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LE BLOG DE CYEK

Encore Elecam !

18 Octobre 2010, 17:16pm

Publié par Cyrille Ekwalla via Alain B. Batongué (Mutations)

Qu’on ne nous accuse surtout pas de faire de la surenchère ou, encore moins,

de l’acharnement à propos de ceux qui, autour du président de la République, préparent ses actes pour en assurer la cohérence, la pertinence, la régularité juridique et l’opportunité politique. Mais qui ne voit que le dernier épisode autour de Elections Cameroon (Elecam, dont on vous parle abondamment en page 5 de ce journal) révèle manifestement qu’il y a au moins un dysfonctionnement quelque part, pour ne pas oser évoquer l’hypothèse d’une malicieuse manipulation ?


Il y a quelques temps, nous attirions l’attention sur la nomination pour le moins problématique d’un nouveau secrétaire général à la Chambre de Commerce, de l’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun par un décret du chef de l’Etat, alors en contradiction avec les textes régissant cette institution, pourtant validés par le président de la République en personne. A l’époque, nous nous demandions s’il s’agissait de l’incompétence, de la désinvolture ou de la malice… Alors qu’on pouvait s’attendre au retrait pur et simple de cet acte administratif manifestement illégal, on a assisté à un tour de passe-passe, à une gymnastique juridique qui a finalement consisté à faire valider la semaine dernière par les instances habilitées la nomination querellée, au prix d’arrangements financiers dont le montant peut laisser pantois, ou donner des idées pour d’autres forfaitures similaires.


Deux mois ne se sont pas écoulés que voici une situation sans doute plus problématique au regard de l’importance des enjeux : le texte constatant la mise en place effective de Elecam, signé et rendu public vendredi dernier. Certes, la loi relative à cet organe ne prescrit pas au président de la République un délai pour constater cette mise en place effective, ne conditionne pas le fonctionnement de Elecam à la publication de ce décret, et n’assortit pas formellement la non observance de cette procédure de sanctions allant, comme on a pu l’entendre ça et là, jusqu’à la nullité de tous les actes posés jusque-là par Elecam. Mais la question, plus politique, demeure : pourquoi avoir attendu ces derniers jours, après les démarches judiciaires du Social democratic front (Sdf, dont la requête a été jugée recevable par la Chambre administrative de la Cour suprême) pour se réveiller brutalement et enfin signer ce texte dans une bien perceptible précipitation et un curieux embarras ?
Paul Biya avait avoué en mars 2008, au lendemain des événements de triste mémoire de février de la même année, que ses principaux collaborateurs avaient fait preuve d’imprévision. Cette imprévision, qui se traduit de plus en plus en une absence de veille permanente sur les dossiers, textes et activités du chef de l’Etat, aurait-elle envahi son propre environnement administratif immédiat ? A moins qu’il ne soit lui-même responsable de cette inertie qu’il dénonce à chaque occasion ? Le long communiqué du ministre d’Etat, secrétaire général à la présidence de la République accompagnant le très bref décret du chef de l’Etat exprime au moins un embarras et une volonté de se dédouaner qui ne rassure pas.


Mais la grande leçon de la signature de ce décret et sa publication vendredi 15 octobre dernier semble ailleurs. Cet acte du chef de l’Etat montre que, contrairement aux dénégations récurrentes, la mobilisation de Elecam est étroitement dépendante du président de la République, dépendance qui a elle-même été organisée par la loi. Or, à ce jour, Elecam est manifestement tiraillée de l’intérieur entre deux feux. Entre ceux qui veulent et souhaitent en faire un rouage effectif et essentiel de la transparence électorale et ceux qui ont compris qu’ils n’y ont été affectés que pour jouer le jeu de la transparence, sans cependant risquer de remettre en cause le statu quo.
Après le «péché originel» de la nomination controversée des tout premiers membres du conseil électoral en décembre 2008, puis la fameuse affaire ayant impliqué le président du conseil électoral et qui, à ce jour, n’a jamais été élucidée publiquement et officiellement, Elecam aurait pu se passer de cet autre caillou dans sa chaussure, au moment où la structure croyait avoir fait le plus dur en lançant une opération d’enregistrement sur les listes électorales qui commençait à grappiller ses premières adhésions massives.


La grande hantise (mais qu’on ne nous accuse pas de dessiner le diable sur le mur) serait de penser que la plus haute autorité de ce pays, pour les raisons du contrôle du processus électoral soulignées plus haut, ne s’organise pour saboter le travail de Elecam et la fragiliser pour justifier l’utilisation d’une autre prérogative (peu connue du grand public) qui lui est octroyée par la loi et qui consiste en la suppression des activités de Elecam s’il se rendait compte qu’il n’accomplit pas bien ses missions. Une telle occurrence n’est donc plus à écarter du fait à la fois du climat d’imprévoyance autour du chef de l’Etat, et des batailles au sein de Elecam pour le contrôle du processus électoral.
Au moment où un pays comme la Côte d’Ivoire surmonte héroïquement une crise institutionnelle de 10 ans et s’apprête à organiser une élection présidentielle transparente et civilisée, il serait tragique de marquer une si douloureuse marche en arrière qu’une vigilance patriotique peut encore permettre d’éviter.

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