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LE BLOG DE CYEK

HENRI DIKONGUE…Dix ans après : l’artiste errant

19 Juillet 2016, 06:46am

Publié par Salle des Nouvelles CJC

Rien ne reflète et ne dévoile autant l’artiste, auteur-compositeur Henri Dikongué, que la chanson Diaspora, titre de ce nouvel album. Un instantané sonore de ce que la musique a apporté à Henri Dikongué depuis ses débuts jusqu’à ce jour. Même s’il se défend de ce que, cet album, le 5ème de sa carrière, n’est pas le plus personnel, il n’en demeure pas moins que Diaspora est le disque qui découvre le mieux l’artiste Henri Dikongué. Sa poétique musicale y est plus que jamais perceptible.

Indépendant, cet artiste n’a jamais voulu s’enfermer dans des carcans ou être confiné dans un style musical particulier, dans une catégorie particulière. Par contre, l’industrie musicale des années 90 en France en raffole. À la sortie de son 1er album « Wa » en 1995, Henri Dikongué est « classé » : artiste folk. Le public découvre et apprécie cet artiste qui remet au goût du jour des textes de qualité portés par des mélodies enivrantes et obsédantes. Les comparaisons vont de Pierre Akendengue à Lokua Kanza en passant par Ismaël Lô.

Le succès qui naît de ce 1er album est confirmé et amplifié à la parution en 1997, du 2nd album, « C’est la vie ». Henri Dikongué, rentre définitivement dans la cour des grands artistes africains, que l’industrie dite de la « world music » promeut. Mais est-ce vraiment ce que « veut » l’artiste ?

Au Cameroun, son pays natal qu’il a quitté une décennie plus tôt, c’est l’euphorie. Pour ses compatriotes, Henri Dikongué est de la lignée des grands poètes-guitaristes Françis Bebey, Eboa Lottin, Charles Ewanjè… Aussi lorsqu’il débarque en 1998, le public et les mélomanes voient en lui l’héritier musical de ces icônes. Adulé par le public, apprécié par la critique et respecté par ses pairs, il est au pinacle.

Force est de reconnaître que face au brouhaha sonore ambiant dans lequel est plongée la musique camerounaise populaire, la venue du mélodiste Henri Dikongué apporte une accalmie. L’esthétique de sa musicalité est presqu’une renaissance. Les amateurs réapprennent à écouter de « la bonne musique », les amoureux des textes bien écrits, de la chanson épurée, belle et simple, se réjouissent.

Au début des années 2000, Henri Dikongué fera paraître deux autres albums « N’oublie jamais » (2000) et « Biso na wa » (2005). La réaction des critiques sera mitigée et ressemblera à celle de son public. C’est à croire que ce dernier ne se retrouve pas dans les nouvelles productions de « son » artiste. Il faut le dire, Henri Dikongué, change radicalement de direction musicale. Le côté épuré, acoustique, organique, qu’on lui connaît a laissé la place à des sons plus électriques voire mécaniques, des arrangements plus complexes, des harmonies laborieuses…En un mot, le poète-guitariste se fait « chanteur pop ».

Dix ans plus tard, l’industrie musicale a changé, l’artiste Henri Dikongué aussi.

L’auteur du hit mondial « C’est la vie » nous revient ici dans l’album « Diaspora », plus mature, plus serein et assumant entièrement sa « nouvelle vision artistique ». Auteur-compositeur de la dizaine de titres qui constituent ce 5ème album, Henri Dikongué en assure aussi la réalisation entière.

Le voyage sonore dans l’univers musical de Henri Dikongué emmène le mélomane des confins de la bossa nova (Bekusedi) et de la biguine (Souffrir d’aimer; co-écrit avec Cathy Renoir) au makossa (Kaba Ngondo, une reprise, dans un style plus rythmé de « Mabola », une chanson du camerounais Charles Lembé ). On y retrouve aussi des pièces aux sonorités jazzy-rock (Mulatako, Spirit to Arno). Pour les heureux nostalgiques des premières œuvres musicales de Henri Dikongué, ils n’ont pas été oubliés. Les titres Seul, Artiste, To na tè nde misea sont gravés pour le rappel. On ne se lasse pas de ces harmonies « dikonguiennes », entre linéarités et ruptures, accentuées par les envolées lyriques si particulières du chanteur, qui précèdent les susurrements, les chuchotements…

La surprise du « chef » est le titre Diaspora. Dans un tourbillon de sonorités diverses, magnifiquement harmonisées, une voix-Afrique, celle de Laurence, compagne de Henri, vous émeut face au cri de détresse, mais aussi empli d’espoir, de ce continent, terre-mère Afrique, qui s’adresse à ses enfants, partis il y a bien longtemps.

Retiré des scènes et des studios pendant près d’une décennie, Henri Dikongué revient avec un album vrai, qui lui ressemble tel qu’il est aujourd’hui. Fidèle à sa tradition musicale, mais aussi riche de ses expériences diverses et, attentif à l’air du temps.

Cyrille Ekwalla

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