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LE BLOG DE CYEK

Ali Bongo Ondimba : "Le temps des girouettes est révolu" (part 2)

3 Septembre 2010, 13:57pm

Publié par Jeune Afrique

ali-bongoVotre pays sera-t-il prêt pour l’organisation, conjointement avec la Guinée équatoriale, de la Coupe d’Afrique des nations de football, en 2012 ?

Évidemment. Je comprends l’inquiétude des uns et des autres, dès lors que nous avons pris un peu de retard. Mais nous n’avons jamais envisagé de déclarer forfait. Nous serons prêts le jour J.

En Afrique, la France ferme ses bases militaires situées sur la façade atlantique, sauf au Gabon. Le président Sarkozy ne s’est jamais rendu deux fois dans le même pays africain, à l’exception du Gabon. Certains y voient du favoritisme, parce que votre pays serait l’un des derniers refuges de la Françafrique…

C’est dans les moments difficiles que l’on compte ses vrais amis. Nicolas Sarkozy nous a simplement témoigné le soutien de la France dans une période extrêmement délicate. Nous avons consenti de nombreux efforts pour remettre le pays dans la bonne direction, et je crois qu’il en est conscient. C’est en ce sens qu’il faut interpréter ses visites. Quant au maintien de la base militaire, posez la question au gouvernement français. Je précise que cette base permettra de soutenir des opérations de maintien de la paix sur tout le continent. Et que notre partenariat vise aussi à mettre en place des structures de formation d’officiers africains – et pas seulement gabonais. Tout le monde y gagne. Après, chacun est libre d’interpréter cela comme il l’entend.

Nicolas Sarkozy entretenait d’excellentes relations avec votre père. Et avec vous ?

Nous avons d’excellents rapports. Nicolas Sarkozy est de ma génération, nous avons une autre manière de discuter, d’échanger. Je l’écoute, lui comme d’autres, je sollicite son avis. Mais quand il faut prendre une décision, on est toujours seul.

Avec l’avocat français Robert Bourgi, écouté de Nicolas Sarkozy et très proche d’Omar Bongo Ondimba, vos relations semblent en revanche beaucoup plus distantes…

Chacun son style. Le président Bongo avait le sien, j’en ai un autre. C’est une question de tempérament. Mais, sur le fond, je n’ai aucun problème avec Robert Bourgi. J’ai de bonnes relations avec lui, il le sait bien.

Vous êtes, depuis l’enfance, très proche de Mohammed VI, le roi du Maroc. Qu’en est-il depuis que l’un et l’autre êtes devenus chefs d’État ?

Il compte beaucoup pour moi et a l’avantage d’avoir passé dix ans de plus que moi à la tête de son pays. Nous discutons beaucoup. Évidemment, nous ne nous voyons plus aussi souvent qu’avant, mais nous nous appelons régulièrement.

Vous arrive-t-il d’évoquer la difficulté de succéder à des pères aussi charismatiques que les vôtres ?

Nous en discutions avant, plus maintenant. Cela fait longtemps que nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il ne servait à rien de nous mettre en compétition avec eux [rires].

Après Faure Gnassingbé au Togo, Joseph Kabila en RD Congo et vous au Gabon, d’autres fils de chefs d’État africains envisagent plus ou moins sérieusement de briguer la succession de leurs pères. C’est le cas, entre autres, de Karim Wade ou de Gamal Moubarak. Que pensez-vous de ce phénomène ?

Si je vous disais que je trouve cela choquant, me prendriez-vous au sérieux [Rires] ? Non, sans plaisanter, ça me semble assez naturel. Quelle que soit la profession de son père, un fils a souvent tendance à vouloir marcher dans ses pas. Il existe des dynasties de banquiers, de notaires, d’industriels, de journalistes… C’est la vie qui veut ça. Maintenant, le désir est une chose, parvenir à ses fins en est une autre. Il n’existe pas de recette miracle pour devenir président.

Et si, un jour, l’un de vos fils vous disait qu’il souhaite faire comme vous…

Je lui répondrais qu’il ferait mieux de faire du business. Être président, c’est déjà extrêmement difficile. Succéder à son père l’est plus encore.

Pascaline, votre sœur, était un pilier du régime d’OBO, une sorte de gardienne du temple. Beaucoup de rumeurs circulent sur votre relation. Quel véritable rôle joue-t-elle à vos côtés ?

Chacun d’entre nous avait des fonctions bien précises et distinctes auprès du président Omar Bongo. Elle continue de jouer un rôle très important, d’une manière différente.

Les épouses des chefs d’État sont souvent cantonnées au social, à l’humanitaire. Est-ce aussi le cas de Sylvia Bongo Ondimba ?

Non, car elle est ma première conseillère. Elle souhaite apporter sa contribution et je l’y encourage. Elle partage notre vision pour le Gabon et fait du bon travail. Pourquoi m’en priver ?

Sylvia Bongo Ondimba lors de la caravane "Gabon profond", en juillet.

D.R.

Quelles relations entretenez-vous avec les principaux chefs d’État de la sous-région, qu’il s’agisse du Camerounais Paul Biya, de l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema ou du Congolais Denis ­Sassou Nguesso ?

Je les connais tous depuis de longues années. Ils me font bénéficier de leur expérience, de leurs conseils, et m’évitent les erreurs de débutant.

À leurs yeux, vous faites quand même figure de « petit dernier »…

Rien n’est facile pour les petits derniers, dans quelque domaine que ce soit. Heureusement, dans le nôtre, il n’y a ni examen de passage ni bizutage.

On dit néanmoins que vous entretenez des relations tendues avec Teodoro Obiang Nguema ou Denis Sassou Nguesso…

Si l’on devait s’arrêter à tous les on-dit… Non, c’est complètement faux.

Le Gabon célèbre ce 17 août le cinquantenaire de son indépendance. Quel bilan dressez-vous de cette période ?

Globalement positif. Il y a des choses à retenir, d’autres à jeter, mais il faut se souvenir que nous sommes partis de rien ! Tout ce qui existe au Gabon, nous l’avons fait par nous-mêmes. Il a d’abord fallu construire un État, ce qu’a fait Léon Mba. Ensuite, alors que nous n’étions qu’une mosaïque de peuples, il a fallu construire une nation, et ça a été l’œuvre d’Omar Bongo Ondimba. Ce chemin parcouru nous permet aujourd’hui d’envisager la suite d’une autre manière. Et de consacrer tous nos efforts à l’accélération du développement économique et social.

Comment voyez-vous le Gabon dans cinquante ans ?

À la place qui doit être la sienne : parmi les nations les plus développées du continent.

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