étendue du champ de ce capital et que l’on distingue pour les deux valences les forces basse et élevée, on obtient dans cette situation quatre différents types de « capital symbolique » : (1) intensité et extensité basses (c’est-à-dire que la valeur symbolique de Kah Walla est moins liée à l’individu, moins liée à son ancien parti), (2) intensité élevée et extensité basse (c’est-à-dire que la valeur symbolique de Kah Walla est plus liée à l’individu, moins liée à son ancien parti), (3) intensité basse et extensité élevée (c’est-à-dire que la valeur symbolique de Kah Walla est moins liée à l’individu, plus liée à son ancien parti), (4) intensité et extensité élevées (c’est-à-dire que la valeur symbolique de Kah Walla est plus liée à l’individu, plus liée à son ancien parti). En cette circonstance, le « capital symbolique » de Kah Walla correspondrait mieux à la quatrième hypothèse.

Dans une autre posture de lecture, le passif militant de Kah Walla dans les droits humains, sa formation et ses performances professionnelles dans le conseil en management (Kah Walla a une expérience nationale et internationale dans le conseil en management avec son cabinet « Stratégies » basé à Douala) sont de nature à contribuer fortement pour le capital symbolique de sa stratégie face aux citoyens, puis aux électeurs. Toute chose qui n’exclut pas la vérité que le succès professionnel et intellectuel d’un personnage ne sont pas toujours transférables dans le domaine politique qui s’apparente être très complexe et obéit aux logiques spécifiques. D’où la validité de l’argument selon lequel le « capital symbolique lié à l’individu » et le « capital symbolique lié au parti » sont inséparables. Pour preuve, les cas de nombreux hommes politiques dont le capital symbolique s’est fragilisé lorsqu’ils se sont retrouvés hors de leur parti sont illustratifs. En l’occurrence, Bernard Muna du sdf, Charly Gabriel Mbock de l’Upc, Milla Assouté du Rdpc, sont des cas d’école. Si le premier a crée l’Afp qui n’a eu aucun siège lors du double scrutin de 2007, le second tient encore grâce à sa production intellectuelle structurée qui permet de le mettre de temps en temps sur la scène politique. Le troisième a quitté son parti et s’est retrouvé en France dans un militantisme de distance qui fini par ne rien donner. L’on se souvient également du cas d’Evariste Fopoussi qui, un temps a quitté le sdf et, a frôlé la mort politique s’il ne revenait pas pour se re-positionner dans le Shadow cabinet de ce parti. On comprend que le schisme politique en contexte camerounais n’a pas encore produit le miracle d’un nouvel homme politique au capital symbolique fort qui serait encore très lié au parti qu’à l’homme politique individuellement. Qu’en sera-t-il du cas Kah Walla ? Tout dépend des virtualités que lui donne sa nouvelle posture de candidate.

II# Les « virtualités » d’une candidature en contexte politique camerounais

Dans l’ouverture de notre questionnement du dernier article du 15 octobre, nous nous demandions si Kah Walla réussirait-elle à construire un avenir politique porteuse et efficace au vue de la « real politique » camerounaise. À propos, cela dépend des « virtualités » de sa candidature. Il faut entendre par « virtualités » toutes les aspérités en relations avec les possibles et les potentialités stratégiques politiques. Bref, tout ce qui n’existe pas encore, mais qui peut exister du fait du déploiement significatif d’un acteur politique comme la Kah Walla actuelle.

Techniquement, cela signifie qu’elle prenne en charge dans sa prochaine démarche les éléments ayant trait à une option politique qui la particularise à d’autres acteurs en compétition et d’autres forces en présence. Or, jusque-là, rien ne laisse présager une candidate préparée pour les besoins de la cause. A dire vrai, le contexte et l’actualité auraient milité pour une démission et une annonce précipitées de sa candidature avec sa signature « Kah Walla, 2011 is now ». À juste titre, les jeunes que l’on a vu habillés en « vert-jaune » (couleur de la candidate) peuvent à la fois valider son positionnement politique avec pour cœur de cible ces jeunes, et mettre en lumière une mise en scène de la candidate qui aurait habillé quelques jeunes pour les besoins de la circonstance. Cela serait dangereux dans la mesure où les chantiers qui attendent la candidate actuellement peuvent être de deux ordres à savoir : choisir d’être une candidate indépendante ou se représenter sous la bannière d’un parti, et mettre sur pied une stratégie politique à travers lequel va naître un plan de campagne clair et combiné.

Dans le premier chantier, on attend que la candidate dévoile dans ses prochaines sorties son option. La candidature indépendante étant encore complexe chez nous, l’autre possibilité de créer un nouveau parti politique est de nature à lui rendre la tâche difficile puisqu’il faudra « commencer à zéro ». Par ailleurs, en choisissant de se faire représenter par un parti politique existant, il y a qu’elle va assumer le passé de celui-ci.

Par contre, si la signature « 2011 is now » fait allusion aux inscriptions sur les listes électorales, il y a que l’on attend dans les prochains jours la candidate avec un projet de société clair. En effet, au-delà de ses opinions dans les médias jusque-là, l’on ne connait pas ce qu’elle propose pour résoudre le chômage des jeunes, le problème de la santé et de l’éducation, sa vison de la politique étrangère, de l’industrialisation, par exemple. À ce niveau, la nécessité, si la candidate se veut sérieuse, d’analyser le contexte et le terrain (analyse des caractéristiques de la circonscription électorale, analyse de l’état des destinataires de la campagne, analyse de la concurrence et analyse des moyens disponibles) est une étape importante dans la détermination de son axe de campagne qui permet de segmenter sa cible afin d’adopter une stratégie adéquate et un plan de campagne combiné et efficace. L’enjeu devenant purement marketing à ce niveau.

Entre stratégie de « conquête » et stratégie de « notoriété », le travail qui semble important est celui de prendre du temps pour mettre les atouts stratégiques et opérationnels de son côté afin de tracer son chemin vers cette présidentielle qui donne le signal d’être très problématique pour le Cameroun. En vérité avec l’embrouillamini des autres partis de l’opposition ne proposant pas jusque-là de réels projets d’alternative, le Rdpc vivant une guerre de positionnement clanique de l’intérieur et les obligations d’un cadre électoral démocratique sur lequel la « communauté internationale » s’agrippe, les enjeux de l’élection présidentielle de 2011 sont finalement multiples. L’obligation de construire une nouvelle argumentation politique moderne et adaptée qui fait rêver se trouve être le grand défi pour une candidate comme Kah Walla.

En réalité, les possibilités de l’expression de la candidate dans les jours à venir sont de nature à donner une lecture plus pragmatique sur ses différentes approches stratégiques et surtout marketing.

PS  : l'auteur s'appele Léopold Ngodji et est  Analyste du discours et Consultant en Sémiotique

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