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LE BLOG DE CYEK

Corruption:Un ministre s’oppose à la Conac

14 Octobre 2010, 09:52am

Publié par Cyrille Ekwalla via Valentin Siméon Zinga (LNE)

Bernard Messengue Avom conteste la validité d’une mission de la Commission nationale anticorruption dépêchée au ministère des Travaux publics. Et saisit le Premier ministre et la Présidence de la République.

Les faits
Ayos-Bonis   Un ministre roule à contresens de la Conac

C’est un dossier au carrefour de bien lourds enjeux. Tout commence avec la constitution, il y a quelques semaines, d’une mission de la Commission nationale anticorruption (Conac), auprès du ministère des Travaux publics. L’organe de lutte contre la corruption, aura été vraisemblablement saisie des cas de dénonciations, relatives, selon des sources dignes de foi, à des pratiques présumées d’arnaque, et de corruption dans le cadre des travaux de bitumage de l’axe Ayos-Bonis. 

Selon l’équipe qu’il dépêche auprès des services de Bernard Messengue Avom, conduite par Garga Haman Adji, connu pour son impitoyable pêche aux baleines. L’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative compte dans ses effectifs deux cadres du ministère délégué à la présidence chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, suite à une requête adressée par la Conac à Siegfried David Etame Massoma.  Littéralement « surpris » par la mission Garga Haman, le ministre des Travaux publics s’ouvre de son étonnement à son collègue du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe). Ce-dernier s’abrite habilement derrière la sollicitation de la Conac. Rideau.

Les acteurs de l’équipe Conac/Consupe  rentrent en scène. Sans grand bruit. Selon toute probabilité, ils se sont passé le mot, en forme de précepte : « Il ne sert à rien de faire de la publicité autour d’une simple mission avant même qu’elle ne s’achève et qu’elle ne révèle d’éventuels dysfonctionnements ». Il n’empêche. Courant septembre, un rapport de la mission Conac/Consupe est disponible. Il circule, semble-t-il, dans les couloirs de la Conac et les allées du pouvoir. Bernard Messengue Avom en est-il informé ? En a-t-il obtenu copie ? Toujours est-il que le ministre des Travaux publics décide de saisir les hautes autorités de la République de ses réserves - un doux euphémisme, selon des sources informées.

Suggestions

Le ministre Bernard Messengue Avom écrit au Premier ministre. Il fait aussi parvenir à la présidence de la République une copie de sa correspondance adressée à Philemon Yang, et dans laquelle il dénonce ouvertement le peu de cas fait à la nécessité de la confrontation dans le document qui circule. Entre les lignes : le ministre considère que l’équipe Conac/Consupe ne lui a pas donné l’opportunité de s’expliquer. Ce n’est pas tout. Bernard Messengue Avom y va de ses suggestions. Il propose le recrutement d’un cabinet réputé indépendant pour un audit du bitumage de l’axe Ayos-Bonis.  Problème : des voix se demandent comment s’assurer de la neutralité d’un tel cabinet payé par… le ministère des Travaux publics.

Quoi qu’il en soit, cette option du ministre des Travaux publics ne faisait plus, - à son niveau tout au moins - l’objet de quelque débat. La preuve : le 10 août 2010, Bernard Messengue Avom publie un « Avis à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un BET ou Cabinet d’audit chargé de l’audit technique et financier des travaux de construction de la route Ayos-Bonis lots 1 et 2 ». Selon des explications officielles au ministère des Travaux publics, « cette procédure, commandée par les retards et autres dysfonctionnements observés dans l’exécution du projet, vise au moins deux choses : soumettre à un contrôle de gestion et d’exécution des objectifs toutes les parties prenantes du projet ; permettre une évaluation définitive des études, coûts et délais initiaux dépassés (…) ».

La route vers l’aboutissement du projet aura tout, sauf une ligne droite. Avec ses pics et ses creux. Illustrations : la construction de la route Ayos-Abong Mbang, confiée à l’entreprise Pantechniki Sa en plus d’avoir connu une interruption entre mars et novembre 2009, «  pour épuisement de crédits », a vu son coût s’élever de plus de 16 milliards F Cfa à près de 30 milliards. Indicative aussi : la construction de la route Abong Mbang - Bonis, assurée par le groupement  Pantechniki Sa - Edok Eter Cameroun SA, était créditée d’un taux d’avancement des travaux de 65% au 30 mai 2010, et son coût tournait autour de 28 milliards F Cfa alors que le scénario originel situait l’enveloppe à un peu plus de 21 milliards F Cfa. Question : qu’est-ce qui de la mission Conac/Consupe, de l’audit des travaux ou encore des montages financiers du gouvernement pour parachever les travaux, rentrera dans l’histoire comme le vrai tournant de ce feuilleton au long cours ?

Commentaire :
Au croisement de la gouvernance et de la politique

Autant le dire : les enjeux qui traversent la construction de la route Ayos-
sont de plusieurs ordres. Ils tiennent pour une part à la crédibilité de la Commission nationale anticorruption, qui tente de faire oublier une époque où le procès de son inertie était instruit par une opinion avide d’actes symboliques destinés à montrer la détermination des autorités de Yaoundé à mener une lutte sans merci contre la corruption. Avec la spectacularisation de ses modes d’intervention, la (sur)médiatisation de ses procédures, l’extension de ses centres d’intérêt au-delà des «petites affaires », la Conac est engagée dans un processus plus ou moins méthodique de construction de sa crédibilité. Ce faisant, et en l’espèce, il n’est pas exclu que l’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, qui a conduit la mission auprès du ministère des Travaux publics, et qui tient une solide réputation de « chasseur de baleines », joue aussi sa respectabilité et sa notoriété personnelles. Autant dire que la qualité de la mission - et donc de son rapport - n’est pas un paramètre négligeable.
 
Il y a plus. En saisissant le Premier ministre et la présidence de la République de ses protestations, le ministre des Travaux publics ouvre la voie au moins à une disqualification des instances jugées intéressantes dans le dispositif institutionnel de lutte contre la corruption, et peut-être, à un embarras au sein de l’appareil gouvernemental. Ce n’est pas le moindre des enjeux que charrie ce dossier, dont les répercussions politiques sont connues : l’alternance des phases de freinage et d’accélération des travaux relatifs à ce projet, voire carrément ses arrêts, sont parvenus à mobiliser des élites désabusées et à fédérer les énergies revendicatives de la province de l’Est autour d’actions notoirement bruyantes. A quelques mois de l’élection présidentielle prévue pour 2011, on est loin du terminus de cette affaire…

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