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LE BLOG DE CYEK

Cameroun : État fragile ?

26 Mai 2010, 14:12pm

Publié par Cyrille Ekwalla

Dakar/Nairobi/Bruxelles  |   25 mai 2010

L’apparente stabilité du Cameroun est trompeuse : même s’il parvient à faire face aux défis qu’il doit relever à court terme, une détérioration de la situation sur le long terme pourrait provoquer des violences civiles.

Cameroun : Etat fragile ? ,* le dernier rapport de fond de International Crisis Group, examine l’histoire du Cameroun, sa politique contemporaine et les relations entre les principaux groupes sociaux du pays. Ce rapport met en lumière des sources d’instabilité potentielle et démarre une réflexion sur la manière de les appréhender. Depuis 1945, les périodes de stabilité apparente ont été entrecoupées de crises violentes. Pendant longtemps les problèmes ont été masqués sans être réglés, les frustrations engendrées aboutissant ensuite à des explosions de violence. A présent, le projet de construction de la nation part en lambeaux tandis que l’économie stagne et que le chômage et les inégalités ont augmenté. A cela s’ajoute la faiblesse et le morcellement des mouvements potentiels d’opposition, incapables de canaliser une colère croissante de la population.

« L’éventuelle capacité du Cameroun à jouer un rôle positif dans la région et à éviter d’être entraîné dans toutes sortes de conflits transfrontaliers dépend de l’amélioration de la gouvernance et de sa capacité à traiter les sources d’instabilité à l’intérieur de ses frontières » selon Richard Moncrieff, directeur du projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. « Le Cameroun est d’une importance vitale pour la sécurité de la région ».

Les institutions du Cameroun sont faibles ; de multiples risques de conflit existent. Le régime continue à réagir selon de vieux réflexes conservateurs alors que les expériences et les attentes de cette population jeune ont évolué. L’opposition politique est affaiblie par des dissensions internes et par l’érosion de l’espace démocratique, ce qui ne laisse dès lors que très peu de moyens d’exprimer un mécontentement légitime dans l’espace public. Les fractures au niveau national et les tensions ethniques manipulées à des fins politiques mettent réellement en danger la cohésion nationale. L’instabilité des régions à l’Est et du golfe de Guinée mettent à l’épreuve la capacité des autorités à réagir de manière cohérente.

Ces dangers sont exacerbés par l’absence de volonté du gouvernement d’engager un dialogue ou de négocier avec n’importe lequel des multiples mouvements d’opposition au régime. Sa réaction naturelle est toujours de coopter ceux qu’il peut acheter et de traiter ceux qui s’y refusent comme des groupes illégitimes et subversifs. Des emplois, de l’argent et des passe-droits sont distribués selon la loyauté prouvée au régime. De plus, la justice est largement politisée. La possibilité d’une transition démocratique est mince.

Pour le moment, ces tensions sont contenues, mais l’éventualité d’une crise d’ampleur nationale alimentée au niveau local n’est pas à exclure. Par le passé, les troubles émanaient soit de la rue, soit du palais. Si les deux éléments se combinent, les troubles à un niveau pourraient se multiplier à travers le pays, au fur et à mesure que d’éventuels entrepreneurs de la violence exploitent ces opportunités pour retourner les communautés les unes contre les autres. Un changement de président serait l’étincelle la plus à même de mettre le feu aux poudres dans le pays. Le risque est particulièrement présent, étant donné qu’après avoir connu seulement deux présidents en 50 ans d’indépendance, il y a un sentiment répandu selon lequel le prochain dirigeant restera longtemps au pouvoir. Les enjeux ne pourraient être plus importants.

« Il faut que l’élite camerounaise s’en tienne aux règles, y compris celles qu’elle a elle-même mises en place. Alors que les aspects formels de la démocratie sont importants, les fondations, elles, ont besoin d’être reconstruites, ce qui requière un changement fondamental d’esprit » selon François Grignon, directeur du programme Afrique de Crisis Group. « Sans ce radical changement d’attitude du pouvoir, la distance entre les attentes de la population et le refus de changement du régime pourrait s’avérer insurmontable et mettre en cause la stabilité si souvent louée du Cameroun ».

(c) International Crisis Group

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