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LE BLOG DE CYEK

Bienvenue à Donogoo Land : Réponse à Mbembé et Monga (JP Bekolo)

3 Février 2011, 14:50pm

Publié par Ecrit par Jean-Pierre Bekolo - Édité par Cyrille Ekwalla

JPBekoloCyrcom.jpgCette réaction m'est inspirée par l'article de Monga et Mbembe sur la Côte d'Ivoire. Ma posture de cinéaste m'oblige à prendre en considération trois dimensions de l'individu: ce qu'il a dans la tête, c'est a dire ses valeurs, son idéologie d'une part, puis son comportement et enfin son environnement d'autre part. Le brillant texte de mes amis Monga et Mbembe semble avoir une limite d'après ma théorie. L'Africain a beau avoir ses rêves d'émancipation dans la tête, il ne doit pas oublier que son comportement et l'environnement qui est le sien sont autant de facteurs important lui permettant de résoudre ses problèmes. Ainsi donc ce texte est issu de brillants cerveaux africains formés par l'école française et qui sont comme de nombreux d'entre nous une émanation du colonialisme français comme les hommes politiques d'ailleurs. Au pays, on nous appelle les "intellectuels africains francophone vivant à l'étranger"; une espèce bien définie au pays! Puisque "the medium is the message" intéressons-nous avant tout à la forme qu'ils utilisent: un texte. Pourquoi cette forme? A qui est-il destiné? Puis sa longueur, qui va le lire ? Pour quoi faire ?

 

Si ce que Monga et Mbembe ont dans la tête est clairement défini dans cet article, leur "comportement" selon ma théorie énoncée plus haut reste sans réponse. Que faites-vous? Que comptez-vous faire? Car cette absence de réponse ramène au confort quotidien qui les séparent des ivoiriens et africains au nom de qui ils parlent. "L'homme n'est pas ce qu'il dit, il est ce qu'il fait", nous enseigne un certain cinéma d'action américain différent du cinéma français de parole. Si cette posture intellectuelle est calquée sur un modèle d'engagement très français, de nombreux de nos compatriotes ont du mal à la comprendre. Ils accusent non sans raison leurs intellectuels expatriés d'être dans un confort matériel qu'ils ne doivent qu'aux occidentaux qu'ils servent de toutes les façons quelque soit leurs prises de positions, et cet occident le leur rend bien. Ne soyez donc pas surpris que Monga et Mbembe, et de nombreux d'entre-nous dans certaines sphères africaines soient perçus comme des Ouattara confortables, parlant au nom de l'Afrique tout en étant au service de l'occident.

 

Le cinéma est comportemental. Puisque le film si la Côte d'ivoire en est un qui nous impose d'être acteur, nos auteurs reconnaissent de manière implicite leur échec et leur incapacité à agir car le choix d'un texte comme forme est une posture d'inertie dans ce contexte d'urgence et d'angoisse pour les ivoiriens et de passion pour les africains. Nous avons connu de meilleures formes d'implication des intellectuels qu'un simple texte.

 

Monga et Mbembe proposent une conférence nationale où tout serait à réinventer : la démocratie, la constitution, la République, les élections, l'Onu, la diplomatie, la coopération, la Cédeao, l'Union Africaine etc... Pas seulement pour la Côte d'Ivoire mais pour toute l'Afrique; une espèce de THE RÉINVENTION OF AFRICA. Un projet qui par son détachement avec le quotidien et l'urgence des africains et des ivoiriens en ce moment disqualifie les intellectuels pour apporter des solutions à notre continent. Ne sommes nous pas entrain de jeter le bébé avec l'eau du bain? Quelle réponse à la première question: qui va financer? Quand on sait que l'Onu qui vient de financer les élections les plus chères de l'histoire est écartée par Monga et Mbembe. Quand on rejette une communauté internationale à qui on reproche d'avoir été absente au Rwanda, on comprend que le monde dans lequel vivent les intellectuels africains expatriés est une espèce de Donogoo, un monde sorti tout droit de leur imagination, qui est certes idéal mais dont la mise en oeuvre créera encore plus de désordre tant l'urgence du quotidien - l'environnement dans ma théorie - est un paramètre que ses élites intellectuelles expatriées continuent d'ignorer. - on a vu les effets des conférences nationales des années 90 - . Renvoyer tout le monde dos à dos reste une attitude juvénile où on refuse de prendre ses responsabilités et de s'engager. Si la France, l'ONU sont des occupants, réservons leur le sort qui est réservé à un occupant. Organisons la résistance ! Quelle déception d'entendre les intellectuels suivre ces artistes pendant le Festival des Arts Nègres à Dakar se contenter de dire "c'est la politique qui nous dérange en Cote d'Ivoire" comme si une Cote d' Ivoire sans politique serait un modèle. La théorisation excessive est une fuite, un refus de s'engager et un repli dans une posture où tout le monde a tout faux sauf moi qui écris - de mon piédestal. Alors tant qu'à faire des propositions, faisons des propositions applicables demain et pas après demain avec les moyens qui sont les nôtres et compréhensibles par nos peuples qui ne sont parfois pas très éduqués.

 

Mais surtout impliquons-nous! Et n'oublions pas de protéger les acquis quand ils existent, une protection qui ne peut s'envisager sans un certain "devoir de violence". Car la question de la force, des militaires et de l'usage des armes en Afrique qui seules font la loi n'est pas abordée par nos intellectuels qui semblent verser dans un angélisme chrétien bien pensant dans le continent le plus violent du monde qu'est l'Afrique.

 

ps : L'auteur est cinéaste.

Parmi ses oeuvres, on peut citer Quartier Mozart (1992), Les Saignantes (2005)

Commenter cet article

Obame Alain H. 10/02/2011 20:14


Votre réponse a le mérite d'être dynamique et directe.
Mais il demeure, à mon avis, un risque à confondre vitesse et précipitation dans la résolution des crises africaines actuelles. C'est vrai qu'il est un peu utopique de vouloir reconstruire
l'Afrique en excluant ses amis et ennemis de toujours. Mais, au regard de l'échec des politiques africaines de ce premier cinquantenaire, il convient de reconnaître, avec C. Monga et A. Mbembé,
qu'il n'est peut-être pas trop tard, en dépit de l'urgence de l'actualité, de penser autrement le destin de notre continent. Précocité, rapidité, spontanéité, amateurisme voire arrivisme ne sont
sûrement pas les bienvenus en politique.En cela, demander aujourd'hui "une impulsion potentiellement novatrice pour la démocratie" en Afrique relève bel et bien d'une sorte d'optimisme de
l'intelligence et de la volonté.


Atango 04/02/2011 12:27


Je signe des deux mains !