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LE BLOG DE CYEK

Ils l’ont humilié !

9 Août 2010, 07:03am

Publié par Alain Blaise Batongué (Mutations)

Dans notre édition du lundi 19 juillet dernier, à peine une semaine après l’annonce du décès tragique de Pius Njawe, nous indiquions déjà: «Deux types de dérives semblent cependant menacer le flot de témoignages qui s’amoncellent au siège du journal Le Messager: Celles de dithyrambes inutiles sur ses qualités, et celles autour d’une polémique manifestement stérile et inutilement nuisible sur les circonstances de sa mort. Les premières sont ridicules, surtout lorsqu’elles viennent aujourd’hui de gens qui l’ont combattu et qui ne semblent intéressés que par un positionnement personnel ou institutionnel ; les secondes n’auront pour conséquence que de ternir les obsèques de cet homme que l’ensemble de la société camerounaise, aux côtés de ses nombreux amis à l’international, a décidé d’accompagner dignement à sa dernière demeure.»

«Et au-delà d’obsèques qu’on souhaite dignes, grandioses et à la dimension de son parcours, sa mort devrait interpeller les hommes politiques afin qu’ils profitent de l’occasion pour amorcer un véritable dialogue avec la presse privée, et non des slogans creux et de nombreuses promesses jamais réalisées. Elle devrait aussi donner à la grande famille de la Communication un prétexte pour amorcer une réflexion sur la pérennisation du Messager, dont la contribution à la lutte pour une démocratie véritable au Cameroun n’est plus à démontrer. Ce sera le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Pius Njawe.»
Point n’est besoin, dans ces lignes, de porter quelques jugements de valeur. Mais les différentes cérémonies liées aux obsèques de Pius Njawe, si elles ont conforté la vacuité de la vie et la vanité des vivants, a surtout fait de la peine à ceux qui avaient espéré, comme Pius Njawe l’avait recommandé à plusieurs de ses proches, «un enterrement serein».

D’abord la famille. Si les sanglots étouffés d’Amanda Njawe, digne dans la douleur et entourée de ses frères et sœurs ont ému, ainsi que sa volonté de perpétuer la mémoire et l’héritage de son père, les voix discordantes et les manœuvres sournoises de la famille du disparu ont surpris. Dans l’entourage du défunt, peu de gens ont saisi le sens de l’initiative d’une partie de la famille, de demander l’aide du gouvernement qui a bondit sur l’occasion pour organiser une ubuesque mise en scène radio et télévisée. Pius Njawe était un homme fier. Qui souhaitait des relations claires et transparentes avec le gouvernement, qui ne débouchent pas sur des compromissions, et qui rejetait en bloc le principe même de l’aumône ou de la mendicité. Il aurait été malheureux d’apprendre que les siens étaient allés demander de l’aide à ceux qu’il a combattus et de qui il revendiquait une relation d’égal à égal.


Les hommes politiques ensuite: Mais quels hommes politiques? Jean Jacques Ekindi et Anicet Ekane, entre autres, étaient bien au lieu des cérémonies.
Mais n’ont pas demandé à prendre la parole. Adamou Ndam Njoya, qui a eu le privilège de côtoyer le défunt lors de son dernier et dramatique séjour à Washington a su rester digne dans son propos. Mais les autres? Des politiciens à la petite semaine, au discours brouillons et inopportuns et aux gestes tatillons, qui ont cru profiter de la tribune de ces obsèques si médiatisés pour s’offrir une visibilité impossible. Avec des mots qui ne se disent pas dans pareille circonstance, par respect pour le mort que l’on disait être son ami. Allant même jusqu’à prendre des engagements pour le journal Le Messager dont on parie qu’ils n’apporteront aucune aide au personnel qui, auparavant, avait exprimé ses doutes et ses appréhensions.
Le pouvoir enfin. Pourquoi a-t-on cru que les choses pouvaient changer? Que, en faisant un message de condoléance et un geste d’appui logistique, même sur la demande empressée d’une partie de la famille, Paul Biya avait voulu comme marquer le début d’une ère nouvelle entre le pouvoir et la presse. Albert Mbida, le représentant du ministre de la Communication, avait indiqué ce chemin, reconnaissant lui-même qu’il s’était trompé autant sur le culte de la «diplomite» dans la profession de journaliste que sur les qualités intrinsèques d’un homme plus cultivé qu’on ne le croyait.

D’où est donc venue l’idée au gouverneur de la région de l’Ouest d’interdire de parole Célestin Monga, invité à venir faire l’éloge funèbre du défunt, comme cela se fait dans toutes les cérémonies de ce genre? Voulait-il éviter que quelqu’un parlât après la lecture du message officiel de condoléances du chef de l’Etat? Ce serait incongrue pour une cérémonie qui n’a jamais revêtu un caractère officiel – le chef de l’Etat ne s’y est pas fait représenter – et qui a accepté la présence d’autorités administratives et politiques, compte tenu de la notoriété du disparu. Le gouverneur redoutait-il une autre envolée verbale de Célestin Monga dont les combats avec le système Biya ne datent pas d’aujourd’hui? Il a alors eu tout faux, l’éloge funèbre, comme l’indique son intitulé, s’étant borné à retracer le magnifique parcours professionnel et les circonstances de la mort de Pius Njawe. Ironie de l’Histoire, c’est ce témoignage de première main qui a permis, s’il en était encore besoin, d’écarter toute idée de mort suspecte de Pius Njawe.
Le gouverneur a simplement illustré la fébrilité actuelle du système Paul Biya: Coupé totalement d’une population paupérisée, il redoute tout et construit la force de ses dernières heures sur la hantise du complot ou du soulèvement permanent. Ce que n’arrêtait pas de dénoncer Pius Njawe de son vivant.

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