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LE BLOG DE CYEK

Cyrille Ekwalla : "Boko Haram n'est pas une priorité pour les Nigérians comme il l'est pour nous Camerounais"

26 Février 2015, 08:42am

Publié par Célestin Ngoa Balla

Cyrille Ekwalla : "Boko Haram n'est pas une priorité pour les Nigérians comme il l'est pour nous Camerounais"

Journaliste Camerounais basé au Canada, Cyrille Ekwalla explique la marche patriotique du 28 février à Montréal, contre Boko Haram."Mais permettez-moi d’ajouter ceci. Il est possible que certains découvrent cette date du « 28 février » grâce à « la grande marche » de Yaoundé en soutien aux Forces de défense et de sécurité. Tant mieux. Cependant, pour d’autres – qui n’en sont pas moins concernés par le soutien à nos FDS dans la guerre contre Boko Haram – c’est aussi, et surtout, la date de commémoration des martyrs de Février 2008, où des centaines de jeunes camerounais sont morts pour avoir usé de leur liberté de citoyens responsables. Et croyez-moi, nous n’allons pas manquer de le souligner. Vous voyez donc que cette date n’a pas été choisie par hasard."

 

News du Cameroun: Dites-nous Cyrille Ekwalla, doit-on parler de hasard de calendrier en observant que vous organisez à Montréal au Canada, une manifestation contre Boko Haram à la date du 28 février déjà choisie pour « la grande marche » de Yaoundé ?
Cyrille Ekwalla : Non, il ne s’agit pas d’un hasard. À partir du moment où les principaux initiateurs du Collectif Cameroun-Canada « Unis contre Boko Haram », à savoir Raphael Yimga Tatchi (Responsable Afrique au sein de l’organisme Développement et Paix), Venant Mboua (journaliste-activiste) et moi-même, avons été d’accord, comme de nombreux camerounaises et camerounais à travers le monde, qu’il fallait faire « notre part », il nous a semblé tout à fait pertinent et cohérent de nous accoler à la date du 28 février.
En choisissant cette date, il s’agissait pour nous d’être à l’unisson avec les mobilisations des camerounais soucieux de la guerre qui se déroule dans la région de l’extrême-nord du Cameroun où, comme on le sait, le nombre de morts, civils et militaires, ne cesse d’augmenter, des blessés graves s’entassent, et surtout où un drame humanitaire s’écrit sous nos yeux jusque-là quasi-indifférents. Partant de là, si nous voulions manifester notre solidarité, notre fraternité avec les nôtres dans cette région, la cohérence imposa qu’on se calquât sur cette date. Mais permettez-moi d’ajouter ceci. Il est possible que certains découvrent cette date du « 28 février » grâce à « la grande marche » de Yaoundé en soutien aux Forces de défense et de sécurité. Tant mieux. Cependant, pour d’autres – qui n’en sont pas moins concernés par le soutien à nos FDS dans la guerre contre Boko Haram – c’est aussi, et surtout, la date de commémoration des martyrs de Février 2008, où des centaines de jeunes camerounais sont morts pour avoir usé de leur liberté de citoyens responsables. Et croyez-moi, nous n’allons pas manquer de le souligner. Vous voyez donc que cette date n’a pas été choisie par hasard.


News du Cameroun: Parlez-nous concrètement du programme de votre manifestation et quels objectifs espérez-vous atteindre ?
C’est très simple. Nous avons invité les gens à prendre part à une vigie. Il ne s’agit pas d’une marche, mais d’un rassemblement populaire et patriotique. Cette vigie se tiendra dans un parc du centre-ville de Montréal, encadré par les autorités policières de la ville. Elle s’articule autour de trois axes qui sont le soutien aux victimes et le lancement d’une chaîne de solidarité; le soutien aux forces de défense et de sécurité camerounaises et tchadiennes; et enfin l’interpellation du gouvernement camerounais et des élus canadiens en charge des relations internationales au sein de leurs formations politiques.
Je puis déjà vous assurer de la présence du premier parti d’opposition au Parlement d’Ottawa, mais aussi du Haut-commissariat du Cameroun au Canada. Et cela rentre dans nos objectifs : sensibiliser les camerounais du Canada et les canadiens à la situation humanitaire qui prend de l’ampleur dans l’extrême-nord de notre pays, faire passer le message à nos soldats et à ceux des pays étrangers qui nous viennent en aide que nous les soutenons, et « garder la flamme allumée » de tous les acteurs, citoyens, organismes, gouvernements…sur la lutte contre Boko Haram.

News du Cameroun: Pour certains de vos compatriotes de la diaspora –dans les amériques comme en Europe- organiser une telle manifestation signifie que vous aidez Paul Biya à sécuriser son poste de président de la République. Que leur répondez-vous ?
M. Ngoa Balla, s’il-vous-plaît, soyons sérieux ! Expliquez-moi par quelle alchimie, organiser une marche ou une vigie, dont les objectifs sont clairement énoncés, soit le soutien aux victimes, réfugiés à cause de Boko Haram est « aider Paul Biya à sécuriser son poste de président de la République » ? En quoi, manifester pour qu’on n’apprenne plus qu’une jeune camerounaise a été enlevée, violée de force, qu’un camerounais a été égorgé ou qu’un village a brûlé aide «à sécuriser le poste de Paul Biya ».
Le Cameroun est en lutte contre un groupe terroriste et des camerounais en meurent tous les jours, d’autres deviennent des réfugiés dans leur propre pays. On voit apparaître des villages fantômes i.e des villages où il n’y a plus personne. 
Pensez-vous que l’intégrité du Cameroun se résume à Biya ? Ces soldats qui se battent et dont certains meurent, sont-ils les soldats du Cameroun ou ceux de Biya ? Il y a un fait : le combat que l’armée camerounaise mène est contre un ennemi extérieur et non contre les camerounais. Arrêtons les sottises et amalgames. Il y a eu des marches au nom de la lutte contre Boko Haram, où était encensé Paul Biya, je ne peux le nier, mais ce n’est pas notre cas.

News du Cameroun: Comment expliquez-vous que dans les puissants Etats de l’Amérique du nord on parle accessoirement de Boko Haram a cote des autres islamiste qui gangrènent la Libye et les pays arabes de l’Asie
À mon avis, on n’en parle qu’accessoirement comme vous dites parce que Boko Haram ne s’en est pas encore (?) pris aux intérêts de ces pays ou alors comme certains le pensent, parce que la présence de Boko Haram « arrange » leurs intérêts. Et l’importance d’une vigie comme celle que nous mettons en placeà Montréal le 28 février prochain, et pour laquelle de nombreux africains sont mobilisés, est justement de faire entendre cette autre voix, et d’amener ces médias à s’y intéresser un peu plus.

News du Cameroun: Comment vous expliquez l’absence de la diaspora nigériane dans les rues des grandes capitales du monde pendant les manifestations contre Boko Haram alors que c’est au Nigeria que se trouve la racine de cette secte ?
La diaspora nigériane réagit comme le reste du Nigéria. Pour nous camerounais, Boko Haram n’est pas un « phénomène » comme continue de le dire – sûrement par facilité langagière - le ministre de la communication Issa Tchiroma. C’est une réalité.
Pour le Nigéria, Boko Haram, c’est un groupe terroriste qui occupe grosso modo trois (3) états parmi 36. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas préoccupés. Mais une fois que vous avez intégré les dynamiques politiques au sein de notre puissant voisin, que vous y ajoutez la donne « corruption », notamment au sein de la hiérarchie militaire, vous comprenez pourquoi face à Boko Haram, les approches des autres pays sont différentes de celle du Nigéria. En un mot, Boko Haram n’est pas une priorité pour les nigérians comme il l’est pour nous, camerounais. Et la diaspora nigériane est à l’image de l’intérieur.

News du Cameroun: En tant que journaliste, quel regard jetez-vous sur la couverture médiatique au Cameroun de la guerre contre Boko Haram ?
Vous m’auriez posé la question il y a trois semaines de cela, je vous aurai dit « il n’y a pas de couverture médiatique au Cameroun de la guerre contre Boko Haram ». À votre avis, d’où vient la perception que dans les 4/5 du pays, la lutte contre Boko Haram semblait une « lubie » ? Cela vient principalement des autorités politiques et de Paul Biya en premier qui ont minimisé ce conflit et même, l’ont présenté comme un dégât collatéral des luttes de pouvoir et de positionnement au sein de l’élite dirigeante actuelle. Rappelez-vous les propos du président de l’assemblée nationale « Boko Haram est parmi nous », une phrase prononcée au sein même de l’hémicycle. Quoi de mieux pour rajouter confusion et désintérêt.
Pensez-vous que les médias allaient vraiment s’y intéresser ? L’Oeil du Sahel a été le premier à évoquer le conflit Boko Haram, suivis par quelques medias privés qui ont tant bien que mal essayé d’attirer les regards vers ce sujet. Le déclic est venu il y a quelques semaines avec l’entrée effective du Tchad dans le conflit. À cause ou en raison (c’est selon) de la gestion médiatique par le Tchad, de ce conflit, les autorités camerounaises – premières sources d’information sur ce conflit – ont changé leur approche. On ne peut minimiser la pression exercée par les réseaux sociaux, puisque cela a suscité une réaction de Paul Biya, comme vous le savez.
Aujourd’hui, les medias locaux si ils ne sont pas embeded, couvrent le conflit avec les moyens de bord. Et c’est déjà pas mal au regard des conditions de travail et moyens mis à disposition par les rédactions.

Source : Icicemac

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