Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LE BLOG DE CYEK

Cameroun - Diversion...successorale : Entre bouses et barbouzes

29 Janvier 2014, 23:23pm

Publié par Cyrille Ekwalla

Cameroun - Diversion...successorale : Entre bouses et barbouzes

Bouse: excrément de vache. Une fois séchée, la bouse peut être utilisée comme combustible. Dans certaines parties du monde, la bouse de vache sert comme ingrédient dans la fabrication de torchis ou de briques de terre crue. Chez nous, on l’enduit sur les réputations de personnalités par voie de diffamation. Les bouses ont une particularité : elles puent.

Barbouze : agent secret, membre officieux de la police. Les barbouzes se recrutent partout, dans la presse par exemple, pour des entreprises ponctuelles de démolition. Signes particuliers : parfaits agents doubles, ils mordent toujours la main qui les a nourris.

Canards : oiseaux aquatiques palmipèdes migrateurs, mais aussi synonyme de journal. Les canards sont calmes en surface, mais naviguent ferme sous l’eau. Et leur coin-coin ont souvent une capacité de nuisance à nulle autre pareille lorsqu’ils se transforment en tabloïds. On y trouve parfois autant de bouse que de barbouzes.

La saison de la chasse est ouverte. Avez-vous entendu sonner le cor ? Les chiens de chasses sont sortis du chenil. Impatients, ils remuent la queue avec des jappements gourmands : " arf ", " arf "; les langues sont tirés et débordent des museaux dégoulinant de bave : arf, arf….Ls bêtes attendent l’ordre de leur maître pour aller a la curée, mais d’autres meutes sont déjà lancées à l’attaque du gibier…Dans cette chasse à l’homme, les canards tiennent lieu de chambre d’accusation. Les barbouzes officiels et officieux sont mis à contribution. Ministres ou ministrables sont les principales cibles de ce jeu qui s’appelle " ôte-toi que je m’y mette ! ".

Quand les canards font coin-coin, des règlements de compte nés des rancunes longtemps contenues, coulent comme de la lave en fusion et le public à du mal à discerner la part de bouses contenues dans un article, un reportage, une interview etc. Les révélations vraies et fausses de la presse servent d’exutoire à un système en folie, qui se nourrit désormais de bouse étalée sur des réputations fragiles au demeurant, fragilisée par la précarité de l’existence, la précarité professionnelle, les ambitions mal contenues, la soif de pouvoir etc. Le trombinoscope des canards retient ceux qui sont à tort où a raison voués aux gémonies, comme victimes expiatoires d’un système qui marche désormais sur la tête, préparant dans un rituel non-écrit, l’holocauste souvent annoncée, toujours différé. " Arf, arf’ "

Exit Atangana Mebara, Abah Abah, Marafa Hamidou Yaya et bien d’autres, qui ont un temps fait les délices des colonnes de journaux. Voici pour nourrir la vindicte populaire d’avant remaniement, Essimi Menye que certains disent en fuite, Etoundi Oyono fraîchement condamné dans une scabreuse affaire où barbouzes et bouses s’entremêlent. Moukoko Mbonjo étiqueté franc-maçon et accusé de tous les péchés d’Israël, Laurent Esso cité comme chef d’un réseau Sawa introuvable, Ntonè Ntonè, considéré comme « éperviable», etc.

Pour les aider à s’enfoncer, les canards leur prêtent des actes peu recommandables qui vaudraient à chacun d’être pendu haut et court selon la volonté des chefs de meutes, qui le plus souvent, semblent tirer les ficelles dans l’ombre. Mais, il y a aussi, entre chiens et loups, des coups de pattes ravageurs et l’on a du mal à distinguer entre chasseurs et gibiers, aucune position n’étant définitive dans cette chasse à courre au pays organisateur. Et dans cette jungle sans foi ni loi, la dernière confrontation en date, sur le terrain médiatique, oppose dans une parfaite illustration de querelles villageoises, non pas deux ethnies, mais la tribu du ventre, divisée en clans antagonistes. Le contre amiral Jean-Pierre Nsola, officiellement contraint à la retraite, qui a perdu son grade d’officier supérieur acquis le 1er novembre 2011 est cité comme le commanditaire des sorties médiatiques contre Mebe Ngo’o. Il avait été " victime " d’un décret le révoquant des forces de défense ‘'pour faute majeure'' le 16 septembre dernier. L'ex-attaché de Défense du Cameroun en Chine était attendu en conseil de discipline pour répondre des accusations, selon la presse, " d'insubordination, de refus de rejoindre son poste, d'outrage à la hiérarchie et de diffusion de documents administratifs ".

Le corps du délit est une correspondance attribuée au contre amiral, adressée à l’actuel ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense: " Excellence monsieur le ministre du Ciel et de la Terre, et proconsul attitré de la République autonome du Ministère de la Défense auprès de celle du Cameroun ". La lettre de dénonciation contre le ministre de la Défense, l’accuse d'avoir engagé un dossier d'achat de matériels militaires à la Chine sans avoir requis son expertise. En gros, c’est un long réquisitoire d’un officier général contre son ministre de tutelle. Cette correspondance publiée de manière inédite par l’hebdomadaire La Nouvelle a mis en lumière un conflit entre deux personnalités qui travaillent au plus haut niveau de l’Etat, dans un secteur sensible. Si l’admission à la deuxième section du cadre des officiers généraux des forces de défense décharge l’officier de ses fonctions, il reste cependant à la disposition du ministère de la Défense et peut être rappelé à tout moment pour des missions ponctuelles. Mais peut-on se demander, l’affaire allait-elle en rester là ?

" On ne défend pas une frontière avec les VX et les Caterpillar ". La charge est au bazooka. Le canon est tenu par l’ancien journaliste aujourd’hui député à l’Assemblée nationale, Peter William Mandio. En tançant tous les responsables en charge du renseignement et de la sécurité, l’ancien confrère se met à découvert et assume car il connaît la musique : " Aujourd’hui le président Paul Biya est en danger permanent. Mais à qui tout ça peut profiter ?" On pourrait trouver des éléments de réponses dans les propos du député : " Acheter les engins et ameuter les télévisions participe du bluff et de la feymania publique. Distribuer à tour de bras des véhicules 4 X 4 aux officiers supérieurs est-il innocent? Est-ce une priorité ? Que gagne-t-on personnellement auprès du concessionnaire en achetant 30, 40 ou 50 VX ? Qu’est-ce qui va garantir le bon entretien de ces engins confiés au génie militaire ? ". Le néo-parlementaire a été plus précis en pointant du doigt le ministre de la Défense, qui on le sait, ne manque pas de… défenseurs tant dans les canards qu’au parlement. L’effet de surprise passé, des " défenseurs " sont montés au filet et croient savoir que derrière les propos du député se cache la main invisible de l’officier déchu. Ils se sont donc dressés en bouclier, pour décharger le Mindef, avec des arguments ‘solides’ sur les graves accusations portées contre lui, accusations qui ont mis en émoi le petit monde politico-militaire de la République. Le feuilleton n’est qu’à ses débuts.

En attendant que le prince siffle la fin de la récréation par un remaniement ou une déchéance, d’autres " révélations " sont attendues des deux camps. Toutefois ce genre de divertissement dangereux n’intéresse que très peu le petit peuple pris entre deux feux, entre bouse et barbouzes, qui ne demande qu’à trouver du travail pour remplir le panier de la ménagère…Le reste n’est que diversion…successorale.

Edking (Le Messager)

Commenter cet article