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LE BLOG DE CYEK

À Thomas Eyoum'a Ntoh : L’hommage mérité du canton Deïdo

23 Septembre 2010, 06:03am

Publié par Cyrille Ekwalla via Le Messager

Eyoum-3.JPGA Douala, le canton Deido, en raison du caractère impulsif de ses ressortissants est resté pendant longtemps un canton à part. Deido n’était pas le rivage marécageux ou il était aisé de tirer sa pirogue pour l’éloigner de l’onde. Les Deido avaient la réputation d’être d’intrépides guerriers. C’est à juste titre que ceux des leurs qui se distinguent positivement sont appelés « sonja Bonebelè » (littéralement soldats de Bonebelè). C’est parce que Thomas Patrick Eyoum a Ntoh n’était pas un homme ordinaire à Deido, à Douala, voire au Cameroun et ailleurs que le chef supérieur Essaka Ekwalla Essaka à décidé que les obsèques de cet éminent confrère se déroulent au mausolée des Kings Déido. Avant son enterrement au cimetière cantonnal.

En vérité (pour emprunter à une autre de ses chroniques) même les pires ennemis de Thomas Patrick ne sauraient lui contester sa valeur de chevalier de la plume. Sa Majesté Essaka Ekwalla Essaka en est si conscient qu’il a tenu à ce que ce vaillant guerrier de la plume recoive l’hommage du canton qui l’a vu naître. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » dit l’adage. Thomas-Patrick Eyoum’a Ntoh mérite bien cette reconnaissance. Même si, plus de quatre années durant, nombre d’entre nous l’avons abandonné à la seule et indéfectible fidélité de Francine, sa compagne de plus de 20 ans. Il ne lui restait plus que l’affection de cette dernière pour entretenir en lui ce vain espoir de pouvoir se relever un jour. Espoir qu’il traînait entre le lit et la chaise roulante.

Pour ceux qui ont connu ou côtoyer ce gaillard débordant d’énergie, de sa prime jeunesse jusqu’au moment où il a été terrassé et cloué au lit par un méchant accident cérébro-vasculaire, voir Eyoum’a Ntoh allongé, incapable de se mouvoir et aphone, c’était insoutenable.

Ce n’est plus à Thomas que nous présentons des excuses, mais à Francine à qui nombre d’entre nous avons abandonné Thom à l’article de la mort. Maintenant nous devons pouvoir nous départir d’une telle lâcheté parce que cela peut encore arriver à n’importe qui d’entre nous. La disparition de Thom au bout d’une longue et pénible paralysie doit contribuer à resserrer nos rangs jusqu’ici épars. N’attendons plus cette fin dernière pour verser des flots d’encre noir, des long dithyrambes sur le héro qu’il aura été alors que nous lui avons apporté zéro assistance au moment où il en avait tant besoin.

"Ave Thomas Patrick. Ceux que tu laisses, te saluent !" : L’hommage de Jacques Doo Bell du Messager à Thomas Eyoum’a Ntoh

Suis-je vraiment à la hauteur de parler du journaliste Thomas – Patrick Eyoum’a Ntoh, parti lui aussi le 6 septembre 2010 pour l’éternité ? Plus d’une fois j’ai hésité avant de décider de noircir la feuille blanche, pour ajouter mon témoignage à ces nombreux autres qui présentent ce journaliste que son talent plaçait très haut au-dessus de la pyramide. Avant de rendre ce papier, je me suis demandé, non sans anxiété, si Thomas pouvait encore lire mon papier, qu’en dirait-il ? Lui qui était si exigeant, si persifleur, si critique.

J’ai connu Thom quand tout jeune il flirtait avec le métier. C’était vers la fin des années 70, à Douala – Express, une publication locale que venait de lancer son oncle Jacques Kaya, lui aussi disparu depuis belle lurette, après son expérience qui n’aura vécu que le temps d’une rose. On s’est perdu de vue pendant quelques années. Le temps pour lui de se former dans l’une des meilleures institutions françaises du journalisme : le Centre de formation des journalistes de la rue du Louvre à Paris. Selon ce qu’il m’a confié lors de nos entretiens à la fois fraternels et confraternels.

Le jeune potache qui avait fait ses classes auprès de son oncle et sous la férule débonnaire d’un certain Assako Menye, alors rédacteur en chef de Douala Express avait mûri. C’est dans les colonnes du Messager qu’il étale son immense talent. Aucun genre ne lui posait problème. C’est avec un plaisir toujours renouvelé que les lecteurs du journal de Pius Njawe lisaient et relisaient Eyoum’a Ntoh. Ses reportages, ses analyses, ses commentaires, ses chroniques, étaient un vrai régal pour la gouverne du lecteur. Il était à la portée du docte comme de l’alphabétisé moyen.

A chacune des livraisons de l’hebdomadaire des années 80 – 90 d’alors, je m’empressais de lire d’abord Croc’ maux. Chronique dans laquelle il … croquait avec un délice de fin gourmet les turpitudes de la classe politique. Puis ce sera « De quoi J’m mêle », une autre chronique dans laquelle, il se mêlait pourtant de tout, avec à la fois une férocité et une subtilité dont lui seul avait le secret. Même son écriture – à l’époque l’ordinateur relevait de la science – fiction dans les salles de rédaction – était caractéristique, propre à M. Eyoum’a Ntoh. Seule Béatrice Nono, opératrice de saisie, notre fille adoptive commune, lorsque je rejoins l’équipe rédactionnelle du Messager en 1997, savait, comme Jean – François Champollion, décrypter les « hiéroglyphes » de Thomas.

Esthète dans son métier, Thomas me l’était pas moins dans son habillement. Même quand il lui arrivait – rarement d’ailleurs d’être en jean – ce n’était pas un homme ordinaire. Et Francine, sa compagne de toujours y veillait comme à la prunelle de ses yeux. Tous cela faisait de Thomas un journaliste pas comme le commun. D’où cette exigence qu’il voulait imposer à tout prix à ses collègues, confrères et collaborateurs. Il se demandait d’ailleurs toujours si ceux qui n’arrivaient surtout pas à rédiger correctement leurs papiers ou se comportaient comme des bougres (un mot qui revenait souvent dans ses chroniques) faisaient le même métier que lui. Tant il a aimé ce métier et affichait sa fierté d’être journaliste comme les magistrats d’une certaine époque en imposaient aux autres.

James Mouanguè Kobila, un de ceux qui sont passés par sa rude école, décrit Thomas comme « un irrésistible chroniqueur, gazetier inspiré, redoutable polémiste, reporter exigeant, et animateur inénarrable d’équipe rédactionnelles…que son enthousiasme et optimisme pédagogique amenait à tenter inlassablement d’améliorer les performance de son équipe ». L’auteur de cette description est aujourd’hui professeur agrégé d’université. Ce n’est ni flagornerie, ni forfanterie pour celui qui a côtoyé Eyoum’a Ntoh dont « la valeur suprême était l’intelligence ». Ses écrits étaient destinés, comme il le ressassait souvent « à ceux qui avaient quelque chose entre les deux oreilles ».

Pour Thomas « un journal, plus que toute autre entreprise, est une œuvre d’intelligence collective. Plus que toute autre entreprise, l’essentiel du capital d’un journal ce sont d’abord les cerveaux qui y travaillent ». Et ces cerveaux-là devaient être de qualité.

Thomas me rappelait certains de nos aînés : Mouasso Priso, Moutongo Black, Lucien – Célestin Sack de regrettée mémoire, voire Pierre Mabé, Daniel – Amiot Priso, André Elimbi Baondo, F-b.m. Evembe, Richard Ekoka Sam Ewandè…des aristocrates à l’allure de mannequins dans la profession. Rigoureux dans leur tenue vestimentaire comme dans leur travail, sans aucun complexe. Si oui, qu’ils sont au – dessus des autres. Hélas, il y en a de moins en moins dans nos salles de rédactions envahies de nos jours par des aventuriers de tout poil, incultes mais prétentieux comme des poux perdus dans le triangle des Bermudes. D’où son allergie à cette faune qu’il ne tolérait pas dans « sa » profession. Ekob’a Njembu (un autre de ses pseudonymes) ne s’ambarrassait pas de périphrases pour dire à ces « indésirables » comme Diogène le Cynique : « Otez-vous de mon métier ». C’était si brutal que certains ont dû aller chercher ailleurs, sans insister.

Toutefois autant il était impulsif, autant il était courtois. Dès son entrée dans la salle de rédaction, il gratifiait chacun d’une chaleureuse et confraternelle poignée de main. Même ceux qui « n’y avaient pas leur place » en bénéficiaient. Devant une copie indigeste, il vomissait du fiel sur l’auteur de la mauvaise ratatouille. A la fin de certains bouclages, Thom n’hésitait pas de conduire son équipe dans une sorte de garden-party pour partager les brochettes et la bière. Lui-même ayant un faible pour le scotch. Une attitude similaire à celle d’un certain Henri Bandolo qui ne lui ouvrit pas la porte de Cameroon Tribune à laquelle Thom a frappé à son retour de France.

Le destin l’aura peut-être voulu ainsi car Thomas – Patrick Eyoum’a Ntoh fait partie de la génération des journalistes qui, après les Abodel Karimou, Jérôme Abott – Bagal, Eugène Letemou, Jean-Baptiste Sipa, Célestin Lingo ont donné à la presse privée camerounaise ses lettres de noblesse. Il avait des idées et des ambitions pour cette presse. Hélas, la poussée de l’ivraie y aura été irrésistible. Le froment ne peut s’élever que très péniblement. C’est dans sa lutte pour « déclochardiser » la profession qu’il a fait le tour des rédactions. Celles qui ont pignon sur rue. Il a même tenté deux aventures éditoriales qui ont tourné court sous les aléas de l’environnement. Faut-il rappeler qu’il a également assuré la communication institutionnelle à la mairie de Douala Ier sous l’égide du maire Dooh Priso. Ne se sentant pas à l’aise dans un bureau, il est vite retourné à ses premières amours tout en aidant de temps en temps des personnalités de tout bord qui sollicitaient son expertise de communicateur. Ainsi Thomas – Patrick Eyoum’a Ntoh a quitté la scène sans pouvoir « dératiser » la profession, pour reprendre un terme cher à Richard Ekoka Sam Ewandè et à un moment où ce metier qu’il aimait tant avait encore besoin de lui.

Salut Thom, tu as le respect de ceux que tu laisses.

 

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