Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LE BLOG DE CYEK

CAMEROUN : 2011, une année d’espoir et de crainte.

3 Janvier 2011, 12:46pm

Publié par Cyrille Ekwalla via LNE

cameroun-drapeau-copie-1.jpgLa nouvelle année qui commence est charnière pour l’évolution politique de notre pays. En effet, 2011 est une année électorale majeure, une année au bout de laquelle les Camerounais vont choisir leur président de la républiqueEn raison de notre système politique, l’élection du président de la république est le moment plus important de la vie politique nationale. Ce moment est si important que tout en étant attendu, il est généralement envisagé avec une certaine fébrilité aussi bien  du côté du pouvoir que des forces de l’opposition.  L’année électorale 2011 a commencé en 2008, avec la modification de l’article 6, al. 2 de la Constitution de 1996 sur la limitation des mandats présidentiels et la promulgation des décrets présidentiels 2008 /463 et 2008/464 du 30 décembre portant nomination des membres  et des responsables du Conseil Electoral(ELECAM).

 Les conditions politiques  particulières dans lesquelles le pouvoir a fait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels et son indifférence face au rejet massif d’ELECAM en raison de sa composition essentiellement partisane annonçaient une année électorale crispée.  L’adresse traditionnelle du président de la république à la nation le 31 décembre, précédée par sa rencontre avec le leader du SDF John Fru Ndi  à Bamenda lors du cinquantenaire de l’armée, aurait pu réduire le fossé abyssale qui sépare le pouvoir et l’opposition sur l’épineuse question de la transparence dans l’organisation du scrutin à venir. Mais malheureusement, fidèle à sa ligne, le président Biya a maintenu sa confiance à ELECAM, en dépit de toutes les appréhensions d’impartialité dont cet organisme n’arrive pas à se défaire malgré le temps.

 Certes, M. BIYA n’a pas encore officiellement déclaré sa candidature à sa succession mais on peut penser que, si en 2008 il a mobilisé autant de forces pour mater toute opposition à son projet de lever le verrou de la limitation des mandats présidentiels puis a ouvert une « large concertation nationale  » pour finalement nommer ses camarades du RDPC  à ELECAM, c’était  en prélude à  sa propre candidature pour ce scrutin qui, sauf miracle, sera très prochainement officialisée. Il se dégage que, après 29 ans passé à la tête de l’Etat, le président Biya veut encore prolonger son bail au palais de l’Unité  pour les cinq prochaines années.    Si tout en critiquant l’impartialité et l’absence d’indépendance d’ELECAM certains acteurs des forces réformatrices soutiennent qu’il faut aller à l’élection présidentielle, d’autres, notamment au sein du SDF, le principal parti de l’opposition, posent clairement les conditions pour une participation à ce scrutin. En effet, en fin août dernier, le SDF a publié les onze conditions indispensables pour sa participation au scrutin présidentiel. Ces conditions concernent : la refonte des listes électorales ; le respect scrupuleux de la loi portant création et organisation d’ELECAM notamment les dispositions des articles 8 et 13 relatives à l’indépendance et à l’impartialité des membres du conseil électoral et de la direction générale d’ELECAM ; la nomination dans les meilleurs délais de ces nouveaux membres du conseil électoral et de la Direction générale d’ELECAM ainsi que de l’application des mêmes dispositions aux représentations régionales, départementales et communales d’ELECAM ;  l’introduction des données biométriques dans l’établissement des listes électorales et des cartes d’électeurs ; l’exclusion totale et sans ambigüité du MINATD du processus électoral ; l’implication des partis politiques à tous les niveaux de prise de décisions notamment au sein de toutes les commissions chargées de l’organisation et de la conduite des élections ; l’utilisation d’un bulletin de vote unique ; l’institution d’une élection présidentielle à deux tours ; la dotation d’ELECAM d’une autonomie financière effective ; la mise en place des dispositions précises pour interdire l’engagement des fonctionnaires, des responsables publics et parapublics dans les campagnes électorales ; la participation effective de la diaspora camerounaise aux échéances électorales.

 Certes, certains peuvent trouver ces conditions irréalistes ou excessives cependant, on ne saurait négliger l’impact que cette position peut avoir sur l’atmosphère qui va entourer le scrutin présidentiel.  Le fait que le président de la république n’ai pas réagit à ces conditions lors de son adresse à la nation du 31 décembre dernier confirme le fossé politique qui sépare le SDF et le pouvoir au sujet du scrutin prochain. L’attitude de méfiance et de défiance qui se dégage à travers ces conditions peut expliquer le peu d’enthousiasme que manifestent les électeurs quant à leur inscription sur les listes électorale. En effet, malgré la campagne de communication amorcée par ELECAM depuis quelques mois avec l’appui d’une partie de la société civile et des partis de la majorité présidentielle, les inscriptions sur les listes électorales restent plutôt timides.

 Nous entrons en année électorale avec les éléments d’une tension inévitable si rien n’est entrepris par le pouvoir. Ce que réclame le SDF, quoi qu’on en pense, c’est simplement l’organisation d’un scrutin libre, transparent et sincère. La posture du pouvoir laisse penser qu’au final, ce qui compte, c’est moins la tenue d’un scrutin dont l’organisation satisfait aux critères de transparence, que la confirmation du règne d’un système. En effet, comment ne pas être réservé sur les appels du gouvernement à lui faire confiance pour l’organisation d’une élection sincère et équitable lorsque les moyens publics sont déjà mobilisés pour le compte du RDPC, comme c’est le cas dans la promotion du curieux « appel du peuple ». L’élection à venir est cruciale pour l’avenir de la nation. Elle devrait être abordée avec un minimum de confiance entre le pouvoir et l’opposition au risque de précipiter le pays dans le désordre. Ce risque est d’autant réel que, contrairement à 1992 où, au-delà des proclamations de circonstance, la troupe RDPC était effectivement réunie derrière son chef, en 2011, la modification de l’article 6, al.2 de la constitution sur la limitation des mandats présidentiels, contrairement aux apparences, laissées des traces dans le camp présidentiel. Ils sont en effet nombreux les cadres du RDPC qui nourrissaient légitimement le projet d’être candidat au scrutin de cette année. Malheureusement, le non respect de l’engagement politique pris par leur leader en 1996 accompagnée du développement du sentiment d’une chasse aux sorcières les a contraints à refouler leurs ambitions politiques par instinct de survie. Dans cette atmosphère où au sein même du parti qui gouverne, les appels à la candidature de M. Biya semblent parfois être simplement des appels de façade, celui – ci devrait intégrer qu’en cas de débordements au lendemain d’un scrutin mal organisé, ces pires ennemis pourraient provenir de ses propres rangs. C’est là en effet que se trouve la plus grande capacité de déstabilisation du régime.

 Dans un contexte international qui, depuis l’élection présidentielle ivoirienne de décembre dernier, semble ne plus s’accommoder des holdups électoraux et où la CPI rappelle en temps réel aux acteurs de la vie politique leurs obligations en matière de respect des droits humains, le régime a-t- il les moyens de gérer les mouvements et contestions qui, en l’état actuel de la situation, vont suivre la proclamation de la victoire du candidat du RDPC au lendemain du scrutin à venir. Si on peut répondre par l’affirmative, il faut cependant redouter que sa force ne soit en réalité sa faiblesse. On observe en effet depuis quelques temps la multiplication des recrutements au BIR ; ce qui laisse certains observateurs penser que le pouvoir se prépare, comme en février 2008, à mater d’éventuelles contestations au sortir du scrutin. La détermination affichée du régime à se maintenir au pouvoir au-delà de 2011 a conduit plusieurs analystes, institutions internationales et partenaires du Cameroun à se convaincre que notre pays doit être mis sous surveillance avant, pendant et après le scrutin présidentiel d’octobre. Dans ce contexte, une utilisation disproportionnée de force dans la gestion de ce scrutin pourrait se retourner contre le pouvoir.  Si le SDF maintien sa position de ne pas se rendre aux urnes à l’occasion de ce scrutin, quel crédibilité aura le candidat du RDPC proclamé vainqueur ? Naturellement sa légitimité sera contestée et sa marge de manœuvre sérieusement réduite tant à l’intérieur du pays que sur le plan international. Si par ailleurs cette formation politique met en application sa menace d’empêcher la tenue du scrutin tant que ses revendications ne sont pas prises en compte, que fera le pouvoir ? Recouvrira – t- il au BIR tout en sachant que, plusieurs partenaires du Cameroun ont exprimés leurs inquiétudes quant à la modification de l’article 6 (2) et la composition partisane d’ELECAM ?   Le sentiment d’entêtement que semble dégager le gouvernement au sujet des réserves faites sur sa volonté à rendre le scrutin à venir transparent et sincère le place dans une situation très délicate. En supposant que le SDF, ne mette pas en application ses menace et que le scrutin oppose le candidat du RDPC à un autre issu par exemple de la société civile voire d’autres formations politiques, toute défaite de ce candidat sera par avance mise sur le compte de l’impartialité  et de l’absence de neutralité d’ELECAM et donc sera contestée avec des arguments à priori recevables.  Dans cette configuration, tant que des gages de l’organisation d’un scrutin transparent ne sont pas donnés par le pouvoir, notamment en reconsidérant au moins la composition d’ELECAM, l’année qui commence risque d’être agitée. La plus grande appréhension serait qu’elle se referme sur un scénario à l’ivoirienne c’est -à -dire, avec deux présidents dont l’un proclamé vainqueur par ELECAM et l’autre par les électeurs. Dans ce cas de figure l’autisme du pouvoir face aux revendications de ses adversaires et à celles de certains de ses partenaires étrangers lui vaudra d’être présumé de mauvaise foi.

(c) L'auteur de cette Tibune est M. Alain Fogue Tedom (Politologue camerounais)

Commenter cet article

Ernesto 06/01/2011 19:50


Une année qui matérialisera tous les espoirs. De quelle crainte parlez-vous?


Cyrille Ekwalla 07/01/2011 19:49



Ernesto, la crainte dont parle l'auteur Alain Fogue (et non moi !) est celle des éventuelles conséquences qui découleraient de l'attitude du régime en place (via le président Paul Biya) : ne
pas tenir compte des revendications du SDF et de la Société civile notamment, et de n'en faire qu'à sa guise. L'auteur a par exemple évoqué ELECAM et sa composition
quasi-rdpciste. C'est la crainte des contestations, etc... Mais je suis heureux de voir que pour vous cette année est plutôt celle "...qui matérialisera tous les espoirs". La
question que je vous pose est : lesquels, Ernesto ?