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LE BLOG DE CYEK

Commandement opérationnel :Les « 9 » de Bépanda réfugiés au Nigeria

3 Novembre 2010, 06:25am

Publié par Cyrille Ekwalla via David Nouwou (LNE)

C’est la grande révélation contenue dans un rapport que le gouvernement du Cameroun a récemment adressé à la commission des droits de l’homme des Nations unies.

 

La nouveauté dans cette triste affaire qui remonte à 10 ans déjà est la révélation du gouvernement Camerounais selon laquelle, les neuf adolescents qui avaient été enlevés par les forces de l’ordre de leurs maisons à Bépanda, un quartier populeux de la capitale économique du Cameroun, est qu’ils s’étaient réfugiés au Nigeria voisin. Ceux qui suivaient cette affaire, avaient globalement retenu une version. A savoir que le 23 janvier 2001 au petit matin, neuf jeunes gens du quartier Bépanda de Douala sont arrachés à leur sommeil par des gendarmes conduits par un certain capitaine Abah Ndzengue. Ces hommes agissaient dans le cadre du Commandement opérationnel, une unité spéciale que le président de la République du Cameroun, Paul Biya, avait créé à Douala en février 2000 pour lutter contre les gangs de malfrats qui avaient déjà pris les populations de la ville en otages.
 

 

Commentaire : Curiosités

Dans le rapport du gouvernement, il ressort qu’après ce qui est présenté comme évasion des « neuf de Bépanda », « des patrouilles ont sillonné pendant plusieurs heures l’intérieur du camp, ses environs, ainsi que la façade maritime et les routes bordant la base navale. En effet, des malfaiteurs sont coutumiers de ces lieux où ils empruntent généralement des pirogues pour s’enfuir vers le Nigeria. Le cerveau présumé de cette évasion, un certain Podga, avait été arrêté la semaine précédant ces événements, après une évasion, alors qu’il essayait précisément de se rendre au Nigeria au moyen d’une pirogue ». Cette version des faits suggère au moins trois commentaires : premièrement, le gouvernement signale une façade maritime à proximité du lieu de détention des « 9 ». Or, il est notoirement connu qu’ils étaient gardés au quartier général du commandement opérationnel logé dans l’enceinte des services de la deuxième région militaire, sur le plateau Joss, au cœur du quartier administratif de Bonanjo à Douala. Ceux qui connaissent la ville de Douala vont chercher en vain une façade maritime à côté de « Kosovo ». Deuxièmement, le gouvernement parle aussi des « routes bordant la base navale ». La base navale dont il peut être question ici est le camp des forces navales au bord du fleuve Wouri, dans la zone portuaire. A 2 km plus loin. Autant il est inimaginable qu’une telle évasion massive ait lieu dans l’enceinte du camp du commandement opérationnel hautement sécurisé, autant la sécurité à la base navale rend pratiquement impossible l’évasion, même d’une souris, par la mer. Il est tout aussi curieux que le rapport insinue que les évadés se sont enfuis par pirogue. Vers le Nigéria. Là aussi, difficile de comprendre comment ils auraient pu partir de Douala, en longeant les côtes camerounaises, en principe dans une embarcation de fortune, jusqu’au Nigéria, sur près de 500km. Et que même si par extraordinaire ils étaient partis de la Base navale, comment exclure d’emblée qu’ils aient pu trouver refuge ailleurs que dans ce pays ? Beaucoup de questions encore en suspens et dont on aura du mal à trouver les réponses.

Des sympatisants des "9"

Ces jeunes sont Kueté Fabrice Romain, Kuete Jean Chatri, Chianain Eric, Etaha Marc, Ngouffo Fréderic, Tchiwan Jean Roger, Chia Ephesians, Charles kouotou et Elysée Kouotou. Ils sont d’abord conduits à la légion de gendarmerie du Littoral au quartier administratif de Bonanjo. Certains d’entre eux reçoivent  la visite de leurs familles. Jusqu’au 26  janvier lorsqu’ils sont  transférés au tristement célèbre « Kosovo », le quartier général du Commandement opérationnel, situé dans l’enceinte du siège de la deuxième région militaire interarmées du Cameroun. C’est à partir d’ici que leurs familles n’ont jamais réussi à les rencontrer ou à obtenir leurs nouvelles. Pendant tout ce temps, les militaires les rassurent, qu’ils sont en santé, mais que c’est leur exploitation par les enquêteurs de l’armée qui est très serrée.

Par la suite, des informations alarmistes ont commencé à filtrer que les  pauvres enfants avaient été extraits de leur cellule et exécutés dans une forêt non loin de Douala. En lieu et place de certains dangereux malfrats qui auraient négocié leur libération à prix d’or. Le Commandement opérationnel avait toujours nié cette version des faits. En s’agrippant sur la thèse de l’évasion. Dans une forteresse militaire où une poule aurait du mal à s’échapper, même en volant. La nouvelle de cette exécution avait produit un effet de tonnerre dans l’opinion publique nationale et internationale, particulièrement dans les mieux des organisations de défense des droits de l’homme qui ont exercé une forte pression sur le gouvernement camerounais pour faire la lumière sur ces disparitions suspectes. Le 20 mars 2001, le gouvernement camerounais est obligé de prescrire une enquête. Le procès est ouvert au tribunal militaire de Yaoundé le 23 avril. En juillet 2002, les militaires cités comme responsables de la disparition de ces jeunes sont déclarés non coupables pour les uns et condamnés à des peines de principe pour les autres. Et l’affaire classée sans suite, côté gouvernement camerounais.

 

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