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LE BLOG DE CYEK

DIASPORA CAMEROUNAISE : L’échec annoncé d’une mission sans objet

27 Mai 2010, 12:44pm

Publié par Cyrille Ekwalla

On ne peut pas être surpris par le sanglant désaveu que vient de subir la « Mission Wonyu » de la part du Minrex Eyebe Ayissi. Au sujet de la mission proprement dite, mais aussi des propos prêtés à plusieurs membres de cette délégation. En effet un quatuor de hauts-fonctionnaires, Emmanuel Wonyu (Chargé de Mission à la Présidence de la République, accessoirement Chef de la  Délégation), Mme Ebongue (Attaché aux services du Premier ministre), Thomas Fozein (Division des Camerounais de l’Etranger au Minrex) et Albert Mbida (Inspecteur Général au Mincom), sillonne un certain nombre de pays européens et nord-américains depuis le 27 avril  dernier à la rencontre des camerounais. Avec pour objectif affiché : parler de l’état d’avancement des promesses du Chef de l’Etat aux « camerounsais de France » en juillet 2009 ; à savoir la prise en compte de leurs doléances : l’acceptation de la double (ou multi) nationalité et l’exercice du droit de vote desdits camerounais. Faut-il ici rappeler que ces doléances ne sont pas nouvelles, et que cela fait partie des revendications des camerounais de l’étranger depuis l’ère Ahidjo ?

« Mission d’Etat » selon le chef de délégation Emmanuel Wonyu, ceci pour probablement marquer « l’importance que le Chef de l’Etat accorde à cette mission », le soufflé semble s’être dégonflé. Alors que de Birmingham, à Paris, en passant par Anvers, Montréal, etc… les missi-dominici du gouvernement camerounais n’ont eu cesse de rappeler que « …ces  doléances de la diaspora n’étaient plus qu’une affaire de temps », voilà que le ministre des Relations Extérieures, donc en partie, en charge des camerounais de l’extérieur, désavoue complètement les missionnaires d’Etat camerounais. Il a déclaré : « Il n’en n’est rien. C’est une décision qui dépend du chef de l’Etat. S’il l’a dit, c’est qu’il s’est avancé sur une chose qu’il ne connaît pas. Mais ca m’étonnerais qu’il l’ait fait. Il n’y a pas de projet de loi. Ce qui existe c’est ce que le chef de l’Etat a dit à Paris ». Il réagissait ici aux propos attribués par l’hebdomadaire Jeune Afrique à Thomas Fozein, un des membres de la délégation, qui aurait dit à Paris le 15 mai, que ce travail de refonte du code de la nationalité avait été effectué et qu’il « Ne reste plus qu’à déposer le projet de loi à l’Assemblée nationale ». Trois jours plus tard, le 18 mai, voici ce quil exactement déclaré à Montréal « … ces deux sujets sont entre les mains de technocrates qui y travaillent encore et selon leurs premières conclusions et propositions, les camerounais de l’étranger ne pourront prendre part qu’aux élections présidentielles et référendaires… ». Quant à la doléance sur la nationalité, il a dit « …le code de la nationalité devra être modifié […] il faudra même aller au-delà de la double nationalité et penser multi-nationalité. […] Une fois, le travail des technocrates terminé, leur travail sera remis au Chef del’Etat, mais comme il s’agit d’un texte législatif, cela passera forcément par l’Assemblée Nationale. ». Et de rappeler aux uns et aux autres d’être « vigilant et à l’écoute de la prochaine session parlementaire au mois de novembre ». Alors qui croire ? La question mérite d’être posée, tant il est vrai que ce gouvernement ou ses membres ne sont plus, depuis longtemps, à une incohérence près ; l’agrégation des actions étant un mode de fonctionnement tabou chez eux.

De toute façon, dès le départ, cette mission était viciée de par son objet, non ou mal défini. Etait-ce une mission d’information ? Une mission d’échange ? Ou même une mission d’observation ? Quelle était la cible ? Ces questions ne semblent pas avoir été définies dès le début d’où la cacophonie qui a suivi, mettant ainsi à mal l’objectif ou les objectifs de cette mission. Et l’action d’éclat du Code à Birmingham n’a fait que renforcer ce sentiment. C’est à cette occasion que nous avons découvert un nouvel interlocuteur du gouvernement « Les associations culturelles et les leaders d’opinion ».

Comment justifier que « le droit de vote » ou encore « l’acceptation de la multi nationalité » qui sont des questions éminemment politiques soient débattues avec des « associations culturelles » ? Surtout qu’au Cameroun, « Culturel » doit s’entendre « Tribal » ? Qui détermine la qualité de « Leader d’opinion » à tel ou tel individu dans les différentes composantes de la dispora camerounaise ? Sont-ce les artistes ? Les intellectuels ? Les gens d’affaires ? Les journalistes ? Les personnalités politiques ? Ils n’ont pas été invités ; ou pour ceux qui l’ont été, ce fut sous la houlette de leurs associations tribales respectives ou dû au hasard.  

Si l’intention du gouvernement ou plutôt du Président de la république, sujet et objet de tout au Cameroun, est d’entamer un dialogue avec la diaspora, de tenir compte de l’apport de la diaspora dans le développement du Cameroun, de ne pas ou plus faire des camerounais de la diaspora des camerounais à part… ceci en voulant leur accorder ces droit (le choix de prendre une autre nationalité sans renier son indéfectible appartenance au Cameroun ; ou encore le droit de prendre part, à travers le vote, au débat public au Cameroun) – si telle est l’une des ses « grandes ambitions », il nous semble que dans une optique constructive et intellectuellement honnête, l’Etat camerounais, à travers ses représentations diplomatiques se doit de reconnaître et d’admettre, voire d’encourager en diaspora l’existence d’associations professionnelles, mais aussi des associations citoyennes et politiques – sans exclusive – et qui peuvent tenir lieu d’interlocuteurs crédibles, si tant est qu’on souhaite vraiment « un débat franc et honnête » comme le prétendait le chef de délégation Emmanuel Wonyu, mais qui, malheureusement au cours de la discussion, a très vite retrouvé les réflexes naturels des apparatchiks : autoritarisme et condescendance. Si tel est son désir, que cesse la marginalisation au sein de certaines représentations diplomatiques des mouvements ou associations qui ne partagent pas les mêmes idées politiques que la sienne, le devenir du Cameroun n’étant pas une exclusivité du Rdpc ou de ses affidés. Là où cette marginalisation n’existe pas, par exemple à Montréal, le débat d’idées, la recherche de solutions est possible, sans que cela ne fasse l’objet d’un film sur Youtube.

En définitive, au-delà de la dénégation ministérielle, ce type de missions existera et trouvera toujours justification, tant et aussi longtemps qu’ils trouveront lors de leurs différents passages, des individus avides, cupides qui se détacheront des combats et doléances collectives pour quémander ici et là des faveurs sur le plan individuel, et anihileront ainsi un combat, qui va bien au-delà des égoismes et intérêts personnels. Ainsi va le Cameroun, même en diaspora. Mais comme dit l’adage populaire « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

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