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LE BLOG DE CYEK

Cameroun : Enquête sur la crise du Maquereau

13 Octobre 2010, 15:08pm

Publié par Cyrille Ekwalla via Le Jour

Maquereaux_etal.jpgDouala : 500 et 1.000 F.Cfa le tas de maquereaux : Au marché central, les revendeurs dénoncent les grossistes qui leur vendent ce poisson au même prix qu’au consommateur final.

Il y a du maquereau à gogo sur les étals. « Surtout la gamme dorée que tout le monde appelle oya oya », précise Joseph Deudjui, posté derrière sa table au marché central de Douala.

Du coup, le secteur du poisson grouille de monde ce matin du lundi 11 octobre 2010. Les trois dernières semaines ont été difficiles. Le maquereau était rare. Très rare même. Les prix ont d’ailleurs flambé. « La bonne marchandise » est à nouveau disponible à des prix raisonnables. Ici, on n’utilise pas de balance. Les mêmes prix sont repris à tue-tête par les vendeurs. 500 F.Cfa le tas de trois ou quatre petits maquereaux qui constituent la variété 25+. 1.000 F.Cfa pour trois ou quatre gros poissons, la gamme 25+. « Le tas de 500 F.Cfa représente 700 ou 800g. Le tas de 1.000 F.cfa pèse environ 1,2k », explique Joseph. Ces prix sont à peu près les mêmes dans les poissonneries alentour. 800 ou 850 F.Cfa le kg de maquereaux 25+. Le kg du 20+ est vendu à 700 ou 750 F.Cfa. Quelques jours plus tôt, les prix affichés étaient de loin plus élevés. Le kg de maquereaux a même atteint la barre de 1.200 F.Cfa.

Pourtant, certaines poissonneries sont encore dépourvues de maquereaux. « Le marché est trop instable. J’ai décidé d’arrêter ; le temps d’y voir plus clair », explique le gestionnaire d’une poissonnerie. Ailleurs, la tenancière avoue qu’elle ne croit pas vraiment à la baisse des prix. « Je sais que le poisson est encore rare et cher », soutient la jeune fille. « Il n’y a jamais eu pénurie de maquereau. Les importateurs, Congelcam principalement, ont créé un circuit de vente dans le marché noir. Le poisson était vendu uniquement à des grossistes qui se livraient à toutes sortes de spéculation », déplore un revendeur.
Avec la baisse des prix du maquereau, les vendeurs et les consommateurs semblent avoir repris rendez-vous. Même s’ils ont parfois du mal à s’entendre. « Madame allez consulter les prix à Congelcam, vous reviendrez me voir », gueule un jeune homme dont la marchandise est critiquée. « Nous les revendeurs sommes dupés par les importateurs. Le carton de 20 kg de maquereaux 25+ coûte 18.700 F.Cfa, soit 930 F.Cfa le kg. Or, le délégué régional du Commerce nous avait promis que nous achèterions le kg à 825 F.Cfa afin d’avoir une marge bénéficiaire de 25 F.Cfa. A Congelcam, on nous vend plus cher en prétextant que le carton pèse 22 kg. C’est la même supercherie avec le maquereau 20+ dont le carton de 30kg coûte 22.500 F.Cfa. Le kg nous revient à 750 F.Cfa comme au consommateur final », se plaint Sévérin Koa Mvondo.

A la poissonnerie Congelcam du marché des chèvres, le personnel affirme que seul le prix de détail est pratiqué. Joseph affirme qu’il gagne au maximum 500 F.Cfa par carton de poissons vendu en détail. « Il m’arrive parfois de perdre de l’argent. Or les importateurs et les grossiste font de gros profits », tient à préciser le jeune homme.
Dans ce jeu des prix, chacun essaie de tirer son épingle. Et le consommateur final subit. De nombreuses femmes défilent devant les comptoirs. Elise, vendeuse de nourriture, a acheté trois maquereaux à 500 F.Cfa. « Je vends mon plat de nourriture à 350 F.Cfa. Je vais désormais couper un poisson en trois morceaux. Lorsque le kg était à 1.200 F.Cfa, j’opérais la division par quatre », conclut la jeune vendeuse.

 

Contexte : Un poisson et pas un proxénète : Comme d’autres espèces halieutiques, le maquereau est victime de la surpêche décriée par les organisations environnementales.

De son nom scientifique scomber scombrus, le maquereau, entre 35 et 80 cm, est proche du thon. Présent dans les eaux froides qui baignent les pays nordiques, c’est un migrateur qui, l’hiver venu, trouve refuge dans la Mer Noire et au large de l’Afrique de l’Ouest, au large du Sénégal ou de la Mauritanie en particulier. Avec le chinchard, autre poisson de qualité inférieure, très consommé en République démocratique du Congo notamment, le maquereau figure de plus en plus sur les tables africaines.

Le maquereau, comme bien d’autres produits de la mer, provient des côtes africaines où les ressources sont relativement encore importantes. Les mers du nord, à cause de la pêche intensive qui a été pratiquée de longues années durant, sont de moins en moins poissonneuses. L’Union européenne a d’ailleurs signé de nombreux accords de pêche avec quelques pays d’Afrique de l’Ouest ou du Maghreb dont le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée Bissau, le Maroc. La France, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, le Japon, la Chine, la Russie, l'Italie sont les grands pays dont les navires écument les mers du sud.

Et chaque jour, des organisations de défense de l’environnement montent au créneau pour tirer la sonnette d’alarme. Les batailles autour du thon rouge, des requins et autres espèces sont maintenant bien connues. Les ennemis de la surpêche tous azimuts soutiennent en effet que ce sont ces pratiques, pire encore que le réchauffement climatique, qui menacent de nombreuses espèces. La politique des quotas n’y suffit plus et certains préconisent l’arrêt de la pêche dans certaines mers et pour un certain nombre d’années. Le temps pour les ressources de se régénérer. Inutile de dire qu’elles ne sont pas toujours entendues et ça finit souvent de façon musclée en haute mer.

 

Approvisionnement : Les prix homologués à l’épreuve de la réalité : Chaque année à la même période, le maquereau coûte plus cher à cause d’une pause dans le secteur de la pêche internationale.

Le maquereau ne retrouvera pas son prix normal avant décembre 2010. Les prix homologués par le ministère du Commerce (Mincommerce) sont en effet de 675/700 F.Cfa le kg pour la variété 20+ et 800/825 F.Cfa le kg  pour la gamme 25+. En attendant la reprise des activités de pêche au niveau international, les prix pratiqués seront de 750 F.Cfa pour le 20+ et 850 F.Cfa pour le 25+. Une entente a finalement été trouvée le 8 octobre 2010 entre le Mincommerce et les opérateurs économiques de la filière. Congelcam, principal importateur de maquereau au Cameroun, dit détenir une cargaison de poisson achetée très cher en septembre dernier. Il devient donc impossible d’appliquer les prix homologués par le gouvernement. « Face à la hausse des prix sur le marché international, nous avions à choisir entre une rupture dans l’approvisionnement de nos clients, et une augmentation conséquente du prix de ce maquereau. C’est en toute responsabilité que nous avons choisi la seconde option», explique M. Sah, le directeur général de Congelcam.

Très vite, un bras de fer a été engagé entre l’importateur et l’administration. Pendant les trois dernières semaines, le marché du maquereau a été sérieusement perturbé. « C’est le ministère du Commerce qui nous empêche de vendre en procédant à des saisies. Mais nous faisons tout pour ravitailler nos clients. Car il n’est pas dans notre intérêt de ne pas vendre notre marchandise », déplorait alors M. Sah. La délégation régionale du Commerce pour le Littoral a encore saisi des cargaisons de poisson à Douala le 8 octobre dernier. 1,4 tonne dans une poissonnerie de Congelcam à Ndokoti et 4 tonnes dans un établissement au marché central de ce même opérateur. L’importateur Queen Fish a également été touché. Les quantités de poisson ont été vendues sur place aux prix homologués.

C’est la surenchère que les revendeurs du marché central et des consommateurs dénonçaient au cours de leur marche du 7 octobre. Une seule revendication était brandie : Congelcam doit respecter les prix homologués à 825 F.Cfa. « Le maquereau avait pris le chemin du marché noir. En journée, les poissonneries étaient vides. Le poisson était vendu la nuit à des grossistes capables d’acheter au moins 50 cartons. Les revendeurs étaient exclus et obligés à subir la spéculation. Pour s’en sortir, il fallait se mettre à plusieurs pour espérer acheter la marchandise », explique Alain, vendeur de poisson au marché central de Douala. Le malaise est d’autant important chez les revendeurs que ceux-ci, pour tirer leur épingle du jeu, sont obligés de vendre au dessus des prix homologués consommateur. Et bonjour les problèmes avec l’administration qui saisit leurs marchandises et les vend aux enchères. Voilà les petits commerçants pris entre le marteau du Mincommerce et l’enclume des importateurs.

Selon les revendeurs, l’accord entre l’administrateur et les importateurs ne résout pas le problème. « Nous achetons toujours le maquereau au prix du consommateur. Or, nous avions reçu l’assurance de bénéficier d’une marge de 25 F.cfa. Les revendeurs sont victimes de l’abus de position dominante d’un importateur à qui le gouvernement a cédé toute la chaîne de vente. Du gros au détail, il n’y a aucun intermédiaire. Cette situation de monopole contribue à tuer le petit vendeur que je suis », grince le jeune homme, vendeur de poisson depuis 17 ans.

Il constate que chaque année, entre septembre et décembre, le marché du maquereau au Cameroun est perturbé à cause du repos dans le secteur de la pêche internationale. « Des mesures sont prises pour parer au plus pressé ; mais les vraies décisions ne sont pas prises », s’indigne le revendeur.

Réactions de consommateurs :

Emmacule Shuru, gérante d’un bar : «C’est le poisson le moins coûteux »
Je consomme du maquereau parce que c’est un très bon poisson. En plus, c’est le poisson le moins coûteux sur le marché. On peut le cuisiner de toutes les manières. Sa cuisson est également facile à réaliser. Depuis un certain temps, il est rare et très cher sur le marché. Pour l’avoir dans son ménage, il faut débourser beaucoup d’argent. Malgré tout cela, je continue de le manger. De tous les poissons, c’est le maquereau que je préfère.

David Foguem, cuisinier : « Il est cher »
Le maquereau a un goût unique. C’est ce goût-là que j’aime. Il est bon frit comme braisé. Cependant, il est de plus en plus cher sur le marché. Le poisson qu’on me vendait à 400 F Cfa il y a un mois, aujourd’hui on me le vend à 500F cfa. Je suis un cuisinier mais je ne vends pas le maquereau. Les personnes aisées qui mangent dans mon restaurant préfèrent le bar à ce poisson-là. Parce qu’il est dit que c’est pour les pauvres. Personnellement, je trouve le maquereau riche mais les clients préfèrent maintenant le bar.

Joseph Podka, tenancier d’un call box : «A la portée du Camerounais moyen »
Je mange le maquereau parce que c’est à la portée de la bourse du Camerounais moyen. Il est aussi accessible à tout le monde. C’est un aliment qui est devenu cher et rare sur le marché. Néanmoins, je continue toujours à le consommer car je peux l’avoir, même si c’est à un prix très élevé.

DoretteToko, ménagère : « Nous mangeons le poisson fumé »
Le maquereau est un bon poisson, voilà pourquoi je le mange. C’est aussi moins cher par rapport aux autres poissons. Comme les prix ont augmenté, j’ai d’abord arrêté de le consommer pour une bonne période. A la maison, nous mangeons le poisson fumé, le «mwanjamotto» et les légumes en attendant que le maquereau revienne sur le marché et qu’on baisse son prix.  J’aime le faire frire et le braiser car sous ces deux formes il est délicieux.

Serges Misoua, opticien : «Il est charnu et succulent »
Je mange le maquereau mais rarement. J’aime le consommer quand il est braisé. Parce que la braise ressort son goût sucré et il est également charnu et succulent. Là où je vais souvent manger, le prix du poisson a augmenté mais ça ne me pose pas problème. Quand l’occasion se présente, je ne manque pas de satisfaire mon envie.

Adeline Tchikaya, caissière : «Il a un goût sucré»
Le maquereau est un poisson charnu et il a un goût sucré. Voilà pourquoi j’aime le consommer. Surtout sous une forme braisée. J’étais même au marché hier pour en acheter et le kg est déjà à 1500f cfa. En plus de sa cherté, il est rare. Entre temps je me rabats sur le poisson fumé pour mes repas comme la banane malaxée que j’avais pris pour habitude de préparer avec du maquereau.

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