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LE BLOG DE CYEK

Décembre 2012 : Le dernier Ngondo de la Base Elf

4 Décembre 2012, 01:09am

Publié par Frank Essomba (Le Messager-Cameroun)

ngondo1.jpgC’est un Ngondo en deuil qui a fait ses adieux le 2 décembre 2012 à la Base Elf de la rive droite du Wouri. D’ici décembre 2013, la Communauté urbaine de Douala devra trouver et viabiliser un autre site pour la célébration la plus pittoresque de cette fête de l’eau qui draine du beau monde dans la métropole économique du Cameroun chaque année au mois de décembre. 

Fortement marqué par le décès du prince René Douala Bell qui a quitté la scène aux aurores du 06 novembre 2012, le Ngondo a perdu d’autres dignes fils sawa emportés par la mort au cours de l’année qui s’achève. Parmi eux figurent Diwouta Mbengue de Bonambela, ancien délégué regional de l’Education de base pour le Littoral, Charles Dalle, de Bonapriso, talentueux communicateur et Christian Essawè Eyobo de Bonassama. Ce dernier est décédé à Paris il y a quelques jours. Sa dépouille a été acheminée à Douala jeudi dernier pour être inhumée samedi prochain 8 décembre. 

Il faut souligner que ces trois accompagnateurs du prince Réné Douala Bell, comme élites ont su apporter chacun dans un domaine précis, une touche particulière dans la communauté sawa et pour le rayonnement du Ngondo. Diwouta Mbenguè en était le secrétaire général adjoint. Charles Dallè réussissait à surmonter les écueils les plus perfides pour donner une visibilité à la communication de l’institution. Sa disparition cette année a été durement ressentie. En dehors des cantons Akwa et Bakoko où des bonnes volontés ont su jouer ce rôle, les médias et le public n’ont pu accéder aux résultats des différents concours. L’économiste Essawè Eyobo emporte ses pertinentes analyses et sa disponibilité rarement prise à défaut. 

Quant au roi parti, il était avec Sa Majesté Madiba Songuè du canton Bakoko l’un des rares autour de qui les vents de la contestation étaient peu perceptibles. Mais le seul à ne pas faire dans la dentelle pour défendre les intérêts de la communauté des Sawa du Wouri notamment. Certaines autorités administratives qui sont passées par Douala ont gardé de lui un amère souvenir. Surtout un certain Jean-Marcel Mengueme, alors gouverneur du Littoral et préfet du Wouri. Il a vu périr deux de ses enfants dans les eaux du fleuve après une altercation avec ce « petit » prince. Effet du hasard ou coup mystique ? Son dernier coup d’éclat aura été la marche pacifique organisée à Douala pour réclamer un site pour la construction de l’immeuble-siège du Ngondo. Le chef de l’Etat donnera une suite favorable à cette démarche. C’est aussi lui qui a conduit il y a 3 ans, le Ngondo sur les rives du Saint-Laurent au Canada. Une expérience que des rivalités intestines ont vite fait de plomber. 

Janeangondo.jpgL’une de ses plus grandes fiertés était d’avoir transformé le Ngond’a duala en Ngond’a sawa. Même si cette louable ambition ne fait pas l’unanimité sur toute l’étendue de l’aire géographique allant de Campo à Mamfé. La fronde en 2011 de Sa Majesté Sosso Bekombo du canton Pongo de Dibombari en est une cinglante illustration. En effet au cours de la tournée des cantons, le chef supérieur de ce canton a fermé l’entrée de son fief à la caravane communautaire. Il signifiait par ce geste peu fraternel le mécontentement des Sawa du Moungo qui reprochent à leurs cousins du Wouri d’avoir confisqué la direction du Ngondo. Un incident qui rappelle les guerres fratricides d’autrefois entre les Pongo et les descendants d’Ewale. Des guerres dont les héros légendaires sont : Malobè, le colosse des Pongo et Ngominga, le titan de Japoma adoubé pour la circonstance, l’intendant Moukouri de Douala et son homologue pongo du nom de Makata Mbanguè. Plusieurs fois, les Sawa du Wouri l’auraient emporté. Avec beaucoup de dégâts à la clé. 

A côté de ses victoires, René Douala Bell aura essuyé des échecs dans les successions à problèmes dans son canton. Sa propre famille n’en est point épargnée. En marge des préparatifs de ses obsèques, sa succession se déroule plus dans les médias qu’au sein des Bonamanga, la famille régnante. De son vivant, il a désigné son second fils Jean-Yves Eboumbou pour prendre le sceptre, le moment venu. En attendant que la famille confirme ou infirme ce choix, c’est de Bonambappè, de l’autre côté du fleuve que résonne une déclaration en solitaire sans la présence d’un seul notable, ni du canton Bell, ni du canton Bèlè Bèlè. Même le prince désigné n’était de la partie. A Bali, certains trouvent que le prince Kum’a Ndumbè III, auteur de cette déclaration lance une provocation qui en ajoute à la cacophonie ambiante. Surtout que pour certains Bellois, « cet héritier est un illustre inconnu dont on ne connaît ni le cursus académique, ni la situation familiale et peu visible hors de la concession familiale ». N’a-t-il pas confié au Messager qu’il ne maîtrise pas la langue de ses ancêtres ? Des choses et d’autres. 

Outre, les querelles dynastiques, le prince Réné Douala Bell s’en va alors que l’immeuble-siège du Ngondo dont la réalisation aura été l’un de ses derniers combats n’a jamais dépassé le niveau de la première pierre posée il y a deux ou trois ans ; les litiges fonciers à Essenguè, Youpwè et Dindè (Bois des singes). Ici et là, l’Etat et des particuliers s’installent pêle-mêle pendant que les dossiers de demande d’immatriculation de la communauté prennent poussière dans les tiroirs au Mindaf. Le litige qui fait le plus de bruit en ce moment est celui du site de la Base Elf concédée par l’Eat, après des attermoiements, au richissime Nigerian Aliko Dangote qui a exigé cet endroit pour construire sa cimenterie. Des raisons farfelues d’économisme ont amené l’Etat à déguerpir le Ngondo presque sans management. Raison pour laquelle les jeunes Sawa ont refusé de se rendre à la Base Elf hier matin pour, disent-ils, « ne pas prendre part à la mise en bière du Ngondo » 

Voilà le Ngondo et la communauté sawa que laisse le prince René Douala Bell, un peu à l’image d’une berge marécageuse où le premier venu peu aisément amarrer son embarcation. Même en pataugeant dans la boue de la corruption et des compromissions les plus abjectes qui ont amené son grand père Rudolf Duala Manga, son plénipotentiaire Ngosso et bien d’autres patriotes camerounais à la potence ou devant les pelotons d’exécution de l’armée colonialiste allemande. 

 Voici ce qu’il dit lui-même de tout ce désordre dans une de ses œuvres biographiques :

« René Douala Manga Bell, dans ses premières 36 années de règne, a su, dans diverses circonstances politiques et citoyennes quelques fois difficiles, préserver l’indépendance et le poids de son autorité traditionnelle. Douala, son village, est aujourd’hui une ville de près de deux millions d’habitants, la capitale économique d’un Cameroun lui-même poids lourd économique de l’Afrique centrale, et porte d’entrée et de sortie pour toute la sous-région. 

Dans un tel contexte de mondialisation, comment continuer à faire vivre la tradition, comment préserver, face à l’inévitable spéculation foncière, le domaine communautaire traditionnel » ? 

Pathétique ! Mais forte interpellation surtout en direction d’un successeur mûrement préparé pour ramasser un sceptre qui pèse lourd pour un héritier peu ou prou médiatisé

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